jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2319797 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CHESNEAU, FISCHEL (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 août 2023, la société Federal Express Corporation, représentée par Me Chesneau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 juin 2023 par laquelle le collège de l'autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) lui a infligé sept amendes d'un montant total de 75 000 euros ou, à titre subsidiaire, de réduire significativement le montant des amendes prononcées ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'interprétation par l'ACNUSA des " raisons indépendantes de la volonté du transporteur " ne repose sur aucune base légale ;
- elle méconnaît le principe de sécurité juridique dès lors que l'ACNUSA interprète la notion de " raisons indépendantes de la volonté du transporteur " de manière trop restrictive et inadaptée ;
- le manquement n'est pas constitué ;
- le montant de l'amende en litige est disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, l'ACNUSA, représentée par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des transports ;
- le code de l'aviation civile ;
- l'arrêté du 6 août 2021 portant restriction d'exploitation de l'aéroport de Bâle Mulhouse ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,
- les observations de Me Fischel, avocat de la société Federal Express Corporation,
- et les observations de Me Thiriez, avocat de l'ACNUSA.
Considérant ce qui suit :
1. La société Federal Express Corporation demande l'annulation de la décision du 6 juin 2023 par laquelle le collège de l'autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) lui a infligé sept amendes pour un montant total de 75 000 euros pour des manquements au V de l'article 1er de l'arrêté ministériel du 6 août 2021 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Bâle Mulhouse portant interdiction de quitter le point de stationnement, en vue d'un décollage, entre 23 heure et 0 heure.
Sur le bien-fondé des amendes administratives :
2. Aux termes de l'article L. 6361-12 du code des transports : " L'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires prononce une amende administrative à l'encontre : 1° De la personne exerçant une activité de transport aérien public au sens de l'article L. 6412-1 () ne respectant pas les mesures prises par l'autorité administrative sur un aérodrome fixant : a) Des restrictions permanentes ou temporaires d'usage de certains types d'aéronefs en fonction de leurs émissions atmosphériques polluantes, de la classification acoustique, de leur capacité en sièges ou de leur masse maximale certifiée au décollage ; b) Des restrictions permanentes ou temporaires apportées à l'exercice de certaines activités en raison des nuisances environnementales qu'elles occasionnent ; () e) Des valeurs maximales de bruit ou d'émissions atmosphériques polluantes à ne pas dépasser. " Aux termes du V de l'article 1er de l'arrêté du 6 août 2021 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Bâle-Mulhouse (Haut-Rhin), pris en application de l'article L. 6361-12 du code des transports, entré en vigueur six mois après sa publication au Journal Officiel de la République Française : " V. - a) Sous réserve des dispositions spécifiques prévues au b, aucun vol commercial ne peut quitter le point de stationnement, en vue d'un décollage, entre 23 heures et 0 heures. / b) Les dispositions du a ne font pas obstacle au décollage, entre 23 heures et 0 heure, des aéronefs effectuant des vols commerciaux, programmés en dehors de la plage horaire prévue au a, qui ont été retardés pour des raisons indépendantes de la volonté du transporteur. " Aux termes du III de l'article 2 du même arrêté : " Le transporteur aérien fournit dans un délai de quarante-huit heures aux services de l'aviation civile les éléments relatifs aux motifs du retard des vols opérés en application du V b) de l'article 1er. "
3. Contrairement à ce que fait valoir l'ACNUSA, il ne résulte pas de ces dispositions que les raisons indépendantes de la volonté du transporteur seraient restreintes aux circonstances extraordinaires qui n'auraient pas pu être évitées même si toutes les mesures raisonnables avaient été prises. Toutefois, lorsque le retard des vols résulte du comportement imprudent du transporteur qui n'a pas pris les mesures raisonnables pour se prémunir d'évènement fréquent ou prévisible, ce manquement ne saurait être regardé comme ayant été provoqué par des raisons indépendantes de la volonté du transporteur.
