jeudi 14 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2318804 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | MULAND DE LIK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2023, complété par un mémoire enregistré le 2 août 2023 et des pièces enregistrées le 5 août 2023, M. B A, représenté par Me Muland De Lik demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois avec inscription dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à défaut, et dans les mêmes conditions de réexaminer sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L.761.1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée et entachée d'un vice de procédure ;
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'il démontre résider habituellement en France depuis plus de dix ans ;
- est entachée d'une erreur de fait en raison de sa durée de présence sur le territoire français ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 et L.612-10 du même code et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Feghouli,
- et les observations de Me Balonga représentant M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien, né le 23 avril 1989, entré en France au mois d'octobre 2010 selon ses déclarations, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois avec inscription dans le système d'information Schengen.
Sur les conclusions d'annulation :
Sur les moyens communs aux décisions attaquées
2. En premier lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et expose ainsi de manière suffisamment précise, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour obliger M. A à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". L'article L. 312-2 du même code dispose que : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12 () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles mentionnés dans l'article L. 312-2 auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des dispositions de cet article.
4. Or en l'espèce, la décision attaquée ayant été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le préfet de n'ayant pas pris une décision de refus de séjour, le moyen invoqué est inopérant.
5. En troisième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué et des pièces du dossier que le requérant n'a pas déposé de demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet n'a pas examiné d'office sa situation au regard de ces dispositions. Par suite, les moyens afférents soulevés par le requérant tirés de la méconnaissance de ces articles sont inopérants. En tout état de cause, si le requérant se prévaut d'une présence en France depuis le mois d'octobre 2010, force est de constater que les pièces produites à cette fin, à la fois peu nombreuses et peu diversifiées ne permettent pas de l'établir. Par ailleurs, si le requérant fait valoir son intégration professionnelle sur le territoire national, il ne l'établit pas davantage par la seule production de contrats de travail récents, notamment, un, daté du 5 mai 2023, et au demeurant non signé.
6.En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
7. En l'espèce, comme indiqué au point 5, M. A ne produit aucun élément de nature à justifier de la réalité et de l'intensité de sa vie privée et personnelle en France. La circonstance, au demeurant non établie, qu'il a la charge de son père, est, en tout état de cause, insuffisante à elle seule à justifier de la réalité et de l'intensité de sa vie privée et personnelle sur le territoire. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'une manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "
9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
10. En l'espèce, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. En outre, eu égard aux éléments précités, l'intéressé n'est pas davantage fondée à soutenir que cette décision serait disproportionnée. Le moyen doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 17 juillet 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative dès lors que l'Etat n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.
Le magistrat,
M. FeghouliLa greffière,
V. LagrèdeLe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAILe greffier,
R. DRAILe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAILe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAILe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.