lundi 30 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2316642 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SINGH |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 17 mai 2023, le président de la 7ème chambre du tribunal administratif de Montreuil a, sur le fondement des dispositions des articles R. 351-3 et R. 776-17 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Paris le règlement des conclusions de la requête de M. C A B tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 août 2021 en tant que le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par une ordonnance du 1er juin 2023, le président du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement des dispositions de l'article R. 351-6 du code de justice administrative, transmis le dossier de la requête de M. A B au Conseil d'Etat.
Par une ordonnance du 7 juillet 2023, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Paris le règlement des conclusions de la requête dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination.
Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, M. C A B, représenté par Me Singh, demande au tribunal de :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis du 18 août 2021 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou à titre subsidiaire " salarié ", à défaut une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à temps plein et de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait dû lui demander de compléter son dossier sur le fondement des dispositions de l'article
L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ; le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne constitue pas une menace à l'ordre public ; les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ; les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ; la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été informées que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public soulevé d'office.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux,
- et les observations de Me Siran substituant Me Singh, représentant M. A B, qui a lui-même été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 10 juin 2002, déclare être entré en France en septembre 2019. Il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation de l'arrêté du 18 août 2021 en tant que le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur le moyen tiré de l'incompétence de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E F, préfet de la Seine-Saint-Denis à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
En ce qui concerne le moyen tiré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision en litige vise les articles 3 et 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. En outre, elle décrit la situation administrative, familiale et professionnelle de l'intéressé. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, eu égard notamment aux mentions portées sur l'arrêté attaqué relevées au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'a pas été procédé à un examen particulier de la situation de M. A B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A B en se fondant sur le caractère incomplet de son dossier. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure en raison du fait que le préfet de police n'aurait pas invité M. A B à compléter son dossier conformément aux exigences de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit, en tout état de cause, être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
7. Les stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoient la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée. Par suite, l'arrêté contesté ne pouvait être pris sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger qui a 18 ans, a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de 16 ans et l'âge de 18 ans et justifie suivre une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle.
8. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
9. En l'espèce, la décision de refus de titre de séjour contestée trouve son fondement légal dans le pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.
10. Le requérant soutient que le préfet de Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit être écarté comme tel, ces dispositions n'étant pas opposables à la situation de M. A B.
11. Le requérant soutient que le préfet de Seine-Saint-Denis a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle.
12. Le tribunal pour enfants de D, par jugement du 18 décembre 2019, a autorisé la prise en charge de M. A B, né le 10 juin 2002, par l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, et qu'il bénéficie d'un contrat d'aide éducative jeune majeur. Il ressort également des pièces du dossier que le 5 juillet 2021, le centre de formation des apprentis de la chambre des métiers et de l'artisanat de l'Ile-de-France et la société IRF ont signé une convention de formation par apprentissage au bénéfice de M. A B pour l'obtention du diplôme de CAP monteur en installations thermiques au cours de la période du 1er septembre 2021 au 30 juin 2023, à raison de 528 heures de formation. Le même jour, la société IRF et M. A B ont signé un contrat d'apprentissage pour cette période avec une durée hebdomadaire du travail fixée à 35 heures. Toutefois, l'intéressé ne justifie d'aucune insertion sociale, scolaire et professionnelle à compter de décembre 2019 jusqu'au 5 juillet 2021. Au contraire, l'intéressé a admis, à l'audience, avoir " fait des bêtises ", ce qui est attesté par les mentions du fichier automatisé des empreintes digitales figurant au dossier. Dans ces conditions, en refusant à M. A B une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, le préfet de Seine-Saint -Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé.
13. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 12, et alors que l'intéressé n'établit pas les relations qu'il entretiendrait avec son frère avec qui il est entré en France en 2019 et l'absence de toute attache familiale en Tunisie, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux invoqués aux points 12 et 13, M. A B n'est pas fondé à soutenir, en tout état de cause, que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant refus de titre de séjour sur sa situation personnelle.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
16. Pour les motifs invoqués aux points 12 et 13, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle.
Sur la décision fixant le pays de destination :
17. En premier lieu, le requérant n'établit pas les traitements inhumains et dégradants auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine où il n'est pas établi qu'il n'y aurait plus d'attaches familiales. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
18. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision fixant le pays de destination sur sa situation personnelle.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente rapporteure,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
M-O LE ROUX
L'assesseure la plus ancienne,
C. MADE
La greffière,
F. RAJAOBELISON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/4-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2417280
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé les décisions du ministre de la justice refusant un changement de nom. Le juge a estimé que la requérante justifiait d'un intérêt légitime exceptionnel, fondé sur des motifs affectifs, pour porter le nom de son père biologique et affectif, et ce malgré l'existence d'une filiation paternelle légalement établie à l'égard d'un autre homme. La décision s'appuie sur l'article 61 du code civil, qui n'assujettit pas l'intérêt légitime à changer de nom à l'existence d'un lien de filiation avec le porteur du nom sollicité.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2402737
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler les arrêtés d'expulsion et de fixation du pays de destination. La juridiction a estimé que le ministre de l'intérieur avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérant que les condamnations et le comportement agressif de l'intéressé, évoluant vers des menaces à caractère terroriste, constituaient une menace grave pour l'ordre public et portaient atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Le tribunal a également jugé que l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination ne méconnaissait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant chinois condamné pour meurtre, qui demandait l'annulation de son arrêté d'expulsion du 5 décembre 2024. Le tribunal a jugé que le préfet de police était compétent pour signer l'arrêté et que la motivation de la décision, qui invoquait une menace grave pour l'ordre public, était suffisante au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 631-1) et du code des relations entre le public et l'administration. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée, faute d'urgence démontrée.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406377
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Habitat Cavaignac visant à annuler l'arrêté municipal du 17 janvier 2024 refusant la transformation d'un local commercial en meublé de tourisme. La juridiction a jugé que le refus de la Maire de Paris était légal, car il était justifié par la nécessité de protéger l'environnement urbain et l'équilibre entre les fonctions de la ville, conformément au règlement municipal adopté sur le fondement du code du tourisme (articles L. 324-1-1 et R. 324-1-5). La demande d'injonction et de condamnation pécuniaire à l'encontre de la Ville a également été rejetée.
23/03/2026