vendredi 31 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2315446 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2023, M. B D, représenté par la SCP Themis Avocats et Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 mai 2023 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement au centre pénitentiaire de Paris-La Santé jusqu'au 24 août 2023 ;
2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice d'ordonner la levée de son isolement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée de l'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de consultation préalable du médecin de l'établissement pénitentiaire, en méconnaissance des dispositions de l'article R.213-21 du code pénitentiaire ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été prise sur rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires en méconnaissance des dispositions de l'article R. 27-7-68 du code de procédure pénale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'inexactitude matérielle des faits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal,
- le code pénitentiaire,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lambert,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né le 23 mai 1976, incarcéré depuis le 14 septembre 2017 à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis dans le cadre d'un mandat de dépôt en procédure criminelle, a fait l'objet à partir du 24 mars 2019 d'un placement à l'isolement, qui a été prolongé sans discontinuité durant une période totale de quatre ans et deux mois. Par une décision du 23 mai 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice a maintenu M. D à l'isolement pour une nouvelle durée de trois mois au centre pénitentiaire de Paris-La Santé, où il a été transféré. M. D demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 3 mai 2023 portant délégation de signature (direction de l'administration pénitentiaire), régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 7 mai 2023 : " A la sous-direction de la sécurité pénitentiaire, délégation est donnée aux personnes ci-après désignées, à l'effet de signer, au nom du garde des sceaux, ministre de la justice, les bons de commandes et les états de frais, et dans la limite de leurs attributions, tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets : / () / IV. - Au bureau de la gestion des détentions, à M. C A, directeur des services pénitentiaires, chef de bureau () ". Par suite, M. C A, signataire de la décision attaquée, était compétent pour signer la décision en litige portant maintien à l'isolement de M. D, laquelle relève des attributions du bureau de la gestion des détentions. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire : " Le chef de l'établissement, après avoir recueilli préalablement à sa proposition de prolongation l'avis écrit du médecin intervenant à l'établissement, transmet le dossier de la procédure accompagné de ses observations au directeur interrégional des services pénitentiaires lorsque la décision relève de la compétence de celui-ci ou du garde des sceaux, ministre de la justice. (). ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, avant que soit prise la décision en litige de maintien à l'isolement de M. D, celui-ci a été examiné le 15 mai 2023 par le médecin exerçant au centre pénitentiaire de Paris-La Santé, qui a certifié que l'intéressé ne présentait " pas de contre-indication somatique particulière ce jour à sa mise en quartier d'isolement ". Il ne ressort pas des pièces du dossier, comme le fait pourtant valoir M. D, que ce médecin ne l'aurait pas examiné avant d'émettre son avis. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire doit, par suite, être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 213-25 du code pénitentiaire, reprenant les anciennes dispositions de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale : " Lorsqu'une personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le garde des sceaux, ministre de la justice peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. / La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires saisi par le chef de l'établissement pénitentiaire selon les modalités prévues par les dispositions de l'article R. 213-21. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans sauf, à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement. / Dans ce cas, la décision de prolongation doit être spécialement motivée. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, le 22 mai 2023, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris a émis un avis motivé quant au maintien de M. D à l'isolement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 213-25 du code pénitentiaire, qui manque en fait, doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :
7. Aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. () ". Aux termes de l'article R. 213-30 du même code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. () ".
8. Il résulte des dispositions précitées que le placement à l'isolement pendant la détention constitue une mesure de sûreté compte tenu du risque avéré que présente le détenu pour le maintien de l'ordre carcéral. Pour décider une telle mesure, l'autorité administrative est tenue d'examiner son état de santé physique et psychique, et la dangerosité du détenu, telle qu'elle découle, d'une part, des faits dont il est prévenu et, le cas échéant, des condamnations dont il a fait l'objet, d'autre part, des risques qu'il fait courir à l'environnement carcéral, de son comportement depuis sa détention et de sa personnalité. Saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.
