mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2316572 |
| Type | Décision |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | SCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête n° 2316572/1-3 et un mémoire, enregistrés le 11 juillet 2023 et le 4 janvier 2024, le syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, représenté par Me Crusoé et Me Ogier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Paris de réquisitionner et d'affecter les logements des résidences universitaires de Paris à l'accueil des volontaires et des partenaires des jeux Olympiques pour la période courant du mois de juillet au mois de septembre 2024 et de consentir un droit d'occupation au bénéfice des étudiants pour l'année 2024 avec un terme au 30 juin 2024 ;
2°) d'enjoindre au CROUS de Paris de renouveler les droits à occupation temporaire pour l'année universitaire 2023-2024 jusqu'au 31 août 2024, sans délai, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CROUS de Paris la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, soutient que :
-le litige n'est pas dépourvu d'objet et il y a toujours lieu d'y statuer, malgré la circonstance que le conseil d'administration du CROUS a adopté une nouvelle délibération le 6 novembre 2023 ;
-la décision attaquée fait grief ;
-il a intérêt pour agir ;
-la décision attaquée est entachée d'incompétence puisqu'elle n'a pas été approuvée par le conseil d'administration du CROUS ;
-la décision a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le principe de participation des étudiants à la gestion du CNOUS et des CROUS prévu par l'article L. 822-4 code de l'éducation n'a pas été respecté ;
-elle méconnaît les articles L. 631-12 et L. 631-12-1 du code de la construction et de l'habitation puisqu'elle prévoit la possibilité de loger dans les résidences universitaires d'autres personnes que celles mentionnées à l'article L. 631-12-1 de ce code et à l'article R. 822-30 du code de l'éducation ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle est étrangère à l'intérêt du service géré par le CROUS dès lors elle fait primer l'intérêt des participants aux jeux Olympiques sur celui des étudiants ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle ne prévoit aucune garantie permettant de s'assurer qu'elle ne créera pas des situations défavorables pour les étudiants ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a pour effet de réduire le nombre de logements mobilisés pour les personnes prioritaires et de mettre à la disposition des jeux Olympiques des ouvrages dont la construction et l'entretien est financé par l'Etat au titre du soutien à la vie étudiante ;
-elle est entachée d'un détournement de pouvoir puisqu'elle est fondée sur l'article 19 de la loi du 26 mai 2018 et non sur les articles L 631-12 et L 631-12-1 du code de la construction et de l'habitation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 décembre 2023 et le 23 janvier 2024, le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Paris et le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (CNOUS), en qualité qu'observateur, représentés par Me Gallo, concluent au rejet de la requête et demandent au tribunal de mettre à la charge du syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, une somme de 1 000 euros à verser à chacun, soit 2 000 euros au total, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de leur verser une somme de 13 euros au titre du droit de plaidoirie en application des dispositions des articles L. 723-3 et R. 723-26-1 du code de la sécurité sociale.
Ils soutiennent que :
A titre principal :
-la requête est irrecevable dès lors que le conseil fédéral de l'association requérante n'a pas contrôlé la décision d'engager l'association auprès des tribunaux et que les membres du syndicat n'ont pas été informés préalablement de cette procédure en méconnaissance de l'article 14 des statuts du syndicat ;
-le syndicat requérant n'a pas qualité ni intérêt pour agir ;
-l'acte attaqué ne constitue pas une décision.
A titre subsidiaire :
-aucun moyen de la requête n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 5 avril 2024, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche a présenté des observations.
II - Par une requête n° 2400354/1-3, et des mémoires, enregistrés le 8 janvier et les 4 et 25 avril 2024, le syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, et l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), représentés par Me Ogier, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération n° CA 20231106-2.1 du 6 novembre 2023 du conseil d'administration du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Paris relative à la mise à disposition des logements inoccupés dans quatre résidences pour les agents publics exceptionnellement mobilisés pour les jeux Olympiques de Paris 2024 et accompagnement des étudiants ;
2°) de mettre à la charge du CROUS de Paris la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les syndicats requérants soutiennent que :
-la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle fait primer l'intérêt des participants aux jeux Olympiques sur celui des étudiants alors que le déroulement des jeux Olympiques n'est pas une compétence du CROUS ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle conduit à la réduction du volume de logements susceptibles d'accueillir des publics en situation d'extrême précarité ;
-elle méconnaît l'autorité de la chose ordonnée qui s'attache à l'ordonnance du tribunal administratif de Paris du 31 août 2023 puisqu'elle reprend une décision dont l'exécution a été suspendue par cette ordonnance ;
-la délibération ne garantit pas le relogement des étudiants évincés aux mêmes conditions tarifaires et à proximité de leurs intérêts moraux et matériels et est ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-elle méconnaît le principe constitutionnel d'égal accès à l'enseignement supérieur ;
-elle ne prévoit pas une indemnisation suffisante des étudiants qui devront déménager ;
-elle a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière puisqu'il n'est pas établi que les membres du conseil d'administration ont été convoqués dans les délais prévus par le règlement intérieur, qu'ils ont été informés suffisamment en amont de la teneur de la délibération et que le quorum était atteint.
