vendredi 22 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2315318 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | LEGRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juin 2023 et le 14 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Legrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 7 avril 2023 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, le préfet de police ne justifiant pas de la régularité de la procédure suivie devant le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.
Par une ordonnance du 30 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 juillet 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Riou, présidente - rapporteure ;
- et les observations de Me Legrand représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante congolaise (RDC) née le 1er octobre 1949, est entrée en France en décembre 2015, selon ses déclarations. Elle a sollicité, le 23 novembre 2022, son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 avril 2023, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera reconduite. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Il suit de là que le moyen invoqué doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège des médecins de l'OFII en date du 27 mars 2023 a été produit par le préfet de police dans le cadre de la présente instance et communiqué à la requérante. Et il ressort d'une attestation du directeur territorial de la direction de l'OFII de Paris et du bordereau de transmission au collège, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le rapport médical confidentiel du médecin instructeur, établi le 15 mars 2023, qui n'avait pas à être communiqué à la requérante, pas davantage que les sources sur lesquelles s'est fondé le collège pour prendre son avis, a été communiqué au collège de médecins le 15 mars 2023 et que l'avis a été rendu le 27 mars 2023, soit à l'intérieur du délai de trois mois prescrit par l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B n'est donc pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'un vice de procédure.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
6. Pour refuser d'admettre au séjour Mme B en qualité d'étranger malade, le préfet de police s'est approprié l'avis rendu le 27 mars 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Mme B expose qu'elle souffre de diabète de type II, pathologie pour laquelle elle suit un traitement composé de Metformine et de Pravastatine. Elle soutient que ces médicaments ne seraient pas effectivement disponibles en République démocratique du Congo. Si elle fait valoir que le médicament Metformine n'est pas commercialisé par le laboratoire Arrow en République démocratique du Congo, il ressort des pièces du dossier que le médicament " Metformine Zentiva " produit par un laboratoire concurrent, et possédant le même principe actif, y est effectivement disponible. La requérante ne conteste pas sérieusement l'impossibilité de bénéficier effectivement des autres médicaments nécessaires à son suivi médical, alors qu'au demeurant, il ressort des pièces du dossier que d'autres molécules commercialisées dans son pays leur sont substituables. Dès lors, la requérante ne justifie pas d'éléments de nature à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à Mme B un titre de séjour.
7. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel la requérante n'établit ni même n'allègue avoir présenté une demande de titre de séjour, doit être écarté comme inopérant.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Mme B, qui déclare être entrée en France en 2015, et a indiqué sur le formulaire de sa demande de titre de séjour que son époux ainsi que ses enfants résidaient à l'étranger, en se prévalant seulement de la présence d'un neveu, de nièces et de cousines en France, au demeurant non établie, n'y justifie pas de liens familiaux intenses et stables. En outre, la requérante n'établit, ni même n'allègue avoir noué des liens sur le territoire, ni s'être insérée dans la vie associative ou locale de son lieu de résidence. Elle n'établit pas davantage être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 66 ans. Dans ces conditions, elle ne démontre pas que le préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux motifs et aux buts en vue desquels la décision de refus de titre de séjour a été prise. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, est infondé et doit, par suite, être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
12. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, si l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à celui-ci dans son pays d'origine, la République démocratique du Congo. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit, par suite, être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, est infondé et doit, par suite, être écarté.
14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " et aux termes de l'article L. 712-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "
15. Si la requérante soutient qu'elle serait exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo en raison de l'impossibilité d'avoir accès à un traitement adapté à son état de santé, elle ne l'établit pas compte tenu de ce qui a été indiqué au point 6 du présent jugement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 7 avril 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que sa demande présentée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Legrand et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Kanté, première conseillère,
Mme Lamarche, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.
La présidente - rapporteure,
C. RiouL'assesseure la plus ancienne,
C. Kanté
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2226519
Le Tribunal administratif de Paris rejette la demande indemnitaire de la société Le Quasimodo Notre-Dame, qui réclamait près de 1,74 million d'euros à l'État pour les préjudices économiques liés à l'incendie de la cathédrale. La juridiction estime que la société, exploitant un restaurant à proximité, n'était pas usagère de l'ouvrage public et n'a pas subi de dommage accidentel direct causé par celui-ci. Le jugement applique les principes de la responsabilité administrative sans faute pour dommages de travaux publics, mais les écarte en l'espèce.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2312358
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'un agent public demandant l'annulation du refus de sa nomination à un poste d'expert juridique. Le tribunal a jugé que cette décision de rejet constituait une simple mesure d'ordre intérieur, car elle ne portait pas atteinte aux droits statutaires, à la rémunération ou aux perspectives de carrière de l'agent. Par conséquent, le recours pour excès de pouvoir a été déclaré irrecevable.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2313750
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'un gardien de la paix contestant son placement en disponibilité d'office pour raison de santé. La juridiction a jugé la requête irrecevable car elle ne contenait aucun exposé de moyens, et ce défaut n'a pas été régularisé dans les délais. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative relatives aux conditions de saisine.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2326202
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté ministériel portant tableau d'avancement à l'échelon spécial du grade de pharmacien général de santé publique. Le tribunal a annulé l'arrêté du 18 septembre 2023, considérant que l'administration avait méconnu les conditions posées par l'article 15 du décret n° 92-1432 du 30 décembre 1992, en y inscrivant des agents ne remplissant pas les critères statutaires requis pour cet avancement. Par voie de conséquence, les décisions individuelles de nomination prises sur le fondement de ce tableau sont également illégales.
02/04/2026