vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2316889 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | BAUDIFFIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 18 juillet, 18 août et
11 octobre 2023, la régie autonome des transports parisiens (RATP), demande au tribunal de prescrire une expertise, en vue des travaux de création d'une sortie supplémentaire et de locaux techniques à la station Pernety, dans le cadre du projet de modernisation de la ligne 13, et de l'adaptation des stations existantes au nouveau matériel roulant qui se dérouleront sur la rue Niepce, la rue Raymond Losserand et en souterrain, sur le site RATP, à Paris (75014). Elle demande à ce que l'expertise se fasse au contradictoire :
- CogiFrance en qualité de propriétaire du 13, rue Niepce,
- du syndicat des copropriétaires du 14, rue Niepce,
- du syndicat des copropriétaires du 15-17-19, rue Niepce,
- du syndicat des copropriétaires du 16, rue Niepce,
- de l'immeuble 56-58, rue Raymond Losserand, (Paris habitat OPH),
- de la société Carrefour city,
- de la librairie Tropique jeunesse,
- de Smashburger,
- de l'hôtel Niepce Paris-restaurant La Verrière Paris,
- de la Pernetoise épicerie fine,
- de la serrurerie Chevalier,
- de la société Appolon traiteur grec,
- du Naos hôtel Nièpce,
- du Siaap.
Elle soutient que :
- le terrain sur lequel les travaux doivent être réalisés est situé rue Niepce et rue Raymond Losserand, dans le tissu urbain dense de la ville de Paris et que différentes zones à risques ont été identifiées,
- une expertise est utile procéder à l'examen des parties communes, des façades, des appartements, des caves, des parkings ainsi que des abords, avant et à l'issue de travaux afin de préserver les droits de chacune des parties,
- il n'est pas aisé de déterminer si les sociétés Naos hôtel Paris 14 et Naos hôtel Niepce, et hôtel Niepce seraient légitimes à intenter une action en responsabilité en cas de désordres matériels causés à l'immeuble par le chantier,
- l'expertise sollicitée se borne à constater l'état physique des bâtiments avoisinants avant les travaux, et à constater et chercher la cause des dégradations matérielles éventuellement causées auxdits bâtiments au cours de la réalisation des travaux, sans avoir à vérifier la conformité du projet, autorisé par le permis de construire, à la règlementation d'urbanisme, ni de s'inscrire dans le cadre de la réparation d'éventuels préjudices commerciaux des commerçants riverains du projet,
- en ce qui concerne les nuisances sonores, la gêne occasionnée par des travaux publics, notamment sur une exploitation commerciale n'est pas déterminé par un trouble de voisinage mais sur la qualification d'un préjudice anormal et spécial dont les critères sont encadrés par la jurisprudence, après une appréciation au fond et en fonction des pièces produites, et ne peuvent relever de la mission de l'expert.
Par un mémoire, enregistré le 31 juillet 2023, la société l'Art de vivre, représentée par M. A, gérant de la librairie Tropiques, informe le juge des référés que le projet de travaux envisagé par la RATP et le chantier conséquent font l'objet d'un recours gracieux, en cours d'instruction.
Elle soutient que :
- la mission d'expert sollicitée par la RATP devra être étendue aux divers points ayant suscité un recours gracieux en annulation du permis de construire,
- il est utile d'appeler Paris habitat, propriétaire d'une grande partie des locaux visés, aux opérations d'expertises,
- le dépôt du rapport de l'expert sera fixé au plus tôt à la fin de l'année 2023, au regard de la complexité des opérations d'expertises,
- l'ensemble des frais d'expertise seront supportés par la RATP.
Par un mémoire, enregistré le 4 août 2023, la compagnie générale immobilière France (CogiFrance), représentée par le cabinet 1804 avocat, informe le juge des référés qu'elle est l'unique propriétaire de l'immeuble situé 13, rue Nièpce, et de ses protestations et sur le principe de la responsabilité et la mesure d'expertise sollicitée.