Par un mémoire en intervention enregistré le 29 février 2024, la fondation Abbé A pour le logement des défavorisés demande au tribunal :
1°) d'admettre son intervention volontaire ;
2°) d'annuler la délibération du 6 novembre 2023.
Elle soutient que :
-elle a intérêt à intervenir ;
-la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle fait primer l'intérêt des participants aux jeux Olympiques sur celui des étudiants alors que le déroulement des jeux Olympiques n'est pas une compétence du CROUS ;
-elle ne permet pas de garantir le relogement des étudiants désireux de se maintenir en résidence universitaire à proximité de leurs intérêts moraux et matériels ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle conduit à la réduction du volume de logements susceptibles d'accueillir des publics en situation d'extrême précarité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 et 26 avril 2024, le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Paris et le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (CNOUS), en qualité qu'observateur, représentés par Me Gallo, concluent au rejet de la requête et demandent au tribunal de mettre à la charge du syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes et de l'UNEF une somme de 1 600 euros chacune, soit 3 200 euros au total, à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de leur verser une somme de 13 euros au titre du droit de plaidoirie en application des dispositions des articles L. 723-3 et R. 723-26-1 du code de la sécurité sociale.
Ils soutiennent que :
-à titre principal, les requérants n'ont ni qualité ni intérêt pour agir ;
-à titre subsidiaire, aucun moyen de la requête n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 5 avril 2024, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche a présenté des observations.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
-le code de l'éducation ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,
-et les observations de Me Ogier, représentant le syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, l'UNEF et la fondation Abbé A pour le logement des défavorisés et de Me Gallo, représentant le CROUS de Paris et le CNOUS.
Une note en délibéré, présentée par Me Gallo pour le CROUS de Paris et le CNOUS, a été enregistrée le 9 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le CROUS de Paris a adressé, courant mai 2023, un courriel aux étudiants logés dans les résidences universitaires Nicole Reine Lepaute dans le 13ème arrondissement de Paris, Jourdan dans le 14ème arrondissement et Francis de Croisset et Poissonniers dans le 18ème arrondissement, afin d'informer ceux d'entre eux qui entendraient solliciter le renouvellement de leur droit d'occupation de leur logement pour l'année 2023-2024 que leur éventuel droit d'occupation d'un logement dans ces résidences pour cette année universitaire prendrait fin le 30 juin 2024, ces résidences étant affectées, après cette date, au logement de agents de l'Etat pour l'organisation des jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 et que, pour ceux qui souhaiteraient bénéficier pour le surplus de l'année universitaire d'un logement en résidence, un logement dans une autre résidence universitaire serait attribué, de même que des facilités pour l'organisation de leur déménagement d'une résidence à l'autre. En outre, le 11 mai 2023, le compte Twitter des CROUS a indiqué que " les CROUS, comme l'ensemble des acteurs publics, seront au rendez-vous pour assurer la réussite " des jeux Olympiques et que " les étudiants souhaitant rester en Ile-de-France durant la période pourront être relogés " et que " ceux pour qui le logement est renouvelé sont assurés de le retrouver à la rentrée de septembre 2024, sans payer de loyer sur la période estivale ". Par la requête 2316572/1-3, le syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes demande l'annulation de la décision du directeur général du CROUS de Paris révélée par ce courriel et cette publication sur les réseaux sociaux. Le 6 novembre 2023, le conseil d'administration du CROUS de Paris a adopté une délibération relative à la mise à disposition des logements inoccupés dans quatre résidences pour les agents publics exceptionnellement mobilisés pour les Jeux Olympiques de 2024 et accompagnement des étudiants. Par la requête n° 2400354/1-3, le syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, et l'UNEF demandent l'annulation de cette délibération.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2316572/1-3 et n° 2400354/1-3 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la requête n° 2400354/1-3 :
