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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2317363

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2317363

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2317363
TypeDécision
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 21 juillet, 17 et 29 août 2023, Mme F E et M. D C agissants leur nom propre et en qualité de représentants légaux de l'enfant A C, représentés par Me Tardy, demandent au juge des référés du tribunal :

1°) de prescrire une expertise médicale au contradictoire de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP), de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris en vue de déterminer si sa prise en charge et les soins reçus au centre hospitalier Necker - enfants malades, par leur fils A C ont été conformes aux données acquises de la science et d'évaluer les préjudices subis ;

2°) d'autoriser l'expert à s'adjoindre un sapiteur et de produire un pré rapport ;

3°) de mettre la provision à la charge de l'AP-HP ;

4°) de condamner l'AP-HP à leur verser une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens.

Ils soutiennent que :

- l'AP-HP a rejeté leur demande indemnitaire par courrier du 14 mars 2023, tout en reconnaissant la survenue d'une brèche duodénale et une éviscération lors de l'acte chirurgical réalisé le 20 décembre 2016, à l'hôpital Necker- enfants malades sur leur bébé et qu'il présente encore des gênes lors de la position assise ou debout outre " une douleur à l'étirement du ventre, avec adhérence de la peau " ;

- dans la perspective d'une action en responsabilité la conduite d'une expertise est utile ;

- la présence à l'expertise de l'ONIAM est utile dès lors que l'expertise judiciaire sollicitée a pour objet de déterminer une éventuelle responsabilité qui permettra d'apprécier, le cas échéant, les conditions d'intervention de l'ONIAM ; la décision d'incompétence prise par la commission de conciliation et d'indemnisation n'est pas un acte administratif faisant grief et ne peut leur être opposée ; l'expertise est également utile afin de savoir si l'état de santé de leur fils est consolidé et permettra de chiffrer le déficit fonctionnel temporaire en tant que troubles dans les conditions d'existence de toutes natures qu'a subis leur enfant.

Par un mémoire, enregistré le 9 août 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par le cabinet Saidji et Moreau avocats, conclut à titre principal à sa mise hors de cause dès lors que la CCI s'est déclarée incompétente pour traiter la demande de Mme E et M. C au regard du préjudice subi, que l'enfant ne justifie pas d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à 50%, pendant 6 mois consécutifs ou non consécutifs sur une période de 12 mois, que la perforation duodénale et la péritonite biliaire n'ont entraîné aucune séquelle définitive, et que l'enfant n'a pas subi de troubles particulièrement graves dans ses conditions d'existence. A titre subsidiaire, l'ONIAM demande au juge des référés, s'il était appelé au contradictoire, de compléter la mission d'expertise selon les termes de son mémoire et de rejeter les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré le 21 août 2023, l'Assistance publique - hôpitaux de Paris informe le juge des référés qu'elle ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée, demande à ce que la Cpam produise sa créance définitive et conclut au rejet des autres demandes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente du tribunal administratif de Paris, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction "

2. L'enfant A C, né le 23 novembre 2016, a présenté des vomissements en jets, à compter du 19 décembre 2016 ; une échographie réalisée aux urgences de l'hôpital Necker - enfants malades a montré une sténose hypertrophique du pylore pour laquelle le bébé a été opéré le 20 décembre 2016. Les suites ont été marquées par une perforation duodénale compliquée d'une péritonite biliaire nécessitant une reprise chirurgicale le 21 décembre 2016, à la suite de laquelle le jeune A C a été pris en charge au sein du service d'anesthésie réanimation neurochirurgicale, obligeant à la prise d'une antibiothérapie, un prélèvement per opératoire ayant révélé une infection à E coli, le 24 décembre 2016. Le 29 décembre 2016, la présence de deux collections en pré-hépatique et dans la cavité des épiploons ont été mises en évidence, cependant le corps médical a choisi de ne pas drainer l'abcès au motif d'un rapport bénéfice / risque défavorable à l'enfant. Le 31 décembre 2016, le chirurgien a réalisé une reprise chirurgicale en urgence pour réfection de paroi devant une cicatrice inflammatoire et ouverte de laparotomie sur 5 mm, correspondant à une éviscération et drainage de l'abcès péri-hépatique. Par suite, le jeune bébé a dû recevoir de la vancomycine, puis de l'amoxicilline pendant quatorze jours, en raison de l'identification d'un entérocoque faecalis. Le compte-rendu de consultation du service de chirurgie pédiatrique viscérale a conclu à une évolution très favorable le 21 février 2017, conformée le 12 septembre 2017. Estimant que la responsabilité du centre hospitalier Necker est susceptible d'être recherchée en raison des fautes commises et des préjudices subis par leur bébé A C, Mme E et M. C sollicitent la désignation d'un expert en vue de pouvoir intenter ultérieurement une action au fond en responsabilité à l'encontre de l'AP-HP.

3. La demande d'expertise entre dans le champ d'application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. S'il apparaît à un expert qu'il est nécessaire de faire appel au concours d'un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier, il doit préalablement solliciter l'autorisation du président du tribunal administratif. Par suite, les conclusions de Mme E et M. C tendant à ce que le juge des référés autorise l'expert à s'adjoindre un sapiteur ne peuvent qu'être rejetées.

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. Il suit de là que les conclusions de Mme E et M. C, tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport en leur fixant un délai pour formuler leurs dires auxquels il devra répondre dans son rapport définitif, ne peuvent qu'être rejetées.

6. L'ONIAM sollicite sa mise hors de cause au motif que les préjudices subis ne présentent pas les seuils de gravité exigés par l'article D.1142- 1 du code de la santé publique, et que la commission de conciliation et d'indemnisation s'est déclarée incompétente sur le fondement de l'article R. 1142-15 du Code de la santé publique. Toutefois, il est constant que l'enfant A C a présenté une perforation duodénale et une péritonite justifiant des interventions chirurgicales et la mise en place d'un cathéter et d'antibiothérapies, et qu'il s'ensuit qu'il appartiendra, le cas échéant, au juge du fond éventuellement saisi, de déterminer souverainement l'existence de troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence tant dans les premiers mois de l'existence du jeune A qu'actuellement. Dès lors, il y a lieu d'appeler au contradictoire l'ONIAM afin qu'il puisse préserver ses droits, sans que la décision d'incompétence rendue par la CCI ne puisse être opposée aux requérants.

Sur la demande d'injonction à la caisse primaire d'assurance maladie :

7. Les conclusions de l'AP-HP relatives à la production par la caisse primaire d'assurance maladie de sa créance définitive et des justificatifs de celle-ci à l'expert judiciaire, doivent, en l'état du dossier, être rejetées. Il appartiendra, en effet, à l'expert désigné, au cours de l'expertise, dans le cadre des pouvoirs de direction des opérations d'expertise qui lui sont conférés, de se faire communiquer par les parties tous documents nécessaires à sa mission et notamment à l'évaluation des préjudices.

Sur la charge des frais d'expertise :

8. En vertu de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la ou les parties qui assumeront la charge des frais d'expertise sont désignées par le président du tribunal aux termes de l'ordonnance qui fixera, après le dépôt du rapport, les frais et honoraires de l'expert. De même, en application de l'article R. 621-12 du même code, dans le cas où il serait fait droit à une demande de l'expert tendant au bénéfice d'une allocation provisionnelle, il appartient également au président du tribunal, aux termes de l'ordonnance fixant le montant de cette allocation, de préciser la ou les parties qui devront la verser. Il n'appartient donc pas au juge des référés de déterminer la partie à la charge de laquelle seront mis les frais d'expertise ou, le cas échéant, l'allocation provisionnelle qui pourrait éventuellement être accordée à l'expert. Par suite, la demande présentée à ce titre par Mme E et M. C tendant à faire supporter l'allocation provisionnelle par l'AP-HP doit être rejetée.

