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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2319516

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2319516

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2319516
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantLEMICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 22 août 2023 et

24 octobre 2023, M. B C, représenté par Me Lemichel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant mention " vie privée et familiale ", dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à Lemichel, son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'en l'absence de production de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), l'existence de cet avis ainsi que sa régularité ne sont pas établies, ni davantage la désignation régulière des médecins du collège et du médecin instructeur, l'identité du médecin instructeur, que ce médecin n'a pas siégé au sein du collège de médecins ainsi que la transmission du rapport médical au collège pour avis ;

- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 17 octobre 2023 et 27 octobre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au

7 novembre 2023.

Un mémoire présenté pour M. C a été enregistré le 6 novembre 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hermann Jager.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1989, entré en France en mai 2021 selon ses déclarations, a sollicité, le 3 mars 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 juin 2023, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. C. Il indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles ce dernier s'est fondé. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. C, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. En outre, l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire français, qui vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas à comporter une motivation spécifique, distincte de celle du refus de titre de séjour qui l'accompagne et qui est suffisamment motivé. Enfin, l'arrêté énonce que M. C fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qu'il est de nationalité ivoirienne. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article des deux premiers alinéas de L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 et R. 425-13 du même code et précisées par un arrêté du 27 décembre 2016, qui prévoient en particulier que le collège de médecins à compétence nationale de l'OFII émet son avis au vu, notamment, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office qui ne siège pas en son sein.

4. D'une part, l'avis du collège de médecins de l'OFII du 22 mai 2023, produit par le préfet de police, comporte le nom des trois médecins ayant siégé au sein de ce collège ainsi que celui du médecin instructeur, régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'OFII du 3 octobre 2022. Il ressort par ailleurs de cet avis que le médecin instructeur, dont le rapport a été transmis au collège le 28 avril 2023 ainsi que l'indique le bordereau de transmission également produit, ne figurait pas parmi ses signataires. En outre, l'avis du collège de médecins de l'OFII mentionne que l'état de santé de M. C, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque. Il s'ensuit que cet avis a été émis dans le respect des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Le moyen tiré de ce que l'arrêté aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière doit dès lors être écarté dans toutes ces branches.

5. D'autre part, pour refuser de délivrer à M. C un titre de séjour, le préfet de police a estimé, en prenant en compte l'avis du collège de médecins de l'OFII, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine et qu'il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du 27 juin 2023, établi par le docteur A, praticien hospitalier à l'hôpital Delafontaine, que M. C souffre d'une pathologie neuro-Behçet et bénéficie à ce titre d'un traitement médical par Imurel 75 mg, Kardégic 75, Cortancyl 10mg et Colchicine 1cp, à base d'Azathioprine, de Colchicine, de Duloxetine, et Prednisone. Si M. C allègue qu'il ne pourrait bénéficier effectivement de ce traitement en Côte d'Ivoire, en produisant notamment un certificat médical du 19 juin 2023 rédigé par le docteur D social de Paris indiquant que ni le Dictionnaire internet africain des médicaments ni l'index pharmaceutique de la Pharmacie de la santé publique de Côte d'Ivoire de 2019 ne recensent l'existence de ces médicaments, un certificat médical d'un docteur de l'hôpital Delafontaine du 27 juin 2023 indiquant qu'il ne pourra se procurer l'association corticoïde et immunodépresseur dans son pays d'origine ainsi que des captures d'écran de l'index pharmaceutique de la Nouvelle Pharmacie de la santé publique de Côte d'Ivoire ne faisant pas apparaître les médicaments précités, il ressort des pièces produites par le préfet dans son mémoire en défense et notamment de l'Index Pharmaceutique de la Nouvelle Pharmacie de la santé publique de Côte d'Ivoire de 2019 et d'une étude de l'African Journal of Neurological Sciences de 2021, que la Colchicine et l'Azathioprine sont effectivement disponibles. En outre, si le médicament Duloxetine n'apparait pas dans les bases de données versées aux débats, il ressort des pièces produites en défense qu'il s'agit d'un antidépresseur et qu'il en existe en Côte d'Ivoire, notamment l'Amitriptyline, sans que cela ne soit utilement contesté. Enfin, si la disponibilité du médicament Vismed, un gel oculaire, ne ressort pas des pièces du dossier, le requérant ne soutient pas qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un tel soin, notamment sous sa forme générique, dans son pays d'origine. Les comptes rendus d'hospitalisations, certificats médicaux et courriels produits par le requérant par ailleurs ne permettent pas de contredire l'avis du collège de médecins de l'OFII. Enfin, si M. C soutient qu'il ne dispose d'aucune ressource dans son pays d'origine afin de financer son traitement médicamenteux, dans lequel il est au demeurant isolé, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, ainsi que le fait valoir le préfet de police en défense. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Si M. C se prévaut de ce qu'il est atteint d'une grave pathologie qui implique un suivi médical spécialisé et disciplinaire non disponible en Côte d'Ivoire et qu'il a noué de fortes attaches personnelles en France, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, ses sœurs et ses frères. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en prenant l'arrêté contesté, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leur conséquence sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de police et à Me Lemichel.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;

- M. Hémery, premier conseiller ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien,

D. HémeryLa greffière,

R. Boudina

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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