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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2319780

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2319780

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2319780
TypeDécision
Avocat requérantCHAUVIN-HAMEAU-MADEIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 25 août et 11 septembre 2023, M. A, représenté par Me Chauvin Madeira, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'enjoindre au préfet de police de statuer sur sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une convocation pour un rendez-vous, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, afin de lui remettre sa carte de résident en qualité de réfugié, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie dès lors que sans la délivrance de sa carte de résident, son employeur refuse de l'employer en contrat à durée indéterminée, et que de nombreuses démarches administratives sont bloquées faute de disposer d'un titre de séjour, ainsi que pour obtenir un logement ;

- la mesure sollicitée est utile car elle constitue l'unique moyen d'obtenir la délivrance du titre de séjour dont il a droit en qualité de réfugié ;

- la mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perrin pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 1er août 1992, déclarant être entré en France le 10 octobre 2017, s'est vu reconnaitre la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 avril 2021. Il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de statuer sur sa demande de titre et de lui délivrer un rendez-vous afin d'obtenir une carte de résident en qualité de réfugié.

Sur les conclusions relatives à la délivrance d'un titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 511- 1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire ".

3. M. A présente des conclusions tendant à ordonner à l'autorité administrative la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Le prononcé d'une telle mesure, qui ne présente pas un caractère provisoire, excède la compétence du juge des référés.

Sur les conclusions relatives à la délivrance d'un rendez-vous :

4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

5. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

6. Il résulte de l'instruction que M. A qui s'est vu accordé la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 avril 2021, a déposé le 22 août 2022 une demande de titre de séjour en qualité de réfugié et a été mis en possession, dans le cadre de l'instruction de sa demande, d'une attestation de prolongation d'instruction à compter du 22 août 2022, renouvelée et valable en dernier lieu jusqu'au 10 novembre 2023. Si le préfet de police fait valoir que sa demande est en attente de validation de son état civil par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), M. A démontre être en possession d'un certificat de naissance tenant lieu d'acte d'état civil délivré par l'OFPRA depuis le 14 août 2022 et l'avoir communiqué à la préfecture, par courrier du 14 avril 2023, dont la préfecture de police a accusé réception le 17 avril 2023. Par ailleurs, M . A établit qu'en l'absence de titre de séjour, de nombreuses démarches administratives sont freinées comme l'atteste un courrier du 11 juillet 2023 d'une éducatrice spécialisée de l'association " Bail pour tous ", notamment pour déposer un dossier afin d'obtenir un logement pérenne. Dans ces conditions, le requérant établit l'existence d'une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Par ailleurs, la mesure qu'il sollicite ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de police de convoquer M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance afin lui délivrer, sous réserve de la complétude de son dossier, une carte de résident en qualité de réfugié, sans qu'il soit besoin à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; que le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de convoquer M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance afin de lui délivrer, sous réserve de la complétude de son dossier, une carte de résident en qualité de réfugié.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 300 euros à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 16 novembre 2023.

La juge des référés,

A. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2319780/9

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