mercredi 8 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2318753 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SPHERANCE (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête initiale et deux mémoires complémentaires, enregistrés respectivement le 9 et le 29 août et le 27 septembre 2023, ce dernier mémoire n'étant pas communiqué,
M. A, représenté par Me Visscher, demande au tribunal :
1°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 3 avril 2023 portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixation des pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut de lui enjoindre de réexaminer la situation administration dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que le refus de séjour :
- est insuffisamment motivé ;
- a été pris au terme d'une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour, alors qu'il justifie résider en France depuis plus de dix ans, notamment selon les critères d'appréciation fixés par la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de son ancienneté de résidence et professionnelle et de son travail dans un secteur en tension ;
- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé, à savoir, de sa vie personnelle et professionnelle en France ;
- méconnaît l'article L.313-11 7° du code et l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
Le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire français :
- est fondée sur un refus de séjour illégal ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
Le requérant soutient que la décision fixant les pays de destination est fondée sur un refus de séjour et une obligation de quitter le territoire français illégaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
21 juin 2023.
Par une ordonnance du 16 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
27 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Grossholz.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 19 octobre 1986 à Bamako, ressortissant du Mali, a demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 3 avril 2023, le préfet de police lui a opposé un refus, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé les pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur le refus d'admission au séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde le refus d'admission au séjour, qui est ainsi suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'artice L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
4. D'une part, ainsi que l'oppose le préfet de police, M. A, qui ne saurait utilement invoquer les critères d'appréciation définis par la circulaire du 28 novembre 2012, ne justifie pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans, notamment sur la période allant de janvier à juillet 2014, au titre de laquelle il ne produit que des courriers qui n'impliquent pas sa présence effective sur le territoire national. Le préfet de police n'était donc donc pas tenu de soumettre pour avis la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'intéressé à la commission du titre de séjour.
5. D'autre part, en présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". A cette fin, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
6. En l'espèce, en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé, qui se prévaut des seules circonstances de son séjour de plus de 10 ans en France, dont le caractère habituel n'est, au demeurant, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, pas établi, et de son travail dans ce pays en qualités d' " agent de service ", d' " employé polyvalent " dans la restauration, de " technicien poly net et manu " et " agent de surveillance ", pour des rémunérations variant généralement de quelques centaines d'euros à environ 1 500 euros par mois, au titre des années 2015 à 2017 puis 2019 à 2020, le préfet de police n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant d'admettre au séjour M. A, qui ne conteste pas être célibataire, sans charges de famille en France ni n'allègue être dépourvu d'attaches à l'étranger, où il affirme avoir vécu jusqu'à l'âge de 26 ans, et compte tenu des circonstances exposées au point précédent de ce jugement relatives à son séjour et à son travail en France, le préfet de police aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé ni méconnu les dispositions du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A ne saurait se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en obligeant M. A à quitter le territoire français, le préfet de police aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ni porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale de l'intéressé protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la fixation des pays de destination :
10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, M. A ne saurait se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de son éloignement.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête, y compris celles à fins d'injonction et de mise en œuvre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Visscher et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Grossholz, première conseillère,
M. Khansari, conseiller,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 novembre 2023.
La rapporteure,
C. GROSSHOLZ
La présidente,
S. VIDALLa greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026