mardi 21 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2316786 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | TOUJAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2023, M. A C, représenté par Me Toujas, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 mai 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande d'échange de son permis de conduire ivoirien avec un permis de conduire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'échange de son permis ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route et de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dès lors que le préfet de police n'a pas consulté les autorités ivoiriennes ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Merino pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition,
de prononcer des conclusions lors de l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino ;
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant ivoirien, a sollicité l'échange de son permis de conduire ivoirien avec un permis de conduire français. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision du 22 mai 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de procéder à cet échange au motif que son permis de conduire présentait les caractéristiques d'une falsification.
2. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. () ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012, dispose que : " () A. ' Pour les ressortissants étrangers non- ressortissants de l'Union européenne, la date d'acquisition de la résidence normale est celle de la remise du premier titre de séjour. ". En outre, l'article 5 du même arrêté dispose que : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. / B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. () E.-Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet fait procéder à son analyse avec l'aide d'un service spécialisé en fraude documentaire et peut compléter son analyse en consultant par la voie diplomatique l'autorité étrangère qui a délivré le titre. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour absence d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes. Cette possibilité lui est ouverte y compris dans le cas où l'autorité étrangère, consultée par le préfet, n'a pas répondu. Les documents produits par l'intéressé et présentés comme des attestations de l'autorité étrangère peuvent être pris en considération s'ils présentent eux-mêmes des garanties suffisantes d'authenticité.
4. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. B D, chef du service des titres et des relations avec les usagers de la direction des transports et de la protection du public, qui disposait d'une délégation à cet effet du préfet de police en vertu d'un arrêté n° 2023-00158 du 20 février 2023 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée rappelle les termes de l'article 7 de l'arrêté précité du 12 janvier 2012. En outre, elle indique que la demande d'échange de permis de conduire est refusée au vu du rapport d'analyse des services de police chargés de la lutte contre la fraude documentaire du 7 mars 2023 qui relève que le titre de conduite présente les caractéristiques d'une falsification les mentions biographiques et le film de sécurité au verso n'étant pas conformes, et le titre ne réagissant pas conformément au modèle de référence sous lumières ultraviolettes. Par suite, cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.
6. En dernier lieu, pour retenir que le permis de conduire en cause présente les caractéristiques d'une falsification, le préfet de police s'est fondé sur le rapport d'examen technique établi le 7 mars 2023 par la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité qui relève que " les mentions biographiques ne sont pas alignées correctement et () la police de caractère n'est pas conforme ", que " le permis de conduire ne réagit pas normalement aux lumières ultraviolettes ", et enfin que " le film de sécurité est non conforme au modèle de référence ", que " les coins se décollent et qu'il y a un film transparent supplémentaire sous le film de sécurité, et que les mentions biographiques ont été imprimées dessus ", ce qui " indique que le film de sécurité a été décollé puis remis en place, grâce au nouveau film transparent ". M. C n'apporte aucune explication sur ces anomalies. En se bornant à produire un relevé d'informations du permis de conduire imprécis, établi le 6 juin 2023 par le ministère des transports de la République de Côte d'Ivoire, qui atteste que " ce permis de conduire ne fait l'objet ni de suspension, ni de retrait, ni d'annulation des droits à conduire de son titulaire ", M. C ne contredit pas suffisamment les conclusions du rapport d'examen technique, dont il ressort qu'il existe des doutes sur l'authenticité matérielle de son permis en relevant qu'il " présente les caractéristiques d'une falsification ". Par suite, c'est par une exacte application des dispositions précitées et sans être tenu de saisir au préalable le consulat général de Côte d'Ivoire que le préfet de police a, au regard des éléments et documents dont il disposait au moment où il a statué, pris la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de police du 22 mai 2023. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025.
La magistrate désignée,
Signé
M. MERINOLe greffier,
Signé
R. DRAILa magistrate désignée,
E. ARMOËTLa greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2316786
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429554
Le Tribunal Administratif de Paris a condamné l'État à verser 2 025 euros à Mme B... pour les troubles dans ses conditions d'existence subis entre le 23 décembre 2022 et le 14 juin 2024, en raison de l'absence de relogement malgré une décision de la commission de médiation la reconnaissant comme prioritaire. La responsabilité de l'État a été engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, en raison de la carence fautive à exécuter cette décision dans le délai imparti. Le tribunal a estimé que la somme demandée de 5 000 euros était excessive et a fixé l'indemnisation à 2 025 euros.
05/11/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429592
Le Tribunal administratif de Paris a condamné l’État à verser 625 euros à M. A..., reconnu prioritaire pour un relogement d’urgence par la commission de médiation de Paris en juillet 2021, en raison de la carence fautive de l’administration à lui proposer un logement dans le délai légal de six mois. Cette indemnité répare les troubles dans ses conditions d’existence subis depuis le 11 décembre 2023, période non couverte par une précédente indemnisation. La responsabilité de l’État est engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation. L’État doit également verser 810 euros au titre des frais de justice.
05/11/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429597
Le Tribunal administratif de Paris a condamné l’État à verser 2 160 euros à Mme B... pour carence fautive dans son relogement, sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation. La requérante, reconnue prioritaire par la commission de médiation le 27 octobre 2022, n’a pas reçu d’offre de logement dans le délai de six mois, engageant la responsabilité de l’État à compter du 27 avril 2023. Le tribunal a évalué les troubles dans ses conditions d’existence (hébergement précaire chez des connaissances et dans sa voiture) en fonction de la durée de la carence et de la persistance de sa situation.
05/11/2025