mercredi 13 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2318305 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | FOURNIER |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête n° 2318304, enregistrée le 2 août 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées les 25 septembre 2023 et 17 novembre 2023, Mme B D, représentée par Me Fournier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisation à travailler, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros hors taxes à Me Fournier, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est entaché d'irrégularité ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, présenté pour le préfet de police, par le cabinet Centaure Avocats, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au
21 novembre 2023.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2023.
II/ Par une requête n° 2318305, enregistrée le 2 août 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées les 25 septembre 2023 et 17 novembre 2023,
M. A E, représenté par Me Fournier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisation à travailler, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros hors taxes à Me Fournier, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est entaché d'irrégularité ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, présenté pour le préfet de police, par le cabinet Centaure Avocats, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au
21 novembre 2023.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hermann Jager ;
- et les observations de Me Fournier conseil de Mme D et M. E.
Des notes en délibéré, enregistrées le 28 novembre 2023, ont été présentées pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D et M. A E, ressortissants géorgiens, nés respectivement le 6 novembre 1989 et le 23 septembre 1984, qui sont entrés en France le 15 mars 2022, selon leurs déclarations, ont sollicité le 24 novembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour pour des motifs tirés de l'état de santé de leur enfant, Mme G E. Par deux arrêtés du 30 mai 2023, le préfet de police a rejeté leur demande de titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignée. Mme D et M. E demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes visées ci-dessus aux fins d'annulation présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens :
3. D'une part, aux termes des deux premiers alinéas de L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code et précisées par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Et d'autre part, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer () une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () / () / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".
4. Pour refuser de délivrer à Mme D et M. E un titre de séjour sollicité en leur qualité de parents d'un enfant malade, le préfet de police a estimé, en prenant en compte l'avis du collège de médecins de l'OFII, qu'il s'est approprié, que si l'état de santé de leur fille G E, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier, et notamment du compte rendu de consultation rédigé le 9 mai 2023 par le service de neurologie et pédiatrique de l'hôpital Necker, que la fille des requérants, est née le 5 décembre 2020, avec des complications et " a eu une détresse respiratoire néonatale. Elle a été réanimée. Elle a eu une hémorragie cérébrale intraventriculaire. En outre, il ressort du compte rendu d'imagerie du
4 mai 2023 du docteur F que l'enfant G souffre d'une " atrophie cortico-sous-corticale () ". Enfin, aux termes du certificat médical établi le 9 novembre 2023, postérieurement à la décision attaquée, par le professeur C, chef du service de neurologie pédiatrique de l'hôpital Necker : " l'enfant () est suivie régulièrement dans le service de neuropédiatrie de l'hôpital Necker pour une atteinte neurologique fixée nécessitant des soins neurologiques, orthopédiques et une prise en charge adaptée. Elle a un handicap moteur sévère associant strabisme +, tétraparésie spastique asymétrique, préhension peu dystonique, tient assise en tailleur, tient debout en ciseau, (..) elle nécessite des appareillages appropriés et une rééducation motrice non réalisable dans son pays d'origine pour lui permettre une meilleur autonomie ". A l'appui de leurs conclusions, Mme D et M. E soutiennent que leur fille ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état, dans son pays d'origine, eu égard aux différents types de soins qu'il convient impérativement de conjuguer pour améliorer son état de santé. Le préfet de police n'apporte pas, en défense, d'éléments précis et circonstanciés de nature à contrebattre utilement les arguments développés par les requérants et étayés par les certificats médicaux précités. Il suit de là que les requérants sont fondés à soutenir que c'est en entachant sa décision d'une erreur d'appréciation que le préfet de police leur a refusé la délivrance du titre de séjour qu'ils sollicitaient. Par suite, il y a lieu d'annuler les arrêtés en litige dans leur ensemble.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. L'exécution du présent jugement implique que le préfet de police délivre un titre de séjour à Mme D et à M. E. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 30 mai 2023 du préfet de police par lesquels il refusait la délivrance d'un titre de séjour à Mme D et à M. E, leur faisait obligation de quitter le territoire français et fixait le pays de destination où ils pourraient être reconduits sont annulés.
Article 2 : Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer un titre de séjour à
Mme D et à M. E dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1000 (mille) euros à verser à
Me Fournier, conseil des requérants, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Fournier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle,
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à
M. A E, au préfet de police et à Me Fournier.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure,
- M. Martin-Genier, premier conseiller,
- M. Matalon, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.
La présidente, rapporteure,
V. HERMANN JAGER
L'assesseur le plus ancien,
M. MARTIN-GENIER
La greffière,
A. HEERALALL
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2318304/8 et n° 2318305/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512695
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le requérant, un ressortissant guinéen, contestait notamment la mesure au motif qu'il serait mineur. Le tribunal a jugé qu'il lui appartenait, saisi d'un recours suspensif, de statuer sur l'allégation de minorité avant de se prononcer sur la légalité de l'OQTF, conformément aux articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528203
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par un ressortissant algérien contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai, assorti d'une interdiction de retour. La juridiction a estimé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence de la signataire, la motivation suffisante et l'examen de la situation personnelle du requérant. Elle s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier ses articles L. 611-1 et L. 612-10.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600391
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2526589
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.
08/04/2026