lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2319891 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | GAUVIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 août 2023 et le 8 novembre 2023, SNCF Réseau, représentée par le cabinet d'avocats Symchowicz-Weissberg et associés, demande au juge des référés de désigner un expert afin de décrire l'origine et les causes des désordres apparus sur le viaduc de Rohrbach situé sur les communes de Duntzenheim et de Gougenheim dans le département du Bas Rhin, qui faisait partie du lot n° 43b, de la ligne à grande vitesse Est européenne.
Elle sollicite la présence à l'expertise des sociétés du groupement conjoint Razel-Bec, Colas Nord Est, Metallic bridges of Belgium, la société Matière, la société Setec, Me Thierry Cavenaile liquidateur de la société Ateliers Roger Poncin etcie, la société Setec international, la société Setec TPI, et la société Tractebel engineering en tant qu'assistant à maîtrise d'ouvrage technique.
Elle soutient que :
- les fissurations apparues sur les ouvrages en cause sont évolutives et sont susceptibles d'endommager sévèrement les ouvrages en béton et en affectent la structure, dès lors qu'elles sont caractéristiques d'un phénomène de réaction sulfatique interne ;
- une expertise est utile afin de se prononcer sur la nature et l'ampleur des désordres ;
- la présence des sociétés Colas France, Matière et MBB est utile dès lors que la convention de groupement ne lui est pas opposable puisqu'elle n'en fait pas partie, et la mise hors de cause des sociétés Matière et MBB au motif qu'elles n'ont pas récupéré le passif de la société Ateliers Georges Poncin implique des problèmes de droit ;
- la mission de l'expert rédigée est complète dès lors que le risque de réaction sulfatique interne est réel et que l'expert ne peut se limiter aux fissures constatées qui sont par nature évolutives ;
- il est utile de déterminer les préjudices subis.
Par un mémoire, enregistré le 7 septembre 2023, la société Matière sollicite sa mise hors de cause. Elle soutient que, dans le cadre d'un redressement judiciaire intervenu en juillet 2017, elle a repris la société Ateliers Roger Poncin, qui avait réalisé la charpente métallique. La nouvelle société dénommée Metallic bridges of Belgium (MBB), n'étant pas intervenue au chantier, il y a lieu d'appeler à la cause le liquidateur de la société Ateliers Roger Poncin.
Par un mémoire, enregistré le 21 septembre 2023, la société Matière et la société Metallic bridges of Belgium, représentées par le cabinet d'avocats Langlais Brustel Ledoux et associés, demandent de rejeter la demande d'expertise présentée à leur encontre. A titre subsidiaire, les sociétés informent le juge des référés de leurs protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée. Elles demandent qu'il soit mis à la charge de la SNCF Réseau le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Matière soutient qu'elle n'a repris que les actifs de la société Ateliers Roger Poncin et que sa responsabilité ne pourra en aucune mesure être recherchée, ni celle de sa filiale la société Metallic bridges of Belgium.
Par un mémoire, enregistré le 10 octobre 2023, la société Colas France, représentée par le cabinet d'avocats Lebon et associés, informe le juge des référés qu'elle a repris les actifs de la société Colas Nord Est, conclut à titre principal au rejet de la demande d'expertise à son égard. A titre subsidiaire, elle fait part de ses protestations et réserves quant à la mesure sollicitée et demande au juge des référés de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire.
Elle soutient que :
- le marché confié au groupement d'entreprises était conjoint et non pas solidaire et elle n'est intervenue que pour les chaussées et équipements, et non sur les ouvrages d'art dont le viaduc du Rohrbach qui relevait exclusivement de l'intervention de la société Razel-Bec ;
- si elle devait être présente à l'expertise, la mission de l'expert devait être modifiée.
Par des mémoires, enregistrés le 21 octobre 2023, le 22 novembre 2023 et le 1er mars 2024, la société Razel-Bec, représentée par le cabinet d'avocats Alerion, informe le juge des référés de ses protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée et demande au juge des référés de modifier la mission de l'expert selon les termes de son mémoire.
Elle soutient que :
- la mission de l'expert ne doit pas partir du postulat qu'il existe un phénomène de réaction sulfatique interne, alors qu'il n'est pas établi ;
- à ce stade seules quelques fissures sont présentes et rien n'établit que la garantie décennale trouverait à s'appliquer.
Par un mémoire, enregistré le 1er décembre 2023, la société Tractebel engineering, représentée par Me Gauvin, informe le juge des référés de ses protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R.532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut, notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission "
2. La LGV Est européenne qui relie Paris à Strasbourg a été construite en deux tronçons, un premier tronçon de 300 kilomètres allant de Vaires-sur-Marne (Seine et Marne) à Baudrecourt-en-Moselle puis sur second tronçon prolongeant la ligne sur 106 kilomètres jusqu'à Vendenheim dans le département du Haut-Rhin. SNCF Réseau fait valoir que des désordres sont apparus sur le viaduc de Rohrbach, situé sur les communes de Duntzenheim et de Gougenheim dans le département du Bas Rhin, qui faisait partie du lot n° 43b de la LGV Est européenne. Elle soutient que, par deux ordonnances du 21 juin 2023 (n° 2304801 et 2306395), le juge des référés du tribunal administratif de Paris a désigné M. A B afin de décrire l'origine et les causes des désordres survenus respectivement sur le viaduc du Landbach, le viaduc de la Sarre et le pont du canal des Houillères composant chacun des parties du tronçon G de la ligne et qu'une expertise portant sur le viaduc de Rohrbach est utile dès lors que les fissurations évolutives sont caractéristiques d'un phénomène de réaction sulfatique interne susceptible à terme de mettre l'ouvrage en péril.
