jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2317505 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | BECHIEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 24 juillet 2023, la présidente du tribunal administratif de Melun a renvoyé au tribunal administratif de Paris la requête de M. A enregistrée le 16 mai 2023. Par cette requête et un mémoire enregistré le 18 septembre 2023 auprès du tribunal administratif de Paris, M. B A, représenté par Me Béchieau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 28 décembre 2022 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre le directeur de l'OFII de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif pour les mois précédant le mois d'août 2023 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil s'abstienne de percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de lui verser directement la somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été édictée aux termes d'un examen incomplet en ce qu'elle n'a pas pris en compte son état de vulnérabilité ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en tant qu'elle méconnaît l'article L.522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur de droit tirée de la violation des articles L.551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2023, l'OFII conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que par une décision du 23 août 2023, il a procédé au rétablissement rétroactif des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. A.
Vu la décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris en date du 2 octobre 2023 accordant à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale
La clôture de l'instruction est intervenue 3 jours francs avant l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lambert a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant afghan né le 30 juin 1997, a déposé une demande d'asile le 24 décembre 2021 et été placé en procédure Dublin en raison du dépôt d'une demande d'asile en Autriche le 6 décembre 2021. Le 28 décembre 2021, M. A a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Il a fait l'objet d'un transfert vers l'Autriche le 24 juin 2022 et est rentré en France le même jour. Le 19 octobre 2022 il a déposé une nouvelle demande d'asile en France et a été de nouveau placé en procédure Dublin le 21 novembre 2022. Le 28 décembre 2022, le directeur général de l'OFII lui a notifié sa décision de cessation des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande d'asile. M A a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil par un recours formé contre cette décision réceptionné le 16 janvier 2023 par l'OFII. Par un arrêté du 1er mars 2023, la préfète du Val-de-Marne a prononcé le transfert de M. A aux autorités autrichiennes. Par un jugement du 28 mars 2023, le tribunal administratif de Melun a annulé cet arrêté et a, pour l'essentiel, enjoint à la préfète d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale. Par une requête enregistrée le 16 mai 2023 M. A a demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler la décision du 28 décembre 2022 par laquelle le directeur général de l'OFII a mis fin à ses droits aux conditions matérielles d'accueil et d'enjoindre à ce dernier de le rétablir dans ses droits. Sa requête a été transmise au tribunal administratif de Paris par une ordonnance du 24 juillet 2023.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 2 octobre 2023. Il n'y a dès lors pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :
4. L'OFII soulève l'exception de non-lieu à statuer au motif que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, le directeur général de l'OFII a procédé au rétablissement rétroactif des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. A par une décision du 23 août 2023.
5. Cependant, il ressort de l'attestation de l'OFII du 14 septembre 2023, produite par le demandeur, que l'OFII lui a versé l'allocation pour demandeur d'asile (ADA) du mois de janvier 2022 au mois de juin 2022, puis au mois d'août 2023, ce qui révèle une absence de versement au requérant de l'ADA entre le mois de juillet 2022 et le mois de juillet 2023.
6. Par suite, dès lors que le requérant n'a pas été rempli de ses droits en totalité, l'exception de non-lieu à statuer doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. Aux termes de l'article L 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article D.551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ".
8. La décision de l'OFII du 28 décembre 2022 de cessation des conditions matérielles d'accueil de M. A est fondée sur la circonstance que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande d'asile. En se fondant sur ce motif, l'OFII a entendu se placer dans les prévisions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.
9. En premier lieu, la décision contestée vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde et indique le motif pour lequel il est mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A, à savoir le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
10. En deuxième lieu, il ressort de la décision attaquée que l'OFII a tenu compte de l'état des besoins de M. A, ainsi que de sa situation personnelle et familiale avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doit être écarté
11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 28 décembre 2021 et par ailleurs, et il ne résulte pas des dispositions citées au point 6 ni d'aucune autre applicable en l'espèce que l'OFII était tenu d'organiser un nouvel entretien de vulnérabilité avant l'édiction de la décision attaquée.
12. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été indiqué aux points 1 et 8, la décision attaquée est fondée sur le 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que, après avoir fait l'objet d'un transfert à destination de l'Autriche le 22 juin 2022, M. A est revenu en France le jour même et a déposé une nouvelle demande d'asile, méconnaissant ainsi les exigences de la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale, telle qu'elle résulte du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. M. A ne donne aucune explication sur les raisons de son retour et ne soutient ni même n'allègue pas qu'il n'aurait pas été en mesure de faire valoir devant les autorités autrichiennes ses craintes en cas de renvoi dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'OFII a entaché sa décision d'erreur de droit en lui opposant le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile.
13. En cinquième et dernier lieu, alors que M. A n'apporte aucun élément d'explication sur les raisons de son retour en France le jour même de son transfert vers l'Autriche, et alors qu'il ne peut être considéré comme présentant une vulnérabilité particulière, il ne peut soutenir que l'OFII a commis une erreur d'appréciation.
Sur les autres conclusions :
14. Il résulte de tout ce qui précède que M A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du directeur de l'OFII du 28 décembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées, ainsi que celles qu'il a présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'OFII n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E:
Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A à titre provisoire.
Article 2 : Les conclusions à fin de non-lieu à statuer présentées en défense par l'OFII sont rejetées.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Béchieau et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
Mme Lambert, première conseillère,
M. Théoleyre, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
La rapporteure,
F. Lambert
Le président,
P. Laloye
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2317505/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026