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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2319866

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2319866

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2319866
TypeDécision
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2023, M. D B F, agissant en qualité d'ayant droit de Mme E B, représenté par le cabinet d'avocats Letu Ittah, demande au juge des référés du tribunal :

1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP), de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) en vue de de se prononcer sur la conformité de la prise en charge de Mme B à l'hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) ayant conduit à son décès le 30 novembre 2022, et d'évaluer les préjudices qui s'en suivent ;

2°) de dire que l'expert pourra s'adjoindre tout sapiteur de son choix et devra déposer un pré-rapport ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que, dans la perspective d'une nouvelle action en responsabilité, la conduite d'une expertise est utile.

Par un mémoire, enregistré le 8 septembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par le cabinet d'avocats Saidji et Moreau, conclut à titre principal à sa mise hors de cause et au rejet de la demande tendant au versement d'une somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire s'il était appelé à l'expertise, à ce que la mission de l'expert soit complétée selon les termes de son mémoire.

Il soutient que les conditions d'intervention de la solidarité nationale ne sont pas remplies dès lors qu'un rapport d'expertise amiable déposé le 30 juin 2023 a retenu une faute de l'Assistance Publique - hôpitaux de Paris, caractérisée par un défaut de surveillance lors de la séance d'hémodialyse du 25 novembre 2022 et que l'établissement de santé a refusé de faire droit à la demande indemnitaire de M. B, considérant que la prise en charge de la patiente a été conforme aux règles de l'art.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente du tribunal administratif de Paris, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. Mme B, née le 14 mai 1936, présentait parmi ses antécédents médicaux une hypertension artérielle, une surcharge pondérale, un diabète non insulino-dépendant, une endocardite infectieuse mitrale en 2018, une insuffisance rénale chronique, une hyperparathyroïdie primaire opérée en 2020, des tassements vertébraux ostéoporotiques spontanés, une gastrite, un endobrachyoesophage de petite taille, des polypes coliques ayant nécessité de multiples ablations, une diverticulose non compliquée, une pollakiurie, des lombalgies, un glaucome néovasculaire bilatéral et une cécité de l'œil gauche, ainsi qu'une arthrodèse en 2012, une cure de hernie inguinale droite en 2014, une cure d'éventration en 2014, une intervention en 2017 pour ostéonécrose de la mâchoire, une cure de cataracte bilatérale, une parathyroïdectomie en 2020 et la pose d'une prothèse totale de hanche en février 2021. Mme B a été hospitalisée au sein du service de gériatrie de l'hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) au mois de septembre 2022, pour la prise en charge d'une bradycardie. Elle a subi, le 15 novembre 2021, une bioprothèse aortique par voie percutanée fémorale, puis, devant un rythme sinusal irrégulier, elle a dû recevoir le 17 novembre 2022 un stimulateur cardiaque sans sonde. Les suites de ces interventions ont été marquées par la survenue d'un syndrome inflammatoire biologique dont les analyses ont révélé la présence de Pantoae agglomerans et Pseudomonas stutzeri D, nécessitant une antibiothérapie. Le 25 novembre 2022, Mme B, dyalisée dans le cadre d'une insuffisance rénale chronique, a, à la suite d'un saignement survenu lors du retrait de l'aiguille, été transférée au sein du service de réanimation en raison d'un arrêt cardio-respiratoire sur un choc hémorragique. Mme B est décédée le 30 novembre 2022, après un nouvel arrêt cardio-respiratoire et une asystolie. Une expertise amiable, unilatérale, diligentée par l'assureur protection juridique de M. B, a conclu que la prise en charge médicale de Mme B n'était pas conforme aux données acquises de la science, dès lors que cette dernière ayant chuté d'un fauteuil d'hémodialyse le 25 novembre 2022, a subi un choc hémorragique et un arrêt cardio-respiratoire. S'interrogeant sur les conditions de la prise en charge de Mme B au sein de l'HEGP, M. B demande au juge des référés de désigner un expert médical afin qu'il se prononce sur la qualité des soins reçus par sa mère et les préjudices qu'elle a subi ayant conduit à son décès.

3. La mesure d'expertise demandée entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. S'il apparaît à un expert qu'il est nécessaire de faire appel au concours d'un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier, il doit préalablement solliciter l'autorisation du président du tribunal administratif. Par suite, les conclusions de M. B tendant à ce que le juge des référés autorise l'expert à s'adjoindre un sapiteur ne peuvent qu'être rejetées.

5. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité. Par suite, les conclusions de M. B tendant à ce que le juge des référés enjoigne à l'expert de déposer un pré rapport ne peuvent qu'être rejetées.

6. Il résulte de l'instruction, que Mme B aurait pu être victime d'un accident médical fautif lors de sa prise en charge au sein de l'hôpital Pompidou. Il s'ensuit, à ce stade de l'instruction, que les conditions d'intervention de la solidarité nationale ne sont pas remplies et qu'il y a lieu de mettre l'ONIAM hors de cause.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : M. A C, (néphrologie), exerçant à l'hôpital Tenon sis 4 rue de la Chine à Paris (75970), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de M. B, de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de Mme B ; convoquer et entendre les parties et tous sachant ;

2°) décrire l'état de santé de Mme B et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au sein de l'HEGP et les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme B et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital, l'utilité des gestes pratiqués et la conformité de la prise en charge de l'intéressée (investigations, traitements, soins, surveillance, organisation du service) aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ; dire clairement si la chute d'un fauteuil d'hémodialyse du 25 novembre 2022 et ses conséquences sont à l'origine du décès de Mme B ;

4°) de déterminer l'origine du dommage en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge de Mme B ou la prise d'un traitement antérieur particulier ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme B une chance sérieuse de guérison ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme B de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

6°) déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à la patiente sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

7°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis tant par

Mme B notamment à raison des souffrances endurées jusqu'à son décès, que par ses proches, ainsi que toute information utile à la solution du litige, évaluer l'ensemble des préjudices selon la nomenclature Dintilhac et les chiffrer précisément.

Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles

R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expert, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourra tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en 2 exemplaires, au plus tard le 15 juillet 2024. Il notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article n° 7 de la présente ordonnance, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.

Article 5 : L'ONIAM est mis hors de cause.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B F, à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à M. A C, expert.

Fait à Paris, le 16 janvier 2024

La juge des référés,

M. Dhiver.

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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