3. Les constatations demandées entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 précitées du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire droit à cette demande. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. La société Matière et la société Metallic bridges of Belgium demandent au juge des référés à être mises hors de cause dès lors que la société Matière n'a repris que les actifs de la société Ateliers Roger Poncin et que sa responsabilité ne pourra en aucune mesure être recherchée, ni celle de sa filiale la société Metallic bridges of Belgium. Ce point relève toutefois d'une question de droit qu'il n'y a pas lieu, à ce stade de l'instruction, de trancher et la présence des deux sociétés à l'expertise, qui leur permettra de préserver leurs droits, est utile.
5. La société Colas France, qui informe le juge des référés qu'elle a repris les actifs de la société Colas Nord Est, demande à être mise hors de cause au motif que le marché confié au groupement d'entreprises était conjoint et non pas solidaire, qu'elle n'est intervenue que pour les chaussées et équipements, et non sur les ouvrages d'art dont le viaduc du Rohrbach qui relevait exclusivement de l'intervention de la société Razel-Bec. Toutefois, d'une part, la nature du groupement relève d'une question de droit qu'il n'appartient pas au juge des référés de trancher, et d'autre part, il appartiendra à l'expert d'examiner les causes des désordres et de dire si l'intervention de la société Colas France y est étrangère. L'appel à la cause de la société Colas France apparaît, à ce stade de l'instruction, utile.
6. La société Colas France et la société Razel-Bec demandent au juge des référés de modifier la mission de l'expert selon les termes de leurs mémoires respectifs au motif que le phénomène de réaction sulfatique interne ne doit pas être posé comme postulat. L'expertise est utile en ce qu'elle doit permettre de déterminer l'origine et l'évolution des désordres et d'y remédier sans préjuger, à ce stade, de leur origine..
7. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de SNCF Réseau une somme au titre de l'article L. 71-1 du code de justice administrative. Les conclusions en ce sens des sociétés Matière et Metallic bridges of Belgium sont rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A B (spécialisation - Ingénieur en bâtiment), domicilié 26, rue de l'Exposition (75007), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de SNCF Réseau, la société Razel-bec, la société Colas France, la société Metallic bridges of Belgium, la société Matière, la société Setec, la société Setec international, la société Setec TPI, et la société Tractebel engineering, de :
1') prendre connaissance des pièces des travaux de la ligne LGV EST - Européenne, notamment la deuxième phase, se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission, se rendre sur place sur le viaduc de Rohrbach, situé sur les communes de Duntzenheim et de Gougenheim dans le département du Bas Rhin, qui faisait partie du lot n° 43b, de la LGV EST - Européenne ;
2') constater et décrire les désordres, dire s'ils rendent l'ouvrage impropre à sa destination, en déterminer l'origine et dire si ces fissurations sont dues au phénomène de réaction sulfatique interne ou à toute autre cause et si celle-ci est susceptible d'affecter la solidité du viaduc ; déterminer l'ampleur du phénomène, son étendue et son évolution prévisible au regard de la solidité et de la destination de l'ouvrage d'art en cause ;
3°) fournir tous les éléments techniques et de fait permettant de se prononcer sur la ou les causes qui sont à l'origine de ces désordres (et permettant notamment de déterminer si ceux-ci se rattachent à une non-conformité aux stipulations du marché, à un vice de construction ou de conception, à un défaut de surveillance des travaux, à un défaut d'exécution, à un manquement aux règles de l'art, à un défaut de qualité des matériaux mis en œuvre, à une insuffisance d'entretien, à une usure prématurée, à d'autres causes) ; en cas de pluralité de causes, de formuler un avis sur le point de savoir dans quelle proportion les désordres peuvent être imputés à telle ou telle cause, en justifiant ses propositions ;
4°) décrire les travaux propres à remédier définitivement aux désordres et à remettre l'ouvrage en état, d'en évaluer le coût et la durée ;
5°) en cas de réel danger et d'urgence constatés, dire s'il convient de mettre en place des mesures de sauvegarde pour éviter l'aggravation des désordres et permettre l'attente des travaux définitifs dans les meilleures conditions techniques possibles ;
6°) déterminer les préjudices subis par SNCF Réseau ;
7°) d'une manière générale, fournir tous les éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction compétente de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les divers chefs de préjudice ;
8°) s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires, entendre les observations de tous les intéressés et annexer à son rapport tous documents utiles.
Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Pour l'accomplissement de cette mission, il se fera communiquer tous documents relatifs à la conception et à la réalisation des travaux.
Article 3 : L'expert déposera son rapport au plus tard le 16 septembre 2024. Il notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 5 de la présente ordonnance, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à SNCF Réseau, à la société Razel-bec, à la société Colas France, à la société Metallic bridges of Belgium, à la société Matière, à la société Setec, à la société Setec international, à la société Setec TPI, à la société Tractebel engineering et à M. A B, expert.
Fait à Paris, le 25 mars 2024.
La juge des référés,
M. Dhiver
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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