jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2319696 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | MESUROLLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 août 2023, M. A B demande au tribunal :
1°) d'enjoindre au préfet de police de communiquer son entier dossier administratif ;
2°) d'annuler les arrêtés du 23 août 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées et est entachées d'un défaut d'examen ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 33 de la convention du 28 juillet 1951 signée à Genève.
- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est illégale par exception d'illégalité ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par exception d'illégalité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires.
Par un mémoire enregistré le 13 octobre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Mesurolle, représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Suite à un contrôle d'identité, le préfet de police, par deux arrêtés du 23 août 2023 a obligé M. B, ressortissant syrien né le 28 octobre 1982, à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin de communication du dossier administratif :
2. Le préfet de police a produit les pièces sur la base desquelles il a pris les arrêtés en litige. Par suite, les conclusions de M. B tendant à la production de son dossier sont sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, les décisions en litige comprennent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut être qu'écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B. Ainsi, le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort des pièces du dossier que M. B aurait été empêché, avant la décision attaquée, de demander l'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-refoulement énoncé par le 1 de l'article 33 de la convention de Genève doit être écarté.
6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, au soutien des conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire, doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. En se bornant à soutenir, dans des termes peu circonstanciés, qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Syrie et à citer des rapports sur le contexte politique et humanitaire dans ce pays, M. B ne démontre pas qu'il y serait actuellement et personnellement exposé à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour. Ainsi le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
9. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, au soutien des conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire, doit être écarté.
10. En septième lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité n'est pas assorti des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé et doit, ainsi, être écarté.
11. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "
12. En se bornant à soutenir, dans des termes peu circonstanciés, qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Syrie et à citer des rapports sur le contexte politique et humanitaire dans ce pays, M. B ne démontre pas qu'il peut se prévaloir de circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Ainsi, le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 23 août 2023 et que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
R. CLa greffière,
D. FOCOSI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.