lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2315242 |
| Type | Décision |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | HAMIDI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n°2315242, enregistrée le 27 juin 2023, M. B, représenté par Me Martin Hamidi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris a refusé de faire droit à sa demande d'indemnisation ;
3°) de condamner l'État à lui verser une indemnité de 2 000 euros, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'il n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'il a été reconnu prioritaire par une décision de la commission de médiation ;
- il subit des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l'État à le reloger.
La requête a été communiquée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, qui n'a pas produit d'observations.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 31 juillet 2023.
II. Par une requête n°2315243, enregistrée le 27 juin 2023, M. B, représenté par Me Martin Hamidi, demande au tribunal sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) de condamner l'État à lui verser une indemnité provisionnelle de 1 000 euros, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- les conditions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative sont remplies ;
- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'il n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'il a été reconnu prioritaire par une décision de la commission de médiation ;
- il subit un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence du fait de la carence fautive de l'État à le reloger, qui doit être appréciée au regard des articles 3, 6, 8 et 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 juillet 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Simonnot en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Simonnot a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction des requêtes :
1. Les requêtes n°2315242 et n°2315243, concernent la même partie, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a ainsi lieu de joindre ces deux requêtes pour statuer par un même jugement.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 31 juillet 2023 M. B a été admis, dans les deux instances, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis provisoirement à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision rejetant la demande indemnitaire préalable :
3. La décision contestée a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de M. B qui, en formulant les conclusions rappelées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir les sommes qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée doivent être rejetées.
Sur la responsabilité :
4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.
5. M. B, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision du 31 mars 2022 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'il était hébergé de façon continue dans une structure d'hébergement. Par ailleurs, par un jugement du 8 mars 2023, le tribunal a enjoint au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris d'assurer son relogement sous astreinte de 450 euros par mois de retard à compter du 1er juin 2023. Le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à M. B un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation, ni d'ailleurs dans le délai fixé par l'ordonnance du 8 mars 2023. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 1er octobre 2022 à l'égard de M. B.
Sur l'indemnisation :
6. Il résulte de l'instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation persiste, M. B, son épouse et leurs deux enfants continuant d'être hébergé de façon continue dans une structure d'hébergement. Eu égard au caractère temporaire d'un tel hébergement et aux contraintes qui y sont liés, M. B subit nécessairement des troubles dans ses conditions d'existence. En outre, eu égard à l'état de santé de ses enfants, son fils ayant été reconnu handicapé avec un taux d'incapacité supérieure ou égale à 80% par une décision du 12 octobre 2021 de la Maison départementale des personnes handicapés (MDPH) de Paris, de même que leur fille a été orienté vers un institut médico-éducatif par une décision du 22 juillet 2020 de la MDPH des Hauts-de-Seine, cet hébergement n'est pas adapté et est dépourvu de tout confort. Compte tenu de ces conditions de logement, qui perdurent du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personne composant le foyer de M. B, des troubles de toute nature subis dans ses conditions d'existence, y compris son préjudice moral, justifient la condamnation de l'Etat à lui verser l'indemnité qu'il demande de 2 000 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
7. Dès lors qu'il est statué par le présent jugement sur les conclusions indemnitaires de M. B, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au versement d'une provision fondées sur la même cause et relatives à la même période.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Martin Hamidi, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat, dans la seule instance n° 2315242, le versement à Me Martin Hamidi de la somme de 1 300 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n°2315243 tendant au versement d'une provision et sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. B des requêtes n° 2315242 et n° 2315243.
Article 2 : L'État est condamné à verser à M. B une indemnité de 2 000 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.
Article 3 : L'État versera, dans la seule instance n° 2315242, à Me Martin Hamidi, avocat de M. B une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Martin Hamidi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Martin Hamidi.
Copie en sera adressée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
Le magistrat désigné,
J-F. SIMONNOT La greffière,
A. GUILLOU
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2315242 - 2315243/4-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2427371
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... dirigée contre la décision du 16 mai 2024 par laquelle la commission de médiation de Paris a déclaré sans objet sa demande de reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de son logement social. Le tribunal a relevé que M. A... avait déjà obtenu cette reconnaissance par une décision du 25 novembre 2020, et que la décision attaquée ne remettait pas en cause ce bénéfice. En l'absence d'élément nouveau, la requête a été jugée irrecevable pour défaut d'intérêt à agir, sur le fondement des dispositions du code de la construction et de l'habitation.
09/12/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2430512
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A... et Mme C... d’un recours en excès de pouvoir contre la décision du 4 avril 2024 par laquelle la commission de médiation du département de Paris a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de leur demande de logement social, au motif que l’insalubrité et l’indécence du logement n’étaient pas démontrées par des pièces administratives. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par le préfet, la décision attaquée ayant bien été produite. Sur le fond, il a annulé la décision de la commission, estimant que celle-ci avait commis une erreur de droit en exigeant la production d’un rapport d’autorité administrative pour établir l’insalubrité, alors que d’autres éléments pouvaient être pris en compte, et qu’elle avait également omis de statuer sur le moyen tiré de la suroccupation du logement. La solution retenue est fondée sur les dispositions du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation.
09/12/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2433968
Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en formation de juge unique, a annulé la décision du 12 décembre 2024 par laquelle la commission de médiation du département de Paris avait refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement social de M. B.... Le tribunal a jugé que la commission avait commis une erreur d'appréciation en estimant que la situation de M. B..., hébergé à l'hôtel et dépourvu de logement, ne présentait pas un caractère d'urgence. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.
09/12/2025