4. Il résulte de l'instruction que pour prononcer les amendes litigieuses, l'ACNUSA s'est bornée à constater que la société Fedex avait eu un comportement imprudent à l'origine des retards de vols dont elle se plaint, en ayant fixé cinq minutes seulement avant l'heure limite du couvre-feu nocturne de 23 heures, l'heure de départ de son point de stationnement, ce qui l'empêchait de faire face aux évènements fréquents ou prévisibles tels que le changement de créneau horaire par les services du contrôle aérien afin d'optimiser le flux du trafic aérien (slot ATC) ou un mouvement de grève annoncé plusieurs jours auparavant.
5. A cet égard, pour le manquement 2212MLH1027 ayant donné lieu à une amende de 12000 euros, qui a eu lieu le 18 juillet 2022 à 23 h 09, la société Federal Express Corporation a fixé son horaire de départ du point de stationnement à 22 h 55 mais ce créneau a été repoussé par le contrôle aérien à 23 h 09 en raison de l'implémentation du système de contrôle aérien intégré 4-Fligt et le décollage a eu lieu à 23h23. La société requérante reconnaît elle-même que l'aéroport de Bâle Mulhouse connaît une forte activité entre 22h30 et 23 h, de sorte qu'elle a manqué de prudence en fixant son heure de départ du point de stationnement seulement 5 minutes avant l'heure limite de 23 heures alors que le décalage du créneau horaire par les services de contrôle aérien présente, compte tenu de ce contexte de forte activité, un caractère fréquent et prévisible.
6. Pour le manquement 2212MLH1031 ayant donné lieu à une amende de 16 000 euros, qui a eu lieu le 28 juillet 2022 à 23h32, là encore le créneau a été repoussé par les services de contrôle aérien alors que la société Federal Express Corporation avait fixé son horaire de départ du point de stationnement à 22 h 55 dans un contexte de forte activité de l'aéroport de Bâle Mulhouse, rendant prévisible un repoussage du créneau compte tenu de la fréquence de ce type d'évènement dans un tel contexte. Pour le manquement 2212MLH1052 ayant donné lieu à une amende de 7000 euros, qui a eu lieu le 8 septembre 2022 à 23h05, la cause du retard réside dans la perturbation du trafic au sol provoquée par un autre appareil, ce qui constitue un évènement fréquent et prévisible dont la société Federal Express Corporation aurait dû tenir compte en évitant de fixer son horaire de départ du point de stationnement seulement 5 minutes avant l'heure limite de 23 heures du couvre-feu nocturne. Pour le manquement 2212MLH1045 ayant donné lieu à une amende de 12 000 euros, qui a eu lieu le 13 septembre 2022 à 23 h 09, le créneau a été repoussé par les services de contrôle aérien alors que la société Federal Express Corporation avait là encore fixé son horaire de départ du point de stationnement seulement 5 minutes avant l'heure limite du couvre-feu nocturne, alors qu'un retard pour des causes météorologiques constitue un évènement fréquent et prévisible dont la société requérante aurait dû se prémunir en prévoyant une marge horaire plus importante. Pour le manquement 2212MLH1047 ayant donné lieu à une amende de 14 000 euros, qui a eu lieu le 29 septembre 2022 à 23h 25, le vol a été reporté par le contrôle aérien obligeant la société à repousser son point de départ à 23h 25 en raison d'une grève des contrôleurs aériens dont il résulte de l'instruction qu'elle avait été annoncée dès le 16 septembre 2022 pour la fin du mois de septembre. En fixant son heure de départ du point de stationnement 5 minutes avant le couvre-feu, la société Federal Express Corporation n'a pas pris les mesures raisonnables pour se prémunir de cet évènement prévisible. Pour le manquement 2212MLH1058 ayant donné lieu à une amende de 7000 euros, qui a eu lieu le 11 octobre 2022 à 23h05, là encore, le créneau a été repoussé par les services de contrôle aérien en raison de la perturbation du trafic au sol provoquée par un autre appareil, alors qu'il s'agit d'un évènement fréquent et prévisible dont la société requérante aurait du se prémunir en évitant de fixer son heure de départ du point de stationnement seulement 5 minutes avant l'heure limite du couvre-feu nocturne. Enfin, pour le manquement 2212MLH1061 ayant donné lieu à une amende de 7000 euros, qui a eu lieu le 15 novembre 2022 à 23 h 07, le retard résulte là aussi d'une perturbation du trafic au sol provoquée par un autre appareil dans un contexte de forte activité ayant conduit le service du contrôle aérien à repousser le créneau horaire, alors qu'il s'agit d'un évènement fréquent et prévisible dont la société requérante aurait dû se prémunir en évitant de fixer son heure de départ du point de stationnement seulement 5 minutes avant l'heure limite du couvre-feu nocturne.
