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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2317404

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2317404

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2317404
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantSIMOND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2023, au tribunal administratif de Nice, qui l'a transmise au tribunal administratif de Paris par ordonnance du 21 juillet 2023, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les décisions du 18 juin 2023 par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elles sont entachées d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par une décision du 21 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a refusé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Abdat a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bulgare né le 28 décembre 1984 à Sofia, s'est vu notifier le 18 juin 2023 un arrêté du même jour par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme D H, adjointe au chef du bureau de la sécurité et de l'ordre public. Par un arrêté n°2024-035 du 11 janvier 2024 publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs n° 09.2024 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme H a reçu délégation de signature, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G, de Mme F, de M. C et de Mme B ou lors des permanences organisées le week-end et les jours fériés, à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les décisions relevant du domaine de compétence du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, parmi lesquelles figurent les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquelles il est fondé. Il vise la convention signée à Schengen le 19 juin 1990, et notamment son article 96, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constituent le fondement légal. Il indique que M. A ne démontre pas disposer de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale en France, qu'il n'est inscrit dans aucun établissement de formation et n'exerce aucune activité professionnelle, qu'il n'établit pas appartenir aux catégories d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qu'il ne justifie pas d'un droit au séjour. Il ajoute que son séjour est constitutif d'un abus de droit en vue de bénéficier du système d'assistance sociale, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 18 avril 2018 et enfin qu'il dispose de fortes attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, ces moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. M. A ne fait état d'aucun élément qui, s'il avait été communiqué au préfet des Alpes-Maritimes, aurait été de nature à faire obstacle à la prise des décisions contestées. De plus, il n'établit pas qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la mesure d'éloignement attaquée, alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition versé par le préfet, qu'il a été entendu par les services de police le 17 juin 2023. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

8. Si le requérant invoque la méconnaissance des dispositions précitées, il n'assortit pas ces moyens des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

Mme de Saint Chamas, conseillère,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

La rapporteure,

G. ABDAT

Le président,

J. SORIN

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2317404/2-

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