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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2316566

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2316566

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2316566
TypeDécision
Avocat requérantCABINET BIROT-RAVAUT ET ASSOCIES - 33000

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, Mme F B, représentée par le cabinet Dante avocats, demande au juge des référés du tribunal :

1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP), du docteur A C, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris en vue de déterminer les préjudices subis lors de sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière et de déterminer les responsabilités encourues ;

2°) de mettre les frais d'expertise à la charge de l'AP-HP ;

3°) de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été opérée le 4 octobre 2019, pour un méningiome dorsal, et devait être prise en charge pour la réalisation d'une laminectomie T6 et T7, alors qu'elle a subi une laminectomie des vertèbres T7, T8, T9, T10 et T11, et présente des douleurs radiculaires dorsales basses depuis cette opération ;

- dans la perspective d'une action en responsabilité, la conduite d'une expertise est utile.

Par un mémoire enregistré le 1er septembre 2023, le docteur A C précise qu'elle a pris en charge Mme B dans le cadre de son activité publique hospitalière au sein de l'AP-HP.

Par un mémoire enregistré le 15 septembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par le cabinet d'avocats Birot Ravaut et associés, informe le juge des référés qu'il ne s'oppose pas à la mesure sollicitée, demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire, de dire que l'expert devra déposer un pré-rapport et conclut au rejet de la demande tendant aux frais irrépétibles.

Par un mémoire enregistré le 25 septembre 2023, l'Assistance publique - hôpitaux de Paris fait valoir qu'elle intervient en lieu et place du docteur A C qui exerce au sein de l'hôpital la Pitié Salpêtrière en qualité de praticien hospitalier contractuel dans le service de chirurgie orthopédique, informe le juge des référés qu'elle ne s'oppose pas à la mesure sollicitée et demande de désigner un collège d'expert aux frais avancés de la requérante.

Elle soutient que seule une mesure d'expertise permettra de déterminer si la prise en charge de Mme B n'a pas été conforme aux règles de l'art et dans cette éventualité de déduire les éventuels préjudices en résultant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction "

2. Mme B, née le 11 février 1952, qui présentait comme antécédents une myomectomie, une hypothyroïdie, une hypertension artérielle, un ulcère à l'estomac, une sténose carotidienne droite, un syndrome d'apnée du sommeil ainsi qu'une surcharge pondérale, a réalisé le 1er juin 2018, en raison de lombalgies, de douleurs du creux inguinal droit et de troubles sensitifs du pied droit, une IRM lombaire mettant en évidence une sténose L3-L4. Devant l'absence de résultat des séances de kinésithérapie et l'augmentation de la douleur, Mme B a passé une IRM médullaire le 4 septembre 2019, qui a montré la présence d'une lésion intradurale extra médullaire évocatrice d'un méningiome en regard de T7, et a été prise en charge le 4 octobre 2019, à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière pour la réalisation d'une laminectomie T6 et T7. Les suites sont marquées par une persistance des douleurs et une paresthésie des deux membres inférieurs permanentes ; la lecture du compte-rendu opératoire indique qu'a été effectué une laminectomie des vertèbres T7, T8, T9, T10 et T11. Mme B a alors consulté le professeur D, neurochirurgien exerçant à l'hôpital Sainte - Anne, qui a constaté en premier lieu une erreur lors du repérage radioscopique du site opératoire la veille de l'intervention, ce qui a eu pour conséquence la réalisation d'une opération de laminectomie sur plus de cinq étages " alors que seulement deux étages auraient été suffisant pour retirer la tumeur. " Mme B fait valoir que depuis, elle porte un corset et fait état de la persistance de douleurs, notamment au niveau de la ceinture pelvienne et de paresthésies permanentes des deux membres inférieurs. S'interrogeant sur la qualité de sa prise en charge, Mme B sollicite la désignation d'un expert judiciaire.

3. La demande d'expertise entre dans le champ d'application de l'article R. 532-1du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. Il est constant que le docteur A C a pris en charge Mme B dans le cadre de son activité de praticien hospitalier attaché à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris. Dès lors, il y a lieu de faire participer l'AP-HP, aux opérations d'expertise et de mettre hors de cause le docteur A C.

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. Il suit de là que les conclusions de l'Oniam, tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties en leur fixant un délai pour formuler leurs dires auxquels il devra répondre dans son rapport définitif, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la charge des frais d'expertise :

6. En vertu de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la ou les parties qui assumeront la charge des frais d'expertise sont désignées par le président du tribunal aux termes de l'ordonnance qui fixera, après le dépôt du rapport, les frais et honoraires de l'expert. De même, en application de l'article R. 621-12 du même code, dans le cas où il serait fait droit à une demande de l'expert tendant au bénéfice d'une allocation provisionnelle, il appartient également au président du tribunal, aux termes de l'ordonnance fixant le montant de cette allocation, de préciser la ou les parties qui devront la verser. Il n'appartient donc pas au juge des référés de déterminer la partie à la charge de laquelle seront mis les frais d'expertise ou, le cas échéant, l'allocation provisionnelle qui pourrait éventuellement être accordée à l'expert. Par suite, la demande devant être regardée comme présentée à ce titre, par Mme B, doit être rejetée.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'AP-HP et au bénéfice de Mme B, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : M. G E (spécialisation - neurochirurgie), exerçant au sein du Service de Neurochirurgie HIA Percy 101, avenue Henri Barbusse à Clamart (92140) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de Mme B, de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP), l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de Mme B et, notamment, de tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de la Pitié Salpêtrière et les motifs de son suivi ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme B ainsi qu'à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de Mme B et dire si sa prise en charge a été conforme aux règles de l'art ; puis se prononcer sur les soins et prescriptions lors de son suivi au sein de l'AP-HP, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans l'établissement hospitalier ; décrire l'état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme B et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital, l'utilité des gestes opératoires pratiqués et la conformité de la prise en charge de l'intéressée aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ;

4°) de déterminer l'origine du dommage en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge de Mme B ou la prise d'un traitement antérieur particulier ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme B une chance sérieuse de guérison ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par la requérante de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

6°) déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

7°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis tant par Mme B notamment à raison des souffrances endurées, que par ses proches, ainsi que toute information utile à la solution du litige ; évaluer l'ensemble des préjudices selon la nomenclature Dintilhac et les chiffrer précisément ;

a) dire si l'état de Mme B est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressée en fixant notamment la période d'incapacité temporaire et le taux de celle-ci, ainsi que le taux d'incapacité permanente partielle ;

b) donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de Mme B en lien avec les faits en litige ; préciser, dans le cas où certaines hospitalisations ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas tout entiers imputables au dommage litigieux, dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ;

c) déterminer les autres dépenses liées au dommage corporel ;

d) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;

e) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel ;

f) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par Mme B à raison des faits en litige.

Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles

R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expert, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourra tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en 2 exemplaires au plus tard le 28 juin 2024. Il notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article n° 8 de la présente ordonnance, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.

Article 5 : Le docteur A C est mis hors de cause.

Article 6 : L'AP-HP versera une somme de 1 500 euros à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F B, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, au docteur H A C, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à M. G E, expert.

Fait à Paris, le 19 décembre2023.

La juge des référés,

M. Dhiver

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2316566/11-6

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