Sur les frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 500 euros à verser à Mme E et M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : M. B G (chirurgie générale, digestive et infantile) domicilié 27 bis, rue Grissais - 85200 Fontenay-Le-Comte est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de Mme E, M. C, l'enfant A C, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), et la caisse primaire d'assurance maladie de Paris de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de l'enfant A C et, notamment, de tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge par l'hôpital Necker et les motifs de cette admission ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de l'enfant A C ainsi qu'à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de l'enfant A C et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital Necker, les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans cet établissement ; décrire l'état pathologique du requérant ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de l'enfant A C et aux symptômes qu'il présentait lors de sa prise en charge à partir du 19 décembre 2016 au sein de l'hôpital Necker ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital, l'utilité des gestes opératoires pratiqués et la conformité de la prise en charge de l'intéressé (investigations, traitements, soins, surveillance, organisation du service) aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents et se prononcer sur la fréquence de survenue du dommage subi par l'enfant et la notion de l'anormalité du dommage ; dire si le geste chirurgical pratiqué le 20 décembre 2016 a été réalisé dans le respect des règles de l'art et si le dommage subi par l'enfant est la conséquence de l'acte chirurgical du 20 décembre 2016 ; déterminer si la brèche duodénale est imputable à une maladresse fautive, dire s'il existe un défaut de surveillance à l'origine de l'éviscération nécessitant une reprise chirurgicale le 31 décembre 2016 ;

4°) de déterminer l'origine du dommage en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge de l'enfant A C ou la prise d'un traitement antérieur particulier ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à l'enfant A C une chance sérieuse de guérison ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par l'enfant A C de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ; dire si le bébé A C a été victime d'une infection nosocomiale au décours de son hospitalisation au sein de l'hôpital Necker ; en cas de réponse positive à cette question, dire si les règles d'asepsie ont été appliquées conformément aux règles de l'art et chiffrer la part des préjudices qui résultent de l'infection nosocomiale ; dire s'il existe un retard fautif dans la prise en charge du phénomène infectieux présenté par le bébé A C dès le 23 décembre 2016 et le cas échéant le chiffrer ;

6°) déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

7°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis tant par l'enfant A C notamment à raison des souffrances endurées, que par ses proches, ainsi que toute information utile à la solution du litige ; évaluer l'ensemble des préjudices selon la nomenclature Dintilhac et les chiffrer précisément ;

a) dire si l'état de l'enfant A C est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressé en fixant notamment la période d'incapacité temporaire et le taux de celle-ci, ainsi que le taux d'incapacité permanente partielle ; en l'absence de consolidation, dire à quelle date il conviendra de revoir l'enfant ; indiquer les périodes pendant lesquelles le bébé a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles ; en cas d'incapacité partielle, préciser le taux et la durée ; indiquer si, après la consolidation, la victime subit un déficit fonctionnel permanent ;

b) donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de l'enfant A C en lien avec les faits en litige ; préciser, dans le cas où certaines hospitalisations ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas tout entiers imputables au dommage litigieux, dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ;

c) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à l'enfant A C en raison du dommage litigieux, pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

d) déterminer l'incidence scolaire ainsi que les autres dépenses liées au dommage corporel ;

e) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;

f) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel ;

g) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par l'enfant A C et ses parents à raison des faits en litige.

Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles

R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expert, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourra tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en 2 exemplaires au plus tard le 7 juin 2024. Il notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article n° 7 de la présente ordonnance, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.

Article 5 : L'AP-HP versera une somme de 1 500 euros à Mme E et M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F E, M. D C, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), et la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à M. B G expert.

Fait à Paris, le 19 décembre 2023

La juge des référés,

M. Dhiver.

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2317363/11-6

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