En ce qui concerne l'intervention volontaire :
3. La fondation Abbé A pour le logement des défavorisés justifie, eu égard à la nature et l'objet des questions soulevées par le litige, d'un intérêt suffisant pour intervenir dans la présente instance. Son intervention est, par suite, recevable.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 822-10 du code de l'éducation : " Le conseil d'administration de chaque centre régional est présidé par le recteur de région académique, chancelier des universités, ou son représentant. / Le conseil d'administration du centre régional comprend en outre de vingt-quatre à vingt-sept membres () ". Aux termes de l'article R. 822-19 de ce code : " Le conseil d'administration est convoqué par son président qui en fixe son ordre du jour. () Le conseil d'administration ne peut valablement délibérer que si le tiers au moins de ses membres en exercice assiste à la séance. () ". En outre, aux termes de l'article 4 du règlement intérieur du CROUS : " Le conseil d'administration est convoqué par son Président qui en fixe l'ordre du jour. () La convocation est adressée aux membres du conseil d'administration, par voie électronique au moins huit jours avant la date retenue. () L'ordre du jour figure sur la convocation (). Tous les documents nécessaires à la compréhension et à l'étude des questions figurant à l'ordre du jour sont adressés en même temps que la convocation aux membres du conseil d'administration. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le conseil d'administration du CROUS de Paris a été convoqué par un courriel du 27 octobre 2023, soit plus de huit jours avant la date de la séance au cours de laquelle a été adoptée la délibération en litige, le 6 novembre 2023. Le CROUS de Paris indique, sans être contredit, que le dossier de séance, dont le lien de téléchargement était joint à ce courriel, contenait le projet de délibération et l'exposé des motifs de cette dernière. Enfin, il ressort des termes de l'annexe 2 de la délibération attaquée que lors de l'adoption de cette dernière, dix-huit des membres du conseil d'administration étaient présents, qu'il y avait six procurations et que le quorum, qui était de 8, était effectivement atteint. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération attaquée aurait été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
7. Si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires. Il en résulte notamment que lorsque le juge des référés a prononcé la suspension d'une décision administrative et qu'il n'a pas été mis fin à cette suspension, soit, par l'aboutissement d'une voie de recours, soit dans les conditions prévues à l'article L. 521-4 du code de justice administrative, soit par l'intervention d'une décision au fond, l'administration ne saurait légalement reprendre une même décision sans qu'il ait été remédié au vice que le juge des référés avait pris en considération pour prononcer la suspension.
8. Le syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, et l'UNEF soutiennent que la délibération litigieuse méconnaît l'autorité de la chose ordonnée qui s'attache à l'ordonnance n° 2319295/1 du 31 août 2023 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution de la décision du CROUS de Paris de limiter le droit d'occupation des logements en résidence universitaire concédé par ses décisions individuelles d'admission pour l'année 2023-2024 au 30 juin 2024, révélée par un courriel d'information adressé aux étudiants logés dans certaines résidences universitaires, dès lors que le conseil d'administration a, le 6 novembre 2023, adopté une décision identique à celle dont l'exécution a ainsi été suspendue. Toutefois, la délibération en litige dans l'instance n° 2400354 ne peut être regardée comme constituant une décision identique à celle dont l'exécution a été suspendue par le juge des référés dès lors qu'elle n'a pas été adoptée par la même autorité et que son objet est de préciser, d'une part, les conditions de mise à disposition des logements inoccupés dans quatre résidences pour les agents publics exceptionnellement mobilisés pour les Jeux Olympiques de 2024 et, d'autre part, les mesures d'accompagnement des étudiants. Dans ces conditions et alors, au surplus, que le Conseil d'Etat, par une décision n° 488337 du 29 décembre 2023, a jugé qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur le pourvoi dirigé contre l'ordonnance n° 2319295/1, le moyen doit donc être écarté.
