lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2319871 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | GAUVIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, et un mémoire, enregistrés le 25 août 2023 et le 20 novembre 2023, SNCF Réseau, représentée par le cabinet d'avocats Symchowicz-Weissberg et associés demande, au juge des référés de désigner un expert afin de décrire l'origine et les causes des désordres apparus sur le viaduc de Wilwisheim PRA n° 48 110 situé sur la commune de Wilwisheim (Bas-Rhin) et le viaduc de la Zorn PRA 48 115 situé sur les communes de Wilwisheim et de Lupstein (Bas Rhin) de la ligne à grande vitesse Est européenne.
Elle sollicite la présence à l'expertise des sociétés Bouygues travaux publics régions France, Zwahlen et Mayr, membres du groupement conjoint chargé de la réalisation du lot
n° 48 du tronçon H, Tractebel engineering en tant qu'assistant à maîtrise d'ouvrage technique, et les sociétés membres du groupement solidaire chargé des missions ADP et PRO de conception du tronçon H, Setec, Setec international, Setec TPI.
Elle soutient que :
- les fissurations apparues sur les ouvrages en cause sont évolutives et sont susceptibles d'endommager sévèrement les ouvrages en béton et en affectent la structure, dès lors qu'elles sont caractéristiques d'un phénomène de réaction sulfatique interne ;
- une expertise est utile afin de se prononcer sur la nature et l'ampleur des désordres ;
- il est utile de déterminer les préjudices subis.
Par un mémoire, enregistré le 2 octobre 2023, la société Zwahlen et Mayr, représentée par le cabinet d'avocats Alérion, sollicite sa mise hors de cause. Elle soutient qu'elle est uniquement intervenue pour la réalisation d'une charpente métallique et n'est pas intervenue pour la réalisation des ouvrages de béton, et notamment les piles, en cause.
Par trois mémoires, enregistrés le 5 octobre 2023, 8 novembre 2023 et 6 décembre 2023, la société Bouygues travaux publics régions France, représentée par le cabinet d'avocats Frêche et associés, informe le juge des référés de ses protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée et demande au juge des référés de circonscrire la mission de l'expert au phénomène de réaction sulfatique interne allégué par la société SNCF réseau, à l'exclusion de toutes autres typologies de désordres, et demande l'appel à l'expertise des sociétés Béton contrôle du Seeboden, Holcim béton granulat Haut-Rhin et Fehr groupe.
Elle soutient que :
- au 25 août 2023, le phénomène de réaction sulfatique interne n'est pas avéré ;
- la mission de l'expert judiciaire doit être cantonnée au seul désordre dénoncé dans le délai de garantie décennale par la société SNCF réseau au stade de sa requête, à savoir le phénomène de réaction sulfatique interne, et ce à l'exclusion de toutes autres typologies de désordres ;
- la présence de la société Béton contrôle du Seeboden est utile dès lors qu'elle est sous-traitante de la société Bouygues Tprf sur la préfabrication des coques enveloppes des appuis des deux viaducs situés sur le tronçon H ;
- le groupement d'entreprises composé des société Holcim béton granulat Haut-Rhin et Fehr groupe doit être présent à l'expertise, en qualité de fournisseur des bétons nécessaires à la réalisation des ouvrages d'art ;
- la société Eqiom bétons étant appelée à la cause, sa présence acte l'interruption de tous délais de prescriptions envers elle ;
- la société Fehr béton doit été mise en case à la place de Fehr groupe dès lors que le bon de commande de béton lui a été adressé.
Par un mémoire, enregistré le 17 octobre 2023, la société Béton contrôle du Seeboden, représentée par le cabinet Kalliope avocats, informe le juge des référés de ses protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée et demande au juge des référés de mettre les frais de l'expertise à la charge exclusive de SNCF réseau.
Par un mémoire, enregistré le 25 octobre 2023, la société Holcim béton granulat Haut-Rhin demande sa mise hors de cause et sollicite la présence à l'expertise de la société Eqiom bétons.
Elle soutient qu'à la suite de la fusion des groupes Lafarge et Holcim en 2015, c'est la société Eqiom bétons qui doit être appelée à la cause.
Par un mémoire, enregistré le 27 novembre 2023, la société Fehr groupe, représentée par Me Bœuf, sollicite sa mise hors de cause.
Elle soutient que le contrat a été conclu entre la société Bouygues Tprf et la société Fehr béton, et non avec la société Fehr groupe.
Par un mémoire, enregistré le 1er décembre 2023, la société Tractebel engineering, représentée par Me Gauvin, informe le juge des référés de ses protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut, notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission".
2. La LGV Est européenne qui relie Paris à Strasbourg a été construite en deux tronçons, un premier tronçon de 300 kilomètres allant de Vaires-sur-Marne (Seine et Marne) à Baudrecourt-en-Moselle puis sur second tronçon prolongeant la ligne sur 106 kilomètres jusqu'à Vendenheim dans le département du Haut-Rhin. SNCF Réseau fait valoir que des désordres sont apparus sur ce second tronçon, au viaduc de Wilwisheim et au viaduc de la Zorn PRA 48 115 situés sur les communes de Wilwisheim et de Lupstein. Elle soutient que par, deux ordonnances du 21 juin 2023 (n° 2304801 et 2306395), le juge des référés du tribunal administratif de Paris a désigné M. A B afin de décrire l'origine et les causes des désordres survenus respectivement sur le viaduc du Landbach, le viaduc de la Sarre et le pont du canal des Houillères composant chacun des parties du tronçon G de la LGV Est européenne et qu'une expertise portant sur ces deux viaducs est utile dès lors que les fissurations évolutives semblent relever un phénomène de réaction sulfatique interne susceptible à terme de mettre les ouvrages en péril.