Par un mémoire, enregistré le 10 août 2023, l'hôtel Niepce Paris-restaurant La Verrière Paris, représenté par Me Baudiffier, informe le juge des référés de ses protestations et sur le principe de la responsabilité et la mesure d'expertise sollicitée, et demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire et de chiffrer les éventuels préjudices subis, tant matériels qu'immatériels.
Par deux mémoires, enregistrés le 10 août et le 15 septembre 2023, la société Naos hôtel Paris 14 et la société Naos hôtel Niepce, représentées par Me Baudiffier, demandent au juge des référés de recevoir leur intervention volontaire, elles l'informent qu'elles ne s'opposent pas aux opérations d'expertise sollicitées, et demandent de compléter la mission de l'expert selon les termes de leur mémoire, notamment de procéder à la visite des parties communes et privatives des biens et de rechercher et indiquer les moyens possibles pour réduire les nuisances lors des travaux.
Elles soutiennent qu'elles ont la qualité de crédit preneur dans le cadre d'un crédit-bail immobilier, pour l'une, et de sous-locataire exploitante de l'hôtel, pour l'autre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages, puis le cas échéant, aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée d'exécution des travaux. () / La mission de l'expert peut se poursuivre, si l'ordonnance mentionnée au deuxième alinéa l'a prévu, pour rechercher les causes et l'étendue des dommages qui surviendraient pendant la durée d'exécution des travaux, à l'initiative du demandeur saisi, le cas échéant, par l'une des parties mentionnées au deuxième alinéa. / () ".
2. La RATP expose qu'elle va entreprendre des travaux de de création d'une sortie supplémentaire et de locaux techniques à la station Pernety, dans le cadre du projet de modernisation de la ligne 13, et de l'adaptation des stations existantes au nouveau matériel roulant qui se dérouleront sur la rue Niepce, la rue Raymond Losserand et en souterrain, sur le site Ratp, à Paris (75014), dans un tissu urbain dense où différentes zones à risques ont été identifiées et qu'il est utile de désigner un expert qui visitera les immeubles concernés avant le début des travaux de démolition, et s'il y a lieu au cours des travaux, afin de constater le cas échéant si ces ouvrages ont été affectés de dommages.
3. Si la société l'Art de vivre demande à ce que la mission d'expert soit étendue aux divers points ayant suscité un recours gracieux en annulation du permis de construire, il résulte de l'instruction que l'expertise demandée sur le fondement de l'article R. 532-1-1 précité du code de justice administrative n'a pour objet que de se limiter à constater l'état physique des bâtiments avoisinants avant les travaux prévus, et à constater et chercher la cause des dégradations matérielles éventuellement causées au cours de la réalisation de travaux. Il n'y a pas lieu d'étendre la mission de l'expert la conformité du projet de la RATP, qui relève d'un seul point de droit.
4. La RATP fait valoir qu'elle s'en remet au tribunal, afin de savoir s'il est utile, d'appeler la société Naos hôtel Paris 14 en sa qualité de crédit preneur dans le cadre d'un crédit-bail immobilier et la société Naos hôtel Niepce en sa qualité de crédit preneur dans le cadre d'un crédit-bail immobilier et, l'hôtel Niepce à l'expertise. Pour une bonne administration de la justice, en l'état de l'instruction du dossier, aucun obstacle ne prive les sociétés, qui devront préciser leurs liens avec l'hôtel Niepce, d'être présentes aux opérations d'expertise. Les sociétés demandent également à ce que la mission de l'expert comporte la visite de l'ensemble des immeubles visés par la requête et notamment l'immeuble de l'hôtel Niepce, dans son intégralité. Il y a lieu d'y faire droit, dès lors que la RATP précise que le chantier s'insère dans une zone urbaine dense avec des zones à risques. En revanche, s'il n'appartient pas à l'expert de procéder au chiffrage des préjudices matériels et immatériels qui pourraient être subis par l'exploitant, il ressort très clairement du mémoire en réponse de la RATP produit le 18 août 2023, qu'elle demande à ce que la mission de l'expert inclue de donner un avis sur le chiffrage du préjudice matériel éventuellement subi du fait de ces dommages aux immeubles / ouvrages.