9. En troisième et dernier lieu, d'une part, aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 822-1 du code de l'éducation : " Le réseau des œuvres universitaires contribue à assurer aux étudiants une qualité d'accueil et de vie propice à la réussite de leur parcours de formation () / Il contribue aussi à l'amélioration des conditions de vie et de travail de l'ensemble des membres de la communauté universitaire, telle que définie à l'article L. 111-5. () ". Aux termes du septième alinéa du même article : " Les décisions concernant l'attribution des logements destinés aux étudiants sont prises par les centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires ". Aux termes de l'article R. 822-1 du même code : " () / Le réseau des œuvres universitaires participe au service public de l'enseignement supérieur et contribue à la mise en œuvre de la politique nationale de vie étudiante définie par le ministre chargé de l'enseignement supérieur. / Il a pour missions : / 1° De favoriser l'amélioration des conditions de vie étudiante par ses interventions dans les domaines, notamment de l'accompagnement social des études et de leur financement, de la restauration, du logement () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Relèvent des interventions du réseau des œuvres universitaires : / 1° Les étudiants ou élèves en formation initiale ou continue inscrits dans les établissements d'enseignement supérieur () / 2° Les titulaires d'une carte d'étudiants des métiers () ; / 3° Les personnes accomplissant un service civique (); / 4° L'ensemble des usagers et personnels membres de la communauté universitaire () ; / 5° A titre secondaire, d'autres catégories de personnes déterminées par le conseil d'administration des centres régionaux, après avis du centre national () ". Aux termes de l'article R. 822-9 du même code : " Les centres régionaux sont des établissements publics à caractère administratif chargés de remplir une mission de service public à l'égard de leurs publics bénéficiaires mentionnés à l'article R. 822-2. / () Les centres régionaux contribuent, dans leur ressort géographique, à la mise en œuvre de la politique nationale de vie étudiante définie par le ministre de l'enseignement supérieur en proposant les prestations et les services propres à améliorer les conditions de vie et d'étude. Ils créent, dans ce but, les services leur permettant d'adapter et de diversifier les prestations qu'ils proposent aux usagers en tenant compte de leurs besoins. / () ".
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 631-12 du code de la construction et de l'habitation : " La résidence universitaire () accueille des étudiants, des personnes de moins de trente ans en formation ou en stage et des personnes titulaires d'un contrat de professionnalisation ou d'apprentissage. A titre exceptionnel, cet établissement peut accueillir des enseignants et des chercheurs. / () / Le contrat de location a une durée maximale d'un an. Il peut être renouvelé dès lors que l'occupant continue à remplir les conditions précisées au présent article. / () ". Aux termes de l'article L. 631-12-1 du même code, créé par l'article 140 de la loi du 21 février 2022 relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l'action publique locale : " Par dérogation à l'article L. 631-12, le gestionnaire d'une résidence universitaire qui n'est pas totalement occupée après le 31 décembre de chaque année peut louer les locaux inoccupés pour des séjours d'une durée inférieure à trois mois s'achevant au plus tard le 1er octobre de l'année suivante, particulièrement à des publics reconnus prioritaires par l'État au sens de l'article L. 441-1. / Lorsque les logements loués en application du premier alinéa du présent article sont libérés, ils sont proposés en priorité aux personnes mentionnées au premier alinéa de l'article L. 631-12 ".
11. Si, en vertu des dispositions de l'article L. 822-1 du code de l'éducation, le réseau des œuvres universitaires a pour mission de contribuer à assurer aux étudiants une qualité d'accueil et de vie propice à la réussite de leur parcours de formation, notamment en matière de logement, aucune disposition législative ne fait obstacle à ce qu'un centre régional des œuvres universitaires et scolaires prévoie que la mise à disposition de logements étudiants, dont la durée de location ne peut excéder un an, prenne fin le 30 juin, ce qui correspond, en règle générale, à la fin de l'année de formation dispensée dans les établissements d'enseignement supérieur.
12. En outre, les dispositions de l'article L. 631-12-1 du code de la construction et de l'habitation permettent au gestionnaire d'une résidence universitaire qui n'est pas totalement occupée de louer les locaux inoccupés après le 31 décembre de chaque année pour des séjours d'une durée inférieure à trois mois s'achevant au plus tard le 1er octobre de l'année suivante. Si ces dispositions prévoient que cette faculté est susceptible de bénéficier, en particulier, aux publics reconnus prioritaires par l'État au sens de l'article L. 441-1 du même code, elles n'ont pas pour portée d'en réserver le bénéfice à ces publics et ne s'opposent pas, s'agissant de l'année universitaire 2023-2024, à ce que de tels locaux soient loués à l'Etat pour y loger des personnels mobilisés pour les jeux Olympiques et Paralympiques de Paris de 2024.
