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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2319073

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2319073

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2319073
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantKARIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2309684 du 11 août 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris, en application des dispositions des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative, la requête présentée le 9 août 2023 pour M. E A.

Par cette requête et des pièces complémentaires, enregistrées au greffe du tribunal administratif de Paris les 11 août et 3 octobre 2023, M. E A, représenté par Me Karimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un défaut de notification ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Laloye, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Laloye,

- et les observations de Me Karimi, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins et soutient également que le requérant ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement avant son audience correctionnelle du 31 mai 2024 devant la 16ème chambre du tribunal judiciaire de Bobigny et précise, d'une part, qu'il ne représente dès lors pas une menace à l'ordre public, d'autre part, qu'il prévoit des projets futurs avec sa compagne pour solliciter auprès de l'administration sa régularisation.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant tunisien, né le 28 juin 2001 en Tunisie, demande l'annulation de l'arrêté du 7 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans l'espace Schengen.

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme B C, attachée d'administration de l'Etat, pour signer tous actes, arrêtés et décisions, nécessaires à l'exercice des missions de la direction de la police générale, dans lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A à quitter le territoire français, vise les textes dont elle fait application et précise les éléments de fait et de droit sur lesquels elle se fonde. Cette motivation, qui n'est pas, contrairement à ce que soutient M. A, stéréotypée, comporte ainsi, conformément aux dispositions, non pas de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, qui ont été abrogées au 1er janvier 2016 par l'ordonnance n° 2015-1341 du 23 octobre 2015, mais de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre.

5. En troisième lieu, si la décision attaquée ne comporte pas l'heure à laquelle elle a été édictée, cette circonstance est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, si M. A soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle ne mentionne pas la circonstance qu'il est marié religieusement avec une ressortissante française, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris une décision différente s'il avait eu connaissance de cette circonstance. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

8. M. A soutient être marié religieusement avec Mme D, de nationalité française, depuis le 17 avril 2023 et vouloir contracter un mariage civil et avoir des enfants. Toutefois, M. A est né en Tunisie où il a vécu jusqu'à son entrée en France en 2021, soit jusqu'à l'âge de 20 ans. Il n'a pas d'enfant à charge. Le reste de sa famille ne réside pas en France. Il n'établit pas être dépourvu de liens dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence, de son mariage religieux dépourvu de valeur juridique et des conditions de son séjour en France, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise.

9. En sixième lieu, M. A soutient que la décision d'obligation de quitter le territoire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public. Toutefois, il est constant que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant qu'il était dépourvu de documents d'identité et de voyage en cours de validité et qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et ne justifie d'aucune démarche depuis son arrivée en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il entre ainsi dans le cas visé au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance, qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public, est dès lors sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Enfin, si M. A soutient qu'il est dans l'attente d'une audience correctionnelle devant la 16ème chambre du tribunal judiciaire de Bobigny le 31 mai 2024, pour les faits de recel de bien provenant d'un vol en bande organisée, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'une telle mesure judiciaire ne fait aucunement obstacle à l'édiction d'une décision portant obligation de quitter le territoire français mais impose seulement à l'autorité de police de s'abstenir d'exécuter cette mesure jusqu'à la levée du contrôle par le juge judiciaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. En dernier lieu, M. A soutient qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, laquelle, n'implique pas par elle-même, le retour de l'intéressé dans son pays d'origine. Il peut, en revanche, être utilement invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. M. A soutient qu'il encourt des risques de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, l'intéressé ne produit aucune pièce pour établir la réalité des risques qu'il invoque. Dans ces conditions, en l'absence de justification des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

14. Si M. A fait valoir qu'en prononçant à son contre une interdiction de retour pour une durée de douze mois le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées dès lors qu'il est marié religieusement avec une ressortissante française et qu'il n'a pas été condamné suite à sa garde à vue pour des faits de recel de bien provenant d'un vol en bande organisée ne suffisant pas à considérer qu'il représente une menace à l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances humanitaires auraient justifié que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne prononce pas d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A. Par suite, compte tenu de ces circonstances, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a, en tout état de cause, pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire national et en fixant sa durée à douze mois.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 7 août 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. E A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

P. Laloye

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2319073/6-2

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