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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2319714

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2319714

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2319714
TypeDécision
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 août et 11 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me de Seze, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil ou toute autre décision s'y substituant, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil à compter de leur cessation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors qu'elle vit seule avec ses deux filles de deux et trois ans, dont l'une est asthmatique, et qu'elle est dépourvue de ressources ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ; elle n'est pas motivée ; sa vulnérabilité et celle de ses filles n'ont pas été prises en compte ; l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité n'était ni qualifié ni spécifiquement formé à cette fin et un certificat médical confidentiel lui permettant de faire évaluer sa vulnérabilité auprès du médecin coordinateur ne lui a pas été délivré ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; elle est illégale du fait de l'illégalité du questionnaire d'évaluation annexé à l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile qui ne permet pas d'apprécier leur vulnérabilité en l'absence de questions sur l'état de santé et sur les violences éventuellement subies ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a pas été informée préalablement à toute décision concernant les conditions matérielles d'accueil, des modalités d'octroi, de refus ou de cessation de celles-ci ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 552-1 du même code dès lors qu'elle n'a pas été informée lors de l'introduction de sa demande de la possibilité de bénéficier d'un examen médical gratuit ce qui a eu pour conséquence de la priver d'une garantie dans le cadre de la procédure de demande d'asile ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-8 et L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation dès lors que sa demande d'asile a été enregistrée par erreur en procédure de réexamen, à la suite de la perte de son formulaire de première demande d'asile, qu'elle n'a commis aucun manquement et que l'administration a commis une erreur de procédure, elle n'aurait pas dû faire l'objet d'une cessation des conditions matérielles d'accueil.

- la demande d'asile n'est pas tardive ; il convient de retenir la date d'enregistrement de sa première demande d'asile, placée en procédure Dublin.

Vu :

- la requête enregistrée sous le n° 2319715 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 11 septembre 2023 en présence de Mme Louart, greffière d'audience, ont été entendu :

- le rapport de Mme Aubert ;

- les observations de Me de Seze, représentant Mme A.

Par ordonnance du 11 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au 13 septembre 2023 à 12 heures.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la condition d'urgence n'est pas remplie et les moyens invoqués ne sont pas fondés.

- à titre subsidiaire, que le motif pris de la tardiveté de la demande d'asile peut être substitué au motif initial de la décision attaquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne, née le 1er janvier 1989 à Kankan (Guinée), a présenté une demande d'asile le 3 mars 2022, pour elle-même et ses deux filles âgées de deux et trois ans et a été placée en procédure dite " Dublin " puis en procédure accélérée le 3 octobre 2022. A la suite de la perte de son dossier OFPRA, un formulaire de réexamen de demande d'asile lui a été remis à la place d'un formulaire de réouverture, ce qui a eu pour conséquence la cessation de l'allocation pour demandeur d'asile et le refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil par une décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (l'OFII) du 2 décembre 2022. Elle a déposé une nouvelle demande d'asile le 12 juin 2023 auprès de l'OFII, qui a été enregistrée en tant que première demande, et a demandé le 22 juin 2023 le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Toutefois l'administration n'a pas répondu à cette demande. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle l'OFII a rejeté sa demande ainsi que celle de la décision de du 2 décembre 2022 portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de cet article et eu égard à l'urgence à statuer, de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de référé :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

6. Il résulte de l'instruction que Mme A vit seule avec ses deux filles âgées de deux et trois ans qu'elle est dépourvue de ressources et fait très régulièrement appel à l'aide caritative. La décision dont la suspension est demandée a pour effet de les maintenir dans une situation de grande précarité. En outre, il résulte de l'instruction que la requérante, malgré l'erreur de procédure à laquelle elle a été confrontée, a poursuivi de manière continue l'ensemble des diligences pour régulariser sa situation. Dans ces conditions, eu égard à l'effet de la décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil sur sa situation personnelle, la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

7. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

8. Il résulte de l'instruction que la décision du 2 décembre 2022 par laquelle L'OFFI a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme A, qu'elle a signée le jour même et qui mentionne les voies et délais de recours, est devenue définitive. Dès lors, les conclusions tendant à la suspension de cette décision sont tardives et manifestement irrecevables.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants :/()/ 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "

10. Les moyens tirés de l'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et de l'absence de prise en compte de la vulnérabilité de Mme A et de ses filles sont, en l'état de l'instruction et que le motif du refus des conditions matérielles d'accueil soit celui mentionné à titre principal dans le mémoire en défense et tiré de la situation de réexamen de sa demande d'asile dans laquelle la requérante se trouve ou celui invoqué à titre subsidiaire dans le cadre d'une demande de substitution de motifs et tiré du caractère tardif de la demande résultant de la carence de Mme A à la présenter en temps utile, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle l'OFII a rejeté la demande de Mme A tendant à l'octroi des conditions matérielles d'accueil présentée le 22 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. La suspension de la décision contestée implique que l'OFII rétablisse provisoirement Mme A dans ses conditions matérielles d'accueil à compter du 12 juin 2023, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Sous réserve de l'admission définitive de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par la présente ordonnance, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me de Seze, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me de Seze de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle l'OFII a refusé d'octroyer les conditions matérielles d'accueil de Mme A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir provisoirement les conditions matérielles d'accueil de Mme A à compter du 12 juin 2023 dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me de Seze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'OFII versera à Me de Seze, avocat de Mme A, une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-meret à Me de Seze.

Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII)

Fait à Paris, le 15 septembre 2023.

La juge des référés,

S. AUBERT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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