3. Les constatations demandées entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 précitées du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire droit à cette demande. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. La société Zwahlen et Mayr sollicite sa mise hors de cause et soutient qu'elle n'est intervenue que pour réaliser la charpente métallique et pas en ce qui concerne la réalisation des ouvrages de béton. Il résulte toutefois de l'instruction que la société Zwahlen et Mayr est membre du groupement conjoint chargé de la réalisation du lot n° 48 du tronçon H, et que sa présence à l'expertise, à ce stade, lui permettra de préserver ses droits et de compléter les informations de l'expert. Il y a dès lors lieu de l'appeler aux opérations d'expertise.
5. La société Bouygues travaux publics régions France demande au juge des référés de circonscrire la mission de l'expert au phénomène de réaction sulfatique interne allégué par la société SNCF réseau, à l'exclusion de toutes autres typologies de désordres. L'expertise est utile en ce qu'elle doit permettre de déterminer l'origine et l'évolution des désordres et d'y remédier sans préjuger, à ce stade, de leur origine. Par la suite, la demande de la société Bouygues travaux publics régions France doit être rejetée.
6. En vertu de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la ou les parties qui assumeront la charge des frais d'expertise sont désignées par le président du tribunal aux termes de l'ordonnance qui fixera, après le dépôt du rapport, les frais et honoraires de l'expert. De même, en application de l'article R. 621-12 du même code, dans le cas où il serait fait droit à une demande de l'expert tendant au bénéfice d'une allocation provisionnelle, il appartient également au président du tribunal, aux termes de l'ordonnance fixant le montant de cette allocation, de préciser la ou les parties qui devront la verser. Il n'appartient donc pas au juge des référés de déterminer la partie à la charge de laquelle seront mis les frais d'expertise ou, le cas échéant, l'allocation provisionnelle qui pourrait éventuellement être accordée à l'expert. Par suite, la demande présentée à ce titre par la société Béton contrôle du Seeboden doit être rejetée.
7. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A B (spécialisation - Ingénieur en bâtiment), domicilié 26, rue de l'Exposition (75007), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de SNCF Réseau, la société Bouygues travaux publics régions France, la société Zwahlen et Mayr, la société Tractebel engineering, la société Setec, la société Setec international, la société Setec TPI, la société Eqiom bétons, la société Fehr béton, de :
1') prendre connaissance des pièces des travaux de la ligne LGV Est, notamment la deuxième phase, se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission, se rendre sur place sur le viaduc de Wilwisheim PRA n° 48 110 situé sur la commune de Wilwisheim (Bas-Rhin) et viaduc de la Zorn PRA 48 115 situé sur les communes de Wilwisheim et de Lupstein (Bas Rhin) de la ligne à grande vitesse Est Européenne ;
2') constater et décrire les désordres, dire s'ils rendent l'ouvrage impropre à sa destination, en déterminer l'origine et dire si ces fissurations sont dues au phénomène de réaction sulfatique interne ou à toute autre cause et si celle-ci est susceptible d'affecter la solidité du viaduc ; déterminer l'ampleur du phénomène, son étendue et son évolution prévisible au regard de la solidité et de la destination de l'ouvrage d'art en cause ;
3°) fournir tous les éléments techniques et de fait permettant de se prononcer sur la ou les causes qui sont à l'origine de ces désordres (et permettant notamment de déterminer si ceux-ci se rattachent à une non-conformité aux stipulations du marché, à un vice de construction ou de conception, à un défaut de surveillance des travaux, à un défaut d'exécution, à un manquement aux règles de l'art, à un défaut de qualité des matériaux mis en œuvre, à une insuffisance d'entretien, à une usure prématurée, à d'autres causes) ; en cas de pluralité de causes, de formuler un avis sur le point de savoir dans quelle proportion les désordres peuvent être imputés à telle ou telle cause, en justifiant ses propositions ;
4°) décrire les travaux propres à remédier définitivement aux désordres et à remettre l'ouvrage en état, d'en évaluer le coût et la durée ;
5°) en cas de réel danger et d'urgence constatés, dire s'il convient de mettre en place des mesures de sauvegarde pour éviter l'aggravation des désordres et permettre l'attente des travaux définitifs dans les meilleures conditions techniques possibles ;
6°) déterminer les préjudices subis par SNCF Réseau ;
7°) d'une manière générale, fournir tous les éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction compétente de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les divers chefs de préjudice ;
8°) s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires, entendre les observations de tous les intéressés et annexer à son rapport tous documents utiles.
Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. à 621-14 du code de justice administrative. Pour l'accomplissement de cette mission, il se fera communiquer tous documents relatifs à la conception et à la réalisation des travaux.
Article 3 : L'expert déposera son rapport au plus tard le 16 septembre 2024. Il notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 5 de la présente ordonnance, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à SNCF Réseau, à la société Béton contrôle du Seeboden, à la société Holcim béton granulat Haut-Rhin et Fehr groupe, à la société Eqiom bétons, à la société Fehr béton, à la société Bouygues travaux publics régions France, à la société Zwahlen et Mayr, à la société Tractebel engineering, à la société Setec, à la société Setec international, à la société Setec TPI et à M. A B, expert.
Fait à Paris, le 25 mars 2024.
La juge des référés,
M. Dhiver
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/11-4