mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2317794 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | NOMBRET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Nombret, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 6 juin 2023 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Nombret renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, à défaut pour le préfet de police d'avoir produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il n'est pas possible de s'assurer que cet avis est régulier ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation, sa demande présentant des motifs évidents d'ordre humanitaire ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination sont dépourvues de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elles se fondent ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- elle est dépourvue de motivation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; son caractère est disproportionné.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Kanté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien, né le 16 avril 1960, entré en France le 24 mai 2018 selon ses déclarations, a sollicité le 6 octobre 2022 son admission au séjour dans le cadre des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 6 juin 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté, après avoir visé notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, vise l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 20 février 2023. Il examine, par ailleurs, la situation du requérant au regard du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien susmentionné dont il a demandé le bénéfice et mentionne différents éléments de sa situation personnelle et familiale. Il contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de police pour rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / Le certificat de résidence délivré au titre du présent article donne droit à l'exercice d'une activité professionnelle. ()".
4. La procédure de délivrance des certificats de résidence portant la mention " vie privée et familiale " prévue par ces stipulations est régie par les dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris pour l'application des dispositions équivalentes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'arrêté du 27 décembre 2016 les précisant. En vertu des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et des articles 5 et 6 de cet arrêté, le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport et émet son avis, lequel doit comporter certaines informations, à l'issue d'une délibération.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police s'est prononcé au vu d'un avis émis le 20 février 2023 par un collège de médecins de l'OFII, régulièrement désigné par une décision du 3 octobre 2022 du directeur général de l'office, et dont la mention " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " fait foi jusqu'à preuve du contraire de son caractère collégial. Il ressort par ailleurs tant de cet avis que du bordereau de transmission du rapport établi par le médecin instructeur au vu duquel le collège s'est prononcé que ce dernier ne figurait pas parmi les médecins signataires. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.
6. D'autre part, pour refuser de délivrer à M. A le certificat de résidence demandé, le préfet de police a estimé, suivant l'avis du collège des médecins de l'OFII, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié eu égard à l'offre de soins et au caractéristiques du système de santé en Algérie et voyager sans risque vers ce pays. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre d'une cardiopathie ischémique pontée ainsi que d'un diabète de type 2 à l'origine de l'amputation de l'un de ses orteils et d'hypertension artérielle. S'il n'est pas contesté qu'il fait l'objet d'un suivi régulier à l'hôpital en cardiologie, diabétologie ainsi que d'un suivi vasculaire, les certificats médicaux des médecins spécialistes en charge de son suivi qu'il produit sont peu circonstanciés. Se bornant à affirmer, sans autres précisions, que son suivi ne peut avoir lieu en Algérie ou que sa prise en charge n'est pas possible hors du territoire de France, ils ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis du collège des médecins et l'appréciation portée par le préfet de police. D'autant qu'il ressort des pièces du dossier que l'Algérie n'est pas dépourvue en médecins spécialistes en ophtalmologie, en cardiologie et en endocrinologie pouvant prendre en charge le suivi de l'intéressé. Par ailleurs, le préfet de police établit par les pièces qu'il produit que les médicaments administrés à M. A à base de Toujeo, Stagid, Gliclazide, Liporosa, Kardegic, Ramipril, Lopressor sont disponibles en Algérie et qu'il en va de même de la molécule essentielle du Forxiga, le dapagliflozine, sous le nom de C. La modicité des ressources du requérant et les éventuelles difficultés de prise en charge des dépenses médicales effectuées en Algérie est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué et M. A ne peut utilement se prévaloir de ce que le régime de sécurité sociale en vigueur en Algérie ne prévoirait pas la prise en charge des examens prescrits. Enfin, contrairement à ce qu'il affirme, M. A n'est pas isolé en Algérie où résident son épouse et ses enfants. Dans ces conditions, en l'absence de toute considération humanitaire, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait méconnu les dispositions précitées du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien en refusant de délivrer à M. A le certificat de résidence sollicité.
7. En troisième lieu, M. A, entré irrégulièrement sur le territoire français en mai 2018, sans emploi, ne justifie d'aucun lien d'une particulière ancienneté ou intensité en France. En outre, il a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 12 novembre 2020 à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. Sans charge de famille en France, il n'est pas isolé en Algérie où vivent son épouse et ses enfants et où il pourra bénéficier du traitement et du suivi nécessaire à la prise en charge de son état de santé. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé, celui-ci ne présentant aucune considération humanitaire.
Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :
8. La décision portant refus d'octroi d'un titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
10. En premier lieu, M. A soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois est entachée d'un défaut de motivation. Toutefois, après avoir cité l'article L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police indique que M. A qui déclare être entré en France le 24 mai 2018, s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et que l'examen d'ensemble de sa situation a été effectué relativement à la durée de l'interdiction de retour, au regard notamment de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
11. En deuxième lieu, eu égard aux circonstances indiquées aux points 7 et 10 du présent jugement et dont il résulte que M. A, entré irrégulièrement en France en mai 2018 et s'étant soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement en date du 12 novembre 2020 dont la légalité avait d'ailleurs été confirmée tant par le tribunal dans un jugement du 13 juillet 2021 que par la cour administrative d'appel de Paris par ordonnance du 30 août 2022, ne peut se prévaloir d'attaches privée ou familiale d'une intensité particulière en France, et pas davantage de circonstances présentant un caractère humanitaire, le préfet de police, en fixant à vingt-quatre mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a pas méconnu les dispositions précitées et n'a pas d'avantage entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 6 juin 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police et à Me Nombret.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Kanté, première conseillère,
Mme Lamarche, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.
La rapporteure,
C. KantéLa présidente,
C. Riou
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2226519
Le Tribunal administratif de Paris rejette la demande indemnitaire de la société Le Quasimodo Notre-Dame, qui réclamait près de 1,74 million d'euros à l'État pour les préjudices économiques liés à l'incendie de la cathédrale. La juridiction estime que la société, exploitant un restaurant à proximité, n'était pas usagère de l'ouvrage public et n'a pas subi de dommage accidentel direct causé par celui-ci. Le jugement applique les principes de la responsabilité administrative sans faute pour dommages de travaux publics, mais les écarte en l'espèce.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2312358
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'un agent public demandant l'annulation du refus de sa nomination à un poste d'expert juridique. Le tribunal a jugé que cette décision de rejet constituait une simple mesure d'ordre intérieur, car elle ne portait pas atteinte aux droits statutaires, à la rémunération ou aux perspectives de carrière de l'agent. Par conséquent, le recours pour excès de pouvoir a été déclaré irrecevable.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2313750
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'un gardien de la paix contestant son placement en disponibilité d'office pour raison de santé. La juridiction a jugé la requête irrecevable car elle ne contenait aucun exposé de moyens, et ce défaut n'a pas été régularisé dans les délais. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative relatives aux conditions de saisine.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2326202
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté ministériel portant tableau d'avancement à l'échelon spécial du grade de pharmacien général de santé publique. Le tribunal a annulé l'arrêté du 18 septembre 2023, considérant que l'administration avait méconnu les conditions posées par l'article 15 du décret n° 92-1432 du 30 décembre 1992, en y inscrivant des agents ne remplissant pas les critères statutaires requis pour cet avancement. Par voie de conséquence, les décisions individuelles de nomination prises sur le fondement de ce tableau sont également illégales.
02/04/2026