13. Le syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, et l'UNEF soutiennent que, par la délibération attaquée, le CROUS de Paris fait primer les intérêts des volontaires des jeux Olympiques et des partenaires mobilisés à cette occasion sur les intérêts matériels et moraux des étudiants alors qu'en vertu des dispositions de l'article L. 811-1 du code de l'éducation, le réseau des œuvres universitaires a pour objectif premier d'assurer aux étudiants une qualité d'accueil et de vie propice à la réussite de leur parcours de formation. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 12 du présent jugement qu'il est légalement possible pour le CROUS de Paris de mettre des logements vacants au sein des résidences universitaires à disposition de l'Etat pour y loger des personnels mobilisés pour les jeux Olympiques et Paralympiques de Paris de 2024. En outre, ainsi que le fait valoir le CROUS de Paris sans être sérieusement contredit, 30 % des logements en moyenne au niveau national sont vacants l'été, soit que leurs occupants précédents les ont libérés, soit qu'ils les conservent sans les occuper jusqu'à la rentrée suivante, ce taux de vacance atteignant 35 % au mois d'août pour l'académie de Paris. Il précise que pour les quatre résidences concernées, le taux de vacances est particulièrement élevé, de 2 à 5 points supérieurs au reste de l'académie. De plus, la délibération attaquée garantit le relogement des étudiants qui souhaitent garder un logement pendant l'été dans une autre résidence gérée par le CROUS à proximité immédiate de celle où ils étaient logés ou à proximité de leurs centres d'intérêts pendant l'été, sans surcoût de loyer, et leur permet de regagner leur précédente résidence à la rentrée 2024 ou de rester dans celle dans laquelle ils auront été logés pendant l'été. Par ailleurs, le CROUS de Paris fait valoir, sans être contredit, qu'il est dans l'intérêt de la sécurité et du bon déroulement du quotidien des étudiants que les personnels de l'Etat, qui n'auront pas le même rythme ni les mêmes contraintes que les étudiants, soient regroupés dans les quatre résidences en litige et que la cohabitation entre les deux populations soit évitée. Enfin, la délibération litigieuse n'a pas pour effet de compromettre le parcours universitaire des étudiants et ne méconnaît pas les exigences qui découlent du principe constitutionnel d'égal accès à l'enseignement supérieur puisqu'elle permet de s'assurer que ceux qui le souhaitent conserveront un logement pendant tout l'été au sein d'une résidence CROUS, à loyer constant ou moins onéreux.
14. Par ailleurs, les syndicats requérants et la fondation Abbé A pour le logement des défavorisés soutiennent que la délibération attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a pour effet de diminuer le volume de logements susceptibles d'accueillir des populations sans logement, mal logées et en situation d'extrême précarité à l'heure d'une grave crise du logement. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points 11 et 12, les dispositions de l'article L. 631-12-1 du code de la construction et de l'habitation ne font pas obstacle à ce que les logements inoccupés pendant l'été soient loués à l'Etat pour y loger des personnels mobilisés pour les jeux Olympiques et Paralympiques de Paris de 2024.
15. Enfin, les syndicats requérants soutiennent que la délibération attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne prévoit ni une juste indemnisation des étudiants qui seront contraints de déménager, ni que les frais exposés par les étudiants à raison des déménagements qu'ils seront contraints de débourser soient remboursés. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 11 qu'aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obstacle à ce que la mise à disposition d'un logement aux étudiants par le CROUS prenne fin le 30 juin, ce qui implique un tel déménagement indépendamment de la mise à disposition des logements pour les agents publics désignés par l'Etat pour participer à la bonne organisation des jeux Olympiques. En outre, la délibération litigieuse prévoit que les étudiants concernés recevront une assistance matérielle proposée par le CROUS en vue de leur déménagement et qu'ils recevront, qu'ils soient ou non relogés par le réseau des CROUS durant la période estivale, une aide financière de 100 euros qui n'a ni pour objet ni pour effet de couvrir les frais de déménagements, mais seulement de compenser les désagréments subis. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit, la délibération litigieuse prévoit que les étudiants seront relogés dans les mêmes conditions tarifaires que celles de leur logement d'origine, y compris dans l'hypothèse où le loyer du nouveau logement serait plus élevé que celui de leur précédent. De plus, l'annexe 1 de la délibération litigieuse précise que les étudiants concernés seront interrogés suffisamment en amont du 30 juin 2024 pour pouvoir exprimer leurs vœux, prévoit la création de comités de pilotage dans chacune des résidences concernées à compter de la fin de l'année 2023 pour mieux connaître la situation individuelle de chacun et définir les modalités de mise en œuvre des mesures d'accompagnement au plus près de leurs besoins et indique que le CROUS devra ménager une certaine souplesse autour de la date du 30 juin 2024, date à laquelle tous les logements devront être libérés, pour permettre aux étudiants concernés par des examens ou des rendus de travaux universitaires, de rester quelques jours de plus dans leur logement si nécessaire.
