jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2319509 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CONROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 août 2023, M. B A, représenté par Me Conroy, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui fixer un rendez-vous afin de lui délivrer son titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il n'a pas reçu de carte de séjour depuis plus d'un an et qu'il est dans l'impossibilité de faire venir sa famille D dans le cadre d'une procédure de réunification familiale ;
- la mesure est utile dès lors qu'il n'existe aucun obstacle à la délivrance du titre demandé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Il soutient qu'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction, valable du 23 août au 22 novembre 2023, a été délivrée à M. B A le 23 août 2023 et que sa requête est donc dépourvue d'objet.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant somalien, né le 1er janvier 1992, a obtenu le statut de réfugié par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 9 août 2021. Il a déposé une demande de titre de séjour le 21 mai 2022. N'étant pas parvenu à obtenir de la part de la préfecture de police d'information sur la délivrance de son titre de séjour, M. B A demande au juge des référés du tribunal administratif de Paris, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de lui fixer un rendez-vous afin de lui délivrer son titre de séjour.
Sur les conclusions relatives à l'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le non-lieu à statuer :
3. Il résulte de l'instruction que le préfet de police a délivré à M. B A une attestation de prolongation d'instruction valable du 23 août au 22 novembre 2023. Toutefois, le requérant soutient, sans être contesté, que, faute de pouvoir disposer d'un titre de séjour, il ne peut initier de procédure de réunification familiale alors que sa famille est toujours en Somalie, dans une situation de conflit et de persécutions claniques. Par suite, le préfet de police n'est pas fondé à soutenir que les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint de délivrer à M. B A un rendez-vous afin de lui remettre son titre de séjour sont dépourvues d'objet.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
6. Si, dans le cadre d'un " téléservice ", l'étranger, après avoir déposé son formulaire de demande et les pièces justificatives exigées, établit ne pas avoir été convoqué dans un délai raisonnable, en dépit de plusieurs relances auprès des services de la préfecture, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de l'absence de convocation sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
7. Il résulte de l'instruction que pour justifier l'urgence, M. B A soutient qu'il n'a pas reçu de titre de séjour alors qu'il a déposé sa demande de titre le 21 mai 2022 et qu'il a tenté en vain de prendre contact avec la préfecture de police à travers le site de l'ANEF. Toutefois, il ne démontre pas avoir tenté à plusieurs reprises de solliciter un rendez-vous auprès de la préfecture pour la délivrance de son titre de séjour. Dans ces conditions, alors que le préfet de police fait valoir en défense que le dossier de M. B A est toujours en cours d'instruction par les services de la préfecture et qu'il s'est vu remettre le 23 août 2023 une nouvelle attestation de prolongation d'instruction, le requérant ne justifie d'aucune circonstance particulière impliquant que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation ou permettant de caractériser une situation d'urgence nécessitant la délivrance d'un récépissé à bref délai. Ainsi, la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée ne peut être regardée comme remplie.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 2 novembre 2023.
La juge des référés,
A. PERRIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2319509/9