9. Pour renouveler le maintien à l'isolement de M. D à partir du 24 mai 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice s'est fondé, en premier lieu, sur le profil pénal de l'intéressé, déjà condamné à quinze ans de réclusion criminelle en 2000 pour meurtre, à treize ans de réclusion criminelle en 2007 pour vol à main armée et séquestration, et placé en détention provisoire depuis le 14 septembre 2017, renouvelée le 16 décembre 2022, pour des faits d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire d'otage commis en bande organisée pour faciliter un crime ou un délit, tentative d'assassinat en récidive, participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, en deuxième lieu, sur l'inscription de l'intéressé, depuis le 15 septembre 2017, au répertoire des détenus particulièrement signalés, renouvelée par décision du 5 décembre 2022 en raison de son ancrage dans la criminalité organisée, des risques importants de soustraction à la garde de la justice, de sa capacité à se procurer des objets prohibés en détention et à communiquer en dehors de tout contrôle de l'administration, en troisième lieu, sur la circonstance que M. D a fait l'objet le 20 novembre 2020 d'une décision de rejet de sa demande de mise en liberté par la cour d'appel de Paris en raison de son ancrage dans la criminalité organisée ainsi que des facultés dont il dispose pour prendre la fuite, et en quatrième lieu, sur la circonstance qu'il est placé à l'isolement depuis le 24 mars 2019 en raison d'une suspicion de préparatifs d'évasion lors de son affectation à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis et que le 27 mai 2001, alors incarcéré à la maison d'arrêt de Fresnes, il avait tenté de s'évader par hélicoptère avec arme et prise en otage de deux personnels pénitentiaires. Il ressort par ailleurs de la décision attaquée que M. D a fait l'objet d'une translation judiciaire au centre pénitentiaire de Paris-La Santé le 10 mai 2023 en vue de sa comparution devant la Cour d'assises de Paris du 22 mai 2023 au 29 juin 2023.
10. M. D soutient que la mesure en litige est automatiquement renouvelée en considération de son statut de détenu particulièrement surveillé et de faits très anciens, qui remontent à l'année 2001. Il ressort cependant des pièces du dossier que, alors que M. D était incarcéré au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis, ont été retrouvés à trois reprises dans sa cellule les 29 mars 2018, 19 juillet 2018 et 24 mars 2019, des objets prohibés en détention, à savoir un téléphone portable, une carte SIM, un embout de tournevis et un chargeur de téléphone et que, le 24 mars 2019, des informations parvenues à l'administration ont laissé à penser que l'intéressé fomentait un nouveau projet d'évasion. Ces éléments ont d'ailleurs motivé la décision du 5 décembre 2022 de maintien de l'intéressé au répertoire des détenus particulièrement signalés. Ces circonstances suffisent à démontrer la capacité de M. D à se procurer des objets prohibés en détention et ainsi à maintenir des liens avec l'extérieur, alors même que les suspicions de tentative d'évasion ayant initialement justifié son placement à l'isolement ne sont pas étayées, ainsi que l'intéressé le soutient. En outre, le 16 mai 2023, l'avocat général près la cour d'appel de Paris, chef du département de lutte contre la criminalité organisée, a émis un avis favorable à la prolongation de la mesure d'isolement de M. D au regard de l'implication du détenu dans les réseaux de grand banditisme en lien avec le trafic de produits stupéfiants. Si M. D fait par ailleurs valoir que son état de santé est incompatible avec son maintien à l'isolement et se prévaut à cet égard de deux certificats médicaux, datés du 8 février 2023 et du 12 avril 2023, établis par deux médecins du centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, où il était précédemment détenu, ces certificats ne sont toutefois pas de nature à remettre en cause les conclusions du certificat médical établi postérieurement, le 15 mai 2023, par le médecin exerçant au centre pénitentiaire de Paris-La Santé lors de l'arrivée de M. D dans cet établissement. Dans ces conditions, quand bien même M. D adopterait un comportement calme en détention, l'administration a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, dans le contexte de son procès aux assises devant se tenir du 22 mai 2023 au 23 juin 2023 et de la lourde peine encourue, décider de maintenir le placement à l'isolement de M. D au motif qu'il existait un risque actuel de tentative d'évasion de l'intéressé et, partant, d'atteinte à la sécurité de l'établissement.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée du 23 mai 2023 doivent être rejetées.
Sur les autres conclusions :
12. D'une part, le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
13. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la SCP Themis Avocats et Associés et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.
La rapporteure,
F. Lambert
La présidente,
S. MarzougLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2315446/6-2
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026