7. Ainsi, la société Federal Express Corporation n'ayant pas pris les mesures raisonnables pour se prémunir d'évènements fréquents ou prévisibles, les retards de vol à l'origine du prononcé des amendes ne peuvent être regardés comme résultant de circonstances indépendantes de sa volonté. Elle n'est donc pas fondée à contester le bien-fondé des amendes mises à sa charge par l'ACNUSA le 6 juin 2023 pour un montant total de 75 000 euros.
8. Ensuite, si la société Federal Express Corporation soutient que l'ACNUSA aurait commis une erreur de droit en donnant une interprétation dépourvue de base légale de la notion de " raisons indépendantes de la volonté du transporteur " et méconnu le principe de sécurité juridique, il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 6 à 8 que cette interprétation, qui figure seulement dans le préambule de la décision, est sans incidence sur le bien fondé des amendes qui ont été prononcées à son encontre. Ces moyens seront donc écartés.
9. Enfin, il résulte de l'article L.6361-13 du code des transports que le montant de chaque amende peut atteindre 40 000 euros. Par suite, en fixant seulement à 12 000 euros le montant de l'amende relatif au manquement n° 2212MLH1027, à 16 000 euros le montant de l'amende relatif au manquement n° 2212MLH1031, à 7 000 euros le montant de l'amende relatif au manquement n°2212MLH1052, à 12 000 euros le montant de l'amende relatif au manquement n°2212MLH1045, à 14 000 euros le montant de l'amende relatif au manquement n° 2212MLH1047, à 7 000 euros le montant de l'amende relatif au manquement n° 2212MLH1058 et à 7 000 euros le montant de l'amende relatif au manquement n°2212MLH1061, l'ACNUSA n'a pas infligé des amendes d'un montant disproportionné.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Federal Express Corporation doit être rejetée.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ACNUSA, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande la société Federal Express Corporation à ce titre. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des mêmes dispositions, de mettre à la charge de la société Federal Express Corporation le versement d'une somme de 2 000 euros à l'ACNUSA.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Federal Express Corporation est rejetée.
Article 2 : La société Federal Express Corporation versera à l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Federal Express Corporation et à l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
M. Arnaud Blusseau, premier conseiller,
Mme Paule Desmoulière, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
P. A
La présidente,
A. Seulin
La greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./4-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320047
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320316
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par une association d'un recours pour excès de pouvoir visant à annuler un arrêté municipal de mise en demeure avec astreinte, concernant des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête de l'association, considérant que la motivation de l'arrêté attaqué était suffisante et que la procédure suivie, notamment l'établissement d'un procès-verbal d'infraction, était régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles relatives aux mises en demeure et aux astreintes.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2520263
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de son intégration. Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527910
Le Tribunal administratif de Paris a annulé un arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour d'une ressortissante tunisienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en appliquant le code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de l'intéressée, épouse d'un Français, devait être examinée exclusivement au regard des dispositions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais exposés.
19/02/2026