mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2317342 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | ORHANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 25 mai 2023 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre le directeur de l'OFII de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif depuis la cessation et ce, dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, même s'il ne devait pas présenter d'attestation de demandeur d'asile ;
4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat à verser à Me Orhant une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ;
5°) à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen ;
- il n'a pas fait l'objet d'un entretien de vulnérabilité ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur dans l'appréciation de sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 octobre 2023.
Vu la décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris en date du 6 septembre 2023 rejetant la demande d'aide juridictionnelle totale de M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lambert,
- et les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant afghan né le 5 avril 2002, a déposé une demande d'asile le 3 août 2022 et été placé en procédure Dublin en raison du dépôt d'une demande d'asile en Autriche. Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Après avoir fait l'objet d'un transfert vers l'Autriche, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, il a déposé une nouvelle demande d'asile à son retour en France le 23 janvier 2023, et a été de nouveau placé en procédure Dublin. Le jour même, le directeur général de l'OFII lui a notifié son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande d'asile (Autriche). Par une décision du 25 mai 2023, dont M. A demande l'annulation, le directeur général de l'OFII a mis fin à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par décision du 6 septembre 2023, la demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article L.522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article D.551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ".
4. En premier lieu, la décision contestée vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde et indique le motif pour lequel il est mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A, à savoir le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande d'asile. La circonstance que cette décision ne mentionne pas qu'il a été transféré vers l'Autriche et qu'elle ne fasse pas mention de son état de santé est sans incidence sur le caractère suffisant de cette motivation, qui permettait à l'intéressé de comprendre les raisons pour lesquelles il a été mis fin aux conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que l'OFII a examiné la situation personnelle et familiale de M. A avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A, à le supposer soulevé, doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 3 août 2022, ainsi que lors de l'enregistrement de sa seconde demande d'asile le 23 janvier 2023, alors même qu'il ne résulte pas des dispositions citées au point 3 ni d'aucune autre applicable en l'espèce, que l'OFII était tenu d'organiser un nouvel entretien de vulnérabilité avant l'édiction de la décision attaquée. Le moyen tiré du défaut d'entretien sur la vulnérabilité doit donc être écarté.
7. En quatrième lieu, la décision de l'OFII du 25 mai 2023 de cessation des conditions matérielles d'accueil de M. A est fondée sur la circonstance que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande d'asile. En se fondant sur ce motif, l'OFII a entendu se placer dans les prévisions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.
8. Il ressort des pièces du dossier que, après avoir fait l'objet d'un transfert à destination de l'Autriche, M. A est revenu en France 8 à 9 jours plus tard et a déposé une nouvelle demande d'asile, méconnaissant ainsi les exigences de la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale, telle qu'elle résulte du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. M. A ne donne aucune explication sur les raisons de son retour et ne soutient pas, ni même n'allègue, qu'il n'aurait pas été en mesure de faire valoir devant les autorités autrichiennes ses craintes en cas de renvoi dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'OFII a entaché sa décision d'erreur de droit en lui opposant le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile.
9. En cinquième et dernier lieu, M. A soutient que l'OFII a commis une erreur d'appréciation au regard de sa vulnérabilité particulière. A cet égard, s'il établit être atteint d'une hépatite B par la production d'un bilan d'analyse de sang daté du 27 juin 2023, cette seule circonstance ne permet pas d'établir qu'il se trouvait, à la date de la décision attaquée, dans une situation de particulière vulnérabilité, alors même qu'il n'a pas fait spontanément état d'un problème de santé au cours des deux entretiens de vulnérabilité et qu'il n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il aurait besoin d'un traitement médical particulier. Par ailleurs, s'il soutient qu'il vit dans la rue et est sans ressources, il n'indique pas la raison pour laquelle il ne pourrait plus bénéficier d'un hébergement stable, ainsi qu'il l'avait indiqué, ni ne pourrait pas être hébergé et pris en charge par son frère, qui réside en France, selon ses propres déclarations. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
Sur les autres conclusions :
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du directeur de l'OFII du 25 mai 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées, ainsi que celles qu'il a présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'OFII n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire présentée par M. A.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Orhant et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.
La rapporteure,
F. Lambert
La présidente,
K. Weidenfeld
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2317342/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026