mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2319249 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET SIMMONS & SIMMONS (LLP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 août 2023, la société Bristol-Myers Squibb, représentée par Maîtres Julien Moiroux et Pierre Pacton demandent au juge des référés :
1°) sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner le centre hospitalier de Pointe-à-Pitre, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, à lui verser une provision de 6 061 820,66 euros correspondant aux sommes qu'il lui doit dans le cadre du lot n° 32 du marché n° 2021019 relatif à la fourniture de médicaments en monopole, augmentée de la somme de 958 315,92 euros au titre des intérêts moratoires et de 1 840 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Pointe-à-Pitre la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- Malgré une mise en demeure et un mémoire en réclamation sollicitant le règlement de factures restées impayées, le centre hospitalier de Pointe-à-Pitre n'y a pas procédé ; l'obligation est non sérieusement contestable ;
- Elle a droit, en outre, aux intérêts moratoires et à l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.
Le centre hospitalier de Pointe-à-Pitre à qui la requête a été communiquée n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Le GIP Réseau des acheteurs hospitaliers dont le centre hospitalier de Pointe-à-Pitre est adhérent, a conclu avec la SAS Bristol-Myers Squibb (BMS) un marché public relatif à la fourniture de spécialités pharmaceutiques, passé selon une procédure sans publicité ni mise en concurrence préalable ayant fait l'objet d'un avenant avec la société Celgene, qui a depuis lors fait l'objet d'une fusion-absorption par la société BMS. Le centre hospitalier de Pointe-à-Pitre n'ayant pas réglé la totalité des factures correspondant aux commandes passées à la société BMS, celle-ci lui a adressé une mise en demeure, notifiée le 6 avril 2023, ainsi qu'un mémoire de réclamation, notifié le 30 mai 2023. L'établissement public de santé ne s'étant pas acquitté de la totalité des sommes réclamées, la SAS BMS demande au juge des référés du tribunal de condamner le centre hospitalier de Pointe-à-Pitre, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser, à titre de provision, la somme totale de 7 021 976,58 euros.
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
4. Il résulte de ce qui a été indiqué au point 1 et de l'état joint à la requête, que le centre hospitalier de Pointe-à Pitre n'a pas réglé à la société BMS les sommes dues au titre de trente-deux factures correspondant à la fourniture de spécialités pharmaceutiques par le titulaire des marchés, pour un total de 6 061 820,66 euros au 31 juillet 2023. L'établissement public de soins, qui n'a produit aucune observation en défense à la requête qui lui a été communiquée, ne conteste ni l'existence de son obligation ni le caractère non sérieusement contestable de celle-ci. Les éléments soumis au juge des référés par la société requérante sont de nature à établir l'existence de l'obligation du centre hospitalier avec un degré suffisant de certitude. Ainsi, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Pointe-à-Pitre à verser à la société BMS une provision de 6 061 820,66 euros au titre des factures non réglées, dont seront toutefois déduites les sommes que l'établissement public de santé est susceptible d'avoir versées à la société requérante depuis le 31 juillet 2023 au titre de tout ou partie de ces trente-deux factures.
5. L'article R. 2192-11 du code de la commande publique prévoit que par dérogation à l'article R. 2192-10, le délai de paiement est fixé à cinquante jours pour les établissements publics de santé. L'article L. 2192-13 du même code dispose que dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire, ainsi qu'au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par voie réglementaire. Selon l'article R. 2192-31 du code de la commande publique, le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. En vertu de l'article R. 2192-32 du même code, ces intérêts courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. Enfin, l'article D. 2192-35 fixe à 40 euros le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement. Cette indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est due pour chaque facture non intégralement réglée.
6. Le centre hospitalier ne conteste pas que trente-deux factures reprises dans l'état joint à la requête ont fait l'objet d'un règlement partiel ou d'un défaut de règlement à l'expiration du délai de paiement. Les six factures réglées totalement l'ont en outre été au-delà du délai réglementaire. En application des dispositions mentionnées au point précédent, les sommes dues au principal au titre de chacune de ces trente-huit factures porteront intérêts moratoires à l'expiration du délai de paiement de cinquante jours de chacune d'elles. Ces intérêts moratoires seront calculés par application du taux déterminé selon les modalités précisées au point précédent et courront, pour les factures demeurées impayées en tout ou partie, jusqu'à leur complet règlement.
7. Il résulte de l'instruction, et le centre hospitalier ne conteste d'ailleurs pas, que les trente-huit factures mentionnées n'ont pas été réglées dans le délai imparti. Il suit de là que l'obligation de l'établissement public de santé au titre des indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement de chacune de ces factures n'est pas sérieusement contestable, à hauteur de la somme de 1 520 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Pointe-à-Pitre doit être condamné au versement à la société BMS d'une provision d'un montant de 6 061 820,66 euros, sous la réserve énoncée au point 4, ainsi qu'au paiement des intérêts moratoires dans les conditions indiquées au point 5, et au paiement d'une provision de 1 520 euros.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Pointe-à-Pitre la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société BMS et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Pointe-à-Pitre est condamné à verser à la société, d'une part, une provision de 6 061 820,66 euros, sous la réserve énoncée au point 4, augmentée des intérêts moratoires dans les conditions indiquées au point 5, et d'autre part, une provision de 1 520 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier de Pointe-à-Pitre versera à la société BMS une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bristol-Myers Squibb et au centre hospitalier de Pointe-à-Pitre.
Copie en sera transmise à l'agence régionale de santé de Guadeloupe.
Fait à Paris, le 23 janvier 2024.
Le juge des référés,
M.-O. Le Roux
La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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