16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 13 à 15 que le moyen tiré de ce que la délibération attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, pris dans ses différentes branches, doit être écarté.
17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 6 novembre 2023 doivent être rejetées.
Sur la requête n° 2316572/1-3 :
18. Le juge de l'excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d'une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu'il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions à fin d'annulation dont il est saisi, tant que cette décision n'est pas devenue irrévocable. Il en va toutefois différemment lorsque, faisant usage de la faculté dont il dispose dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, il joint les requêtes pour statuer par une même décision, en tirant les conséquences nécessaires de ses propres énonciations. Dans cette hypothèse, toutes les parties concernées seront, en cas d'exercice d'une voie de recours, mises en cause et celle à laquelle un non-lieu a été opposé, mise à même de former, si elle le souhaite, un recours incident contre cette partie du dispositif du jugement.
19. A ce titre, lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.
20. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 18 et 19 et dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la délibération du conseil d'administration du CROUS de Paris du 6 novembre 2023, qui retire la décision révélée par le courriel adressé aux étudiants des résidences concernées contestée par la requête n° 23116572/1-3 susvisée, il n'y a plus lieu, contrairement à ce que soutient le syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, de statuer sur la légalité de cette dernière décision. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision révélée aurait reçu exécution dès lors qu'elle ne constitue pas la base légale des conventions d'occupation conclues par le CROUS de Paris avec les étudiants au cours des mois de septembre et octobre 2023 pour l'année 2023-2024.
Sur les frais liés aux litiges :
21. D'une part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
22. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à chacune des parties la charge des frais exposés par elles au titre des présentes instances et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions présentées par le syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, et l'UNEF et par le CROUS de Paris sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. En outre, la décision en litige a été prise par le CROUS de Paris et le CNOUS n'a pas la qualité de partie en défense dans la présente instance. Sa présence en qualité d'observateur ne lui confère pas davantage la qualité de partie, dès lors qu'il n'aurait pas eu, à défaut d'être présent, qualité pour faire tierce-opposition du présent jugement. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
23. D'autre part, aux termes de l'article L. 652-6 du code de la sécurité sociale : " Dans la métropole et dans les collectivités mentionnées à l'article L. 751-1, les droits alloués aux avocats pour la plaidoirie et perçus par eux, au titre de leur activité propre comme de celle des avocats salariés qu'ils emploient, sont affectés au financement du régime d'assurance vieillesse de base de la Caisse nationale des barreaux français. Ils sont recouvrés auprès de chaque avocat non salarié ou société d'avocats par la Caisse nationale des barreaux français. () ". Aux termes de l'article R. 652-26 du même code : " Le droit de plaidoirie prévu au premier alinéa de l'article L. 652-6 est exigible devant les juridictions administratives de droit commun et les juridictions de l'ordre judiciaire. " et aux termes de l'article R. 652-27 du même code : " Le droit de plaidoirie est dû à l'avocat pour chaque plaidoirie faite aux audiences dont la liste est fixée par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice. A défaut de plaidoirie, est considéré comme ayant plaidé l'avocat représentant la partie à l'audience. / Lorsque plusieurs avocats plaident pour une seule partie, il est dû un droit par avocat plaidant. Si un avocat plaide pour plusieurs parties, un seul droit est dû. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 652-28 dudit code : " Le montant du droit de plaidoirie est fixé à 13 euros ".
24. Le CROUS de Paris et le CNOUS, qui ont été représentés à l'audience pour les deux requêtes par le même mandataire, sont fondés à demander le versement de la somme totale de 13 euros au titre du droit de plaidoirie.
D E C I D E
Article 1er : L'intervention de la Fondation Abbé A pour le logement des défavorisés dans l'instance n° 2400213/1-3 est admise.
Article 2 : La requête n° 2400354/1-3 est rejetée.
Article 3 : Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête n° 2316572/1-3.
Article 4 : Les conclusions présentées par le CROUS de Paris et le CNOUS sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, et l'UNEF verseront la somme totale de 13 euros au CROUS et au CNOUS au titre du droit de plaidoirie.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié au syndicat Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes, à l'UNEF, au CROUS de Paris, au CNOUS, à la fondation Abbé A pour le logement des défavorisés et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B. ROHMER
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3,
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026