5. Il n'appartient normalement pas, non plus, au juge des référés, d'autoriser la société Naos hôtel Paris 14, la société Naos hôtel Niepce et l'hôtel Niepce en cas d'urgence, à faire exécuter, à leurs frais avancés et pour le compte de qui il appartiendra, les travaux estimés indispensables par l'expert sous sa direction. Il résulte toutefois de l'instruction, que la Ratp, par le même mémoire cité, autorise très clairement l'expert à intervenir en cas de péril des bâtiments concernés.
6. En vertu de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la ou les parties qui assumeront la charge des frais d'expertise sont désignées par le président du tribunal aux termes de l'ordonnance qui fixera, après le dépôt du rapport, les frais et honoraires de l'expert. De même, en application de l'article R. 621-12 du même code, dans le cas où il serait fait droit à une demande de l'expert tendant au bénéfice d'une allocation provisionnelle, il appartient également au président du tribunal, aux termes de l'ordonnance fixant le montant de cette allocation, de préciser la ou les parties qui devront la verser. Il n'appartient donc pas au juge des référés de déterminer la partie à la charge de laquelle seront mis les frais d'expertise ou, le cas échéant, l'allocation provisionnelle qui pourrait éventuellement être accordée à l'expert. Par suite, la demande présentée à ce titre par la société l'Art de vivre doit être rejetée.
7. Il résulte de tout ce qui a été dit précédemment que la mesure d'expertise demandée par la RATP entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu par suite d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B C, exerçant à Mellay Viabon (28150) procédera en présence de la RATP, du syndicat des copropriétaires du 14, rue Niepce, du syndicat des copropriétaires du 15-17-19, rue Niepce, du syndicat des copropriétaires du 16, rue Niepce, de la société Carrefour city, de la société l'Art de vivre, de Smashburger, de l'hôtel Niepce Paris-restaurant La Verrière Paris, de la Pernetoise épicerie fine, de la serrurerie Chevalier, de la société Appolon traiteur grec, du Siaap, de la société Naos hôtel Paris 14, de la société Naos hôtel Niepce, de Paris habitat, de la compagnie générale immobilière France (CogiFrance), à une expertise en vue de :
1°) se faire communiquer tous documents contractuels et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission, convoquer les parties et entendre tout sachant ;
2°) se rendre sur les lieux sur le site rue Niepce, la rue Raymond Losserand et en souterrain, sur le site Ratp, à Paris (75014) ; identifier les avoisinants qui pourraient être impactés et proposer la délimitation des états des lieux à réaliser chez les avoisinants (ZIG) ; proposer la classification de chaque bâtiment / ouvrage retenu en s'appuyant sur la labellisation communément pratiquée de la circulaire du 23 juillet 1986 relative aux vibrations mécaniques émises dans l'environnement par les ICPE (construction résistante, sensible, très sensible) ;
3°) procéder à l'examen des parties communes, des façades, des appartements, des caves, des parkings ainsi que des parties privatives des immeubles identifiés en zone sensible si les propriétaires y autorisent l'expert, et des abords ;
4°) identifier les locaux, établissements, commerces et activités sensibles d'un point de vue acoustique et vibratoire, et proposer la délimitation des états des lieux à réaliser chez ces avoisinants ; procéder à des mesures acoustiques et vibratoires extérieures et intérieures (i) en état initial avant les travaux de démolition et (ii) en état final à la réception des travaux de la RATP ;
5°) constater avant le début des travaux de démolition, l'état des ouvrages cités précédemment, dresser tous états descriptifs et qualitatifs nécessaires de la totalité des immeubles voisins visités, afin de déterminer et dire si, à son avis, ces immeubles présentent ou non des dégradations et désordres inhérents à leur structure, leur mode de construction, ainsi qu'à leur mode de fondation ou leur état de vétusté ou, encore, consécutifs à la nature du sous-sol sur lequel ils reposent ou consécutifs aux travaux qui auraient pu être entrepris au moment de l'expertise pour le compte du demandeur, dresser un pré rapport ;
6°) dire, s'il convient ou non, de procéder à la réalisation et à la mise en place de telles mesures de sauvegarde ou de travaux particuliers de nature à éviter toute aggravation de l'état qu'ils présentent actuellement et permettre, dans les meilleures conditions techniques possibles, la réalisation des travaux à être entrepris pour le compte du demandeur ;
7°) constater avant le début des travaux de génie civil l'état des ouvrages cités précédemment et remettre un rapport intermédiaire dans un délai de 2 mois à compter de la terminaison des constats effectués ;
8°) constater, s'il y a lieu au cours des travaux effectués sous la maîtrise d'ouvrage de la RATP sur demande des intéressés au cas où il serait allégué de nouveaux désordres ou l'aggravation des anciens, et en tout état de cause aux termes desdits travaux, si ces ouvrages ont été affectés de dommages et, dans l'affirmative, déterminer leur étendue et leurs causes, donner un avis sur le chiffrage du préjudice matériel éventuellement subi du fait de ces dommages aux immeubles / ouvrages, et remettre un rapport définitif dans un délai de 6 mois à compter de l'achèvement des travaux de la RATP ;
9°) organiser les réunions d'expertise nécessaires au bon déroulement de la procédure ;
10°) à la demande de la RATP, " En cas d'urgence ou de péril en la demeure reconnus par l'expert, ce dernier dira, s'il convient ou non, de procéder à la réalisation et à la mise en place de telles mesures de sauvegarde ou de travaux particuliers de nature à éviter toute aggravation de l'état qu'ils présentent actuellement et permettre, dans les meilleures conditions techniques possibles, la réalisation des travaux de la RATP ; En outre, l'expert pourra autoriser toute partie en faisant la demande à faire exécuter, à ses frais avancés, pour le compte de qui il appartiendra, les travaux qu'il estime indispensables, sous la direction du maître d'œuvre de la Ratp, par des entreprises qualifiées ; dans ce dernier cas, l'expert déposera un pré-rapport ou une note aux parties valant pré-rapport, donnant son avis sur la nature, l'importance et le coût de ces travaux. ".
Article 2 : L'experte remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative jusqu'à l'achèvement des travaux. Pour l'accomplissement de cette mission, il se fera communiquer tous documents relatifs à la conception et à la réalisation des travaux. Il restera saisi tout au long des travaux.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : L'experte déposera son rapport au greffe du tribunal en 2 exemplaires dans les deux mois suivant ses dernières constatations. Il demeurera saisi jusqu'à l'achèvement des travaux. Il notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 5 de la présente ordonnance, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la régie autonome des transports parisiens, à la compagnie générale immobilière France (CogiFrance), au syndicat des copropriétaires du 14, rue Niepce, au syndicat des copropriétaires du 15-17-19, rue Niepce, au syndicat des copropriétaires du 16, rue Niepce, à la société Carrefour city, à la société l'Art de vivre, à Smashburger, à l'hôtel Niepce Paris-restaurant La Verrière Paris, à la Pernetoise épicerie fine, à la serrurerie Chevalier, à la société Appolon traiteur grec, à Paris habitat, à la société Naos hôtel Paris 14, à la société Naos hôtel Nièpce, au Siaap et à B C, experte.
Fait à Paris, le 22 décembre 2023.
La juge des référés,
M. DHIVER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, et au ministre chargé des transports, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/11-5