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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2318993

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2318993

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2318993
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantAHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 août 2023, le 6 juin et le 5 juillet 2024, Mme D B, représentée par Me Pigot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 12 juin 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la décision attaquée est entaché d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L.423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er septembre 2023, 25 juin et 11 juillet 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme B a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 28 juillet 2023.

Par une ordonnance du 16 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été reportée, en dernier lieu, au 18 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guglielmetti ;

- et les observations de Me Leterme, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante comorienne, née le 15 mars 1994, entrée en France le 24 janvier 2022 selon ses déclarations, a sollicité le 13 juillet 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 12 juin 2023, le préfet de police a rejeté sa demande. Par une requête enregistrée le 12 août 2023, la requérante demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme B. Il mentionne également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Ainsi, à sa seule lecture, cette décision permet à Mme B de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Selon l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, est mère d'un enfant français, qui vit auprès d'elle, Chouwanybou B A, né le 20 mai 2020 en France, et reconnu par M. G B A, ressortissant français, duquel elle est séparée. Pour refuser de délivrer à la requérante un titre de séjour, le préfet de police s'est fondé sur le motif qu'elle n'établissait pas que le père de son fils contribuait à son entretien et à son éducation. Pour démontrer le contraire, l'intéressée, produit des justificatifs de transferts d'argent opérés à son profit par le père de son fils ainsi que quelques factures de produits infantiles et une attestation d'inscription en établissement d'accueil de la petite enfance du 1er septembre 2022. Il en ressort que ces versements, effectués à compter du moment où la requérante a sollicité un titre de séjour en juillet 2022, le sont depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée et, au surplus, d'un montant total faible. En outre, l'authenticité de certaines des pièces sont sérieusement contestées en défense. L'attestation succincte du père datée du 3 juin 2023, dans laquelle il certifie contribuer à l'entretien et l'éducation de son fils, ainsi que la capture d'écran d'un appel en visio-conférence, non datée, ne sauraient davantage démontrer l'existence d'un quelconque investissement de l'intéressé dans sa parentalité, en l'absence de toutes autres pièces versées aux débats en ce sens. Ainsi, Mme B ne justifiant pas de la contribution effective du père de l'enfant Chouwanybou à son entretien et à son éducation, le moyen tiré de la méconnaissance des articles cités au point 3 du présent jugement doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui soutient être entrée en France le 24 janvier 2022, n'y a jamais résidé en situation régulière. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est mère de deux autres enfants nés en 2022 et en 2023, qui vivent en France avec elle. Si elle soutient vivre en concubinage depuis janvier 2022 avec M. F A, compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en cours de validité, dont il ressort des pièces du dossier qu'il est le père de ses deux derniers enfants, elle n'établit une résidence commune avec lui que depuis le 7 mars 2023, soit une durée de trois mois environ à la date de la décision attaquée. En tout état de cause, elle n'établit pas que ce dernier contribuerait à l'entretien ou à l'éducation de ses enfants. Par ailleurs, Mme B n'établit pas ne pas être dépourvue d'attaches familiales aux Comores où résident ses parents, ses deux frères et sa sœur. Enfin, Mme B ne justifie pas de l'intensité des liens familiaux en France dont elle se prévaut. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour en France, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Le préfet de police n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, Mme B ne justifie pas de la contribution effective du père E, à son entretien et à son éducation. Dès lors, compte tenu en outre du jeune âge de l'enfant, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet de police a porté une atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant.

10. En dernier lieu, Mme B n'établit pas avoir présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, il ressort du dossier que le préfet de police a porté une appréciation sur l'atteinte susceptible d'être portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale sur le territoire français. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur de droit pour défaut d'examen de sa demande au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Salzamnn, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

S. Guglielmetti

La présidente,

Signé

M. CLa greffière,

Signé

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2318993

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