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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2318453

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2318453

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2318453
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 3 août 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, a transmis au tribunal la requête de Mme C H D.

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 3 août 2023 et le 17 octobre 2023, Mme C H D, représentée par Me Langlois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros à Me Langlois, son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est intervenu au terme d'une procédure irrégulière dès lors que les informations, bases de données et sources sur lesquelles s'est fondé le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne sont pas communiquées, que son avis n'a pas été émis régulièrement au regard des dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 et R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'arrêté du 27 décembre 2016, et que le collège ne s'est pas prononcé sur le risque de réactivation d'un état de stress post-traumatique en cas de retour en RDC conformément aux orientations générales énoncées au C de l'annexe II de l'arrêté du 5 janvier 2017 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet de police s'est prononcé au vu d'un avis émis par le collège de médecins de l'OFII et que le préfet de police s'est estimé lié par l'avis du collège de médecin de l'OFII ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis rendu par le collègue des médecins de l'OFII est entaché d'irrégularité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est estimé lié par l'avis du collège de médecin de l'OFII ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 9) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne précitée.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2023, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 25 octobre 2023.

Un mémoire, présenté par Mme D, a été enregistré le 25 octobre 2023.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager ;

- et les observations de Me Maillard, substituant Me Langlois, conseil de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C H D, ressortissante de la République démocratique du Congo (RDC), née le 16 août 1990, entrée en France le 11 décembre 2018, selon ses déclarations en vue d'y demander l'asile, qu'elle n'a pas obtenu, s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français après le rejet de sa demande. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 avril 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme B E, attachée d'administration, cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme D. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de Mme D, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D, avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits la concernant n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen de sa situation la part de l'administration.

5. En quatrième lieu, il résulte des termes de la décision en litige que le préfet de police n'a pas rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme D sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimant que le dossier présenté avait un caractère incomplet de son dossier mais a estimé qu'elle ne justifiait pas de son activité professionnelle alléguée de garde d'enfant ou de personnes âgées à domicile. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure en raison du fait que le préfet de police n'aurait pas invité Mme D à compléter son dossier concernant les justificatifs de son activité professionnelle, conformément aux exigences de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / (). ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. ".

7. Les conditions dans lesquelles le collège des médecins de l'OFII émet son avis ont été précisées par un arrêté du 27 décembre 2016 et les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 ont été fixées par un arrêté du 5 janvier 2017. Aux termes de l'article 3 de cet arrêté du 5 janvier 2017 : " () Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. L'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de 1'affection en cause. / L'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié. Afin de contribuer à 1'harmonisation des pratiques suivies au plan national, des outils d'aide à 1'émission des avis et des références documentaires présentés en annexe II et III sont mis à disposition des médecins de l'office. " Enfin, selon 1'annexe II de cet arrêté relative aux outils d'aide à la décision et aux références documentaires sur les principales pathologies : " () / C. - Points particuliers concernant les pathologies les plus fréquemment concernées : a) Les troubles psychiques et les pathologies psychiatriques. Les informations suivantes doivent en principe être recueillies : description du tableau clinique, critères diagnostiques, en référence à des classifications reconnues (classification internationale des maladies : CIMJO, ou manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux : DSM 5). Il est également important que soient précisés, lorsque ces éléments sont disponibles, la gravité des troubles, son suivi et les modalités de prise en charge mises en place. L'importance dans ce domaine de la continuité du lien thérapeutique (lien patient-médecin) et du besoin d'un environnement/entourage psycho social familial stable (eu égard notamment à la vulnérabilité particulière du patient) doit être soulignée. Le problème des états de stress post-traumatique (ESPT) est fréquemment soulevé, notamment pour des personnes relatant des violences, tortures, persécutions, traitements inhumains ou dégradants subis dans le pays d'origine. La réactivation d'un ESPT, notamment par le retour dans le pays d'origine, doit être évaluée au cas par cas () ".

8. En vertu des dispositions citées au point 7, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9, doit accomplir sa mission dans le respect des orientations générales définies par l'arrêté du ministre chargé de la santé du 5 janvier 2017 et émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016 des ministres chargés de l'immigration et de la santé. S'il appartient au préfet, lorsqu'il statue sur la demande de carte de séjour, de s'assurer que l'avis a été rendu par le collège de médecins conformément aux règles procédurales fixées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par l'arrêté du 27 décembre 2016, il ne saurait en revanche porter d'appréciation sur le respect, par le collège des médecins, des orientations générales définies par l'arrêté du 5 janvier 2017, en raison du respect du secret médical qui interdit aux médecins de donner à l'administration, de manière directe ou indirecte, aucune information sur la nature des pathologies dont souffre l'étranger. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, il appartient au juge administratif, lorsque le demandeur lève le secret relatif aux informations médicales qui le concernent en faisant état de la pathologie qui l'affecte, de se prononcer sur ce moyen au vu de l'ensemble des éléments produits dans le cadre du débat contradictoire et en tenant compte, le cas échéant, des orientations générales fixées par l'arrêté du 5 janvier 2017.

9. D'une part, l'avis du collège de médecins de l'OFII, produit en défense par le préfet de police, comporte le nom des trois médecins ayant siégé au sein de ce collège, le 13 décembre 2022, avec leur signature. Il ressort aussi de cet avis que le médecin instructeur, dont le rapport a été transmis au collège le 2 décembre 2022, ainsi que l'indique le bordereau de transmission également produit, ne figurait pas parmi ses signataires. En outre, l'avis, qui précise que l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne serait pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que l'intéressée peut voyager sans risque vers son pays d'origine, comporte de manière suffisante les mentions prévues à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'il n'appartient pas au juge, en tout état de cause, de contrôler le respect par l'OFII des orientations générales définies par l'arrêté du 5 janvier 2017, mais d'apprécier directement, au vu des pièces produites par le requérant qui a décidé de lever le secret médical, si l'étranger remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en raison de son état de santé, le cas échéant au regard de ces orientations générales, sans qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'exige le visa ou la production des informations, bases de données ou sources au vu desquelles le collège médical de l'OFII s'est prononcé. Enfin, la seule circonstance que la requérante ne dispose pas de son entier dossier médical est, par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

10. D'autre part, pour refuser de délivrer à Mme D, un titre de séjour, le préfet de police a estimé, ainsi que l'avait fait le collège de médecins de l'OFII dans son avis précité du

13 décembre 2022, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci n'était pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du docteur F du centre médico-psychologique Philippe Paumelle, en date du 15 mai 2023, que Mme D souffre d'" un état dépressif majeur, avec idéation suicidaire, son diagnostic CIM-10 étant celui d'un trouble de l'humeur avec composante psychotique, ainsi qu'un état de stress post-traumatique ", et qu'elle bénéficie à ce titre d'un traitement médical composé de Sertraline, Quétiapine et Zopiclone ainsi que d'un suivi psychologique régulier depuis décembre 2020. Si Mme D fait valoir que l'interruption de son suivi médical en raison de sa pathologie et l'indisponibilité de son traitement dans son pays d'origine sont, contrairement à ce qu'a estimé le préfet de police, susceptibles d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité en raison d'un risque suicidaire réel, les termes des certificats médicaux de même que les ordonnances médicales produits ne sont pas de nature à l'établir. Par ailleurs, si le certificat médical du docteur A, du centre de santé Saint-Jacques rédigé le 16 mai 2023, postérieurement à l'arrêté en litige, précise que ses " pathologies ne sont à l'heure actuelle pas stabilisées, la patiente nécessite un suivi stable et régulier avec les acteurs en qui elle a confiance. La perte de ce suivi mettrait fortement en danger Mme D sur le plan psychiatrique ", cette circonstance ne permet cependant pas d'infirmer l'appréciation portée par le préfet de police sur son état de santé, alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressée suit le même traitement depuis décembre 2020, que sa dernière hospitalisation pour idées suicidaires est datée du 15 mars 2021, que son état s'est stabilisé et que le risque de rechute en cas de retour dans son pays reste hypothétique. En outre, si Mme D, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 19 juin 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 14 janvier 2021, invoque, au soutien de ses dires, la circonstance que sa pathologie trouve sa source dans des événements traumatisants vécus dans son pays d'origine et que le retour en République démocratique du Congo est ainsi susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ses allégations qui ne peuvent, à ce stade, qu'être regardées comme des conjectures, ne sont pas étayées par des éléments précis et circonstanciés. Enfin, si Mme D soutient qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, cette circonstance est, en l'espèce, sans incidence dans la mesure où les arguments présentés par la requérante ne permettent pas d'infirmer l'appréciation portée par le préfet sur son état de santé, ainsi qu'il vient d'être dit. Le collège des médecins de l'OFII ne s'est pas prononcé sur ce point et n'était pas tenu de le faire après avoir estimé que le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le préfet de police, qui ne s'est pas estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII, n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En sixième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

12. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

13. Il ressort des pièces du dossier, au vu des justificatifs versés au dossier, que Mme D est présente sur le territoire français depuis décembre 2018, soit depuis quatre ans et demi à la date de la décision attaquée et que si elle soutient exercer une activité professionnelle, en qualité d'aide à domicile et de garde d'enfants, elle produit seulement trois contrats à durée déterminée, signés avec des particuliers ainsi que quatorze bulletins de salaire concernant les mois d'avril 2022 à septembre 2023. Ainsi, à la date de la décision attaquée, l'intéressée n'établit qu'une durée de neuf mois de travail avec un nombre d'heures de travail très variables. Le contrat à durée indéterminée en qualité d'assistante de vie auprès d'un particulier, a été signé le 1er mai 2023, soit postérieurement à la décision attaquée. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de salle, que Mme D est célibataire et qu'elle est sans charge de famille sur le territoire français. Dès lors, compte tenu de sa faible ancienneté dans son emploi, de son absence de qualifications professionnelles, et de sa durée de présence en France, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet de police a pu estimer que sa situation ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Mme D se prévaut de ce qu'elle vit en France depuis décembre 2018, y a noué des liens, notamment en tant que bénévole au sein de l'association de la Maison des femmes et du Jesuit refugee service de 2019 à 2021, et qu'elle est intégrée à la société française ainsi qu'en témoignerait son parrainage civil et deux lettres de soutien d'un député du Nord et d'un adjoint à la mairie de Paris en charge du logement et de l'hébergement d'urgence et de la protection des réfugiés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle célibataire sans charge de famille, que son entrée sur le territoire français est récente et que son expérience professionnelle est limitée. Par ailleurs, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme D, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, et de ce que la requérante ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

17. En deuxième lieu, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure de l'avis rendu par le collègue des médecins de l'OFII et du fait que le préfet de police se serait cru en situation de compétence liée avant de prendre la décision, ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

18. En troisième lieu, la procédure devant l'OFII n'est pas entachée d'irrégularité, ainsi qu'indiqué ci-dessus.

19. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D avant de l'obliger à quitter le territoire français, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.

20. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 2° à 8° peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 s'il vit en France en état de polygamie. ".

21. Pour les raisons exposées précédemment, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

22. En sixième lieu, compte tenu de ce qui a été exposé ci-dessus, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou comme entaché d'une une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de cette dernière.

23. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

24. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit, et de ce que la requérante ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

26. En indiquant que Mme D ne fait état d'aucune circonstance précise justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur de trente jours lui soit accordé, le préfet de police a suffisamment explicitées les motifs le conduisant à retenir ce délai de principe.

27. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / (). ".

28. Si Mme D allègue qu'elle a fixé le centre de ses attaches personnelles en France et qu'elle suit un traitement médical, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas, à titre exceptionnel, un délai de départ supérieur à trente jours.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

29. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, et de ce que la requérante ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

30. En dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes des stipulations de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

31. Si la requérante soutient que sa sécurité et sa vie sont menacées en cas de retour dans son pays d'origine, en raison des persécutions dont elle a fait l'objet dans son pays, sa demande d'asile a été, ainsi qu'indiqué plus haut, rejetée par l'OFPRA et la CNDA a confirmé cette décision ainsi qu'il a été dit ci-dessus. En l'espèce, Mme D n'apporte pas d'éléments de nature à établir la réalité des risques auxquels elle allègue être exposée personnellement. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas fondé et doit être écarté.

32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G, au préfet de police et à Me Langlois.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Matalon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-Genier

La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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