lundi 25 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2319934 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | RAPAPORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée les 28 août, 6 et 20 septembre 2023, le Centre des Monuments Nationaux, représenté par Me Lauret, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à la société R.V.K de libérer sans délai les locaux qu'elle occupe sans droit ni titre au 22, galerie des Chartres dans le 1er arrondissement de Paris, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de la société R.V.K la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour statuer sur les conclusions de la requête ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que le Conseil Constitutionnel doit mettre en œuvre un projet de réaménagement du rez-de-chaussée de ses locaux ;
- le mesure est utile, ne fait obstacle à l'exécution d'une décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse ; la convention d'occupation du domaine public est arrivée à son terme le 31 décembre 2022 ;
Par des mémoires, enregistrés le 18 septembre 2023, la société R.V.K, représentée par Me Rapaport, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le juge administratif est incompétent ; elle est bénéficiaire d'un bail commercial ; l'expulsion demandée se heurte à une contestation sérieuse ;
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sollicitée ne sont pas remplies ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente de la 4ème section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux, juge des référés ;
- les observations de Me Lauret, représentant le Centre des Monuments Nationaux et
Me Rapaport, représentant la société R.V