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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2318785

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2318785

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2318785
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCAMUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2023, M. B A, représenté par Me Camus, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime en date du 2 mai 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sous 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour temporaire " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, subsidiairement de lui enjoindre de réexaminer la situation dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision de refus d'admission au séjour :

- est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en application de l'article L.432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L.423-7 du code car il contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien de son fils ;

Il soutient que les décisions contestées :

- méconnaissent son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- méconnaissent l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation, compte tenu de son séjour en France depuis plus de 10 ans et de l'intensité de ses liens sur le territoire français.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2023.

Par un mémoire enregistré le 10 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grossholz,

- et les observations de Me Camus, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 26 septembre 1973 au Nigéria, dont il est un ressortissant, a demandé son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 2 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime lui a opposé un refus et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. M. A établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils, né le 27 juillet 2013 et devenu français le 29 juin 2022, dont la mère atteste qu'il le " prend () sous sa responsabilité un week-end sur deux " et " en charge tous ses besoins vestimentaires et alimentaires ". Cette attestation est corroborée par les pièces versées au dossier comprenant des photographies de l'intéressé en compagnie de son fils, des factures relatives à des achats de vêtements et de chaussures pour enfant ainsi que la preuve du paiement par ce dernier de deux factures de services périscolaires pour la mère de l'enfant en mai 2021 et novembre 2022 pour des montants de 110 et de 50 euros respectivement. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de Seine-Maritime a méconnu les dispositions précitées et que son arrêté doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Aux termes de l'article L.911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour provisoire d'une durée d'un an soit délivré au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer ce titre de séjour au requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Camus, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du préfet de Seine-Maritime le versement à Me Camus de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E:

Article 1er: L'arrêté du préfet de Seine-Maritime du 2 mai 2023 est annulé.

Article 2: Il est enjoint au préfet de police de délivrer un titre de séjour temporaire d'une durée d'un an à M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3: L'Etat versera à Me Camus une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Camus renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Camus, au préfet de Seine-Maritime et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

M. Khansari, conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 novembre 2023.

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Maritime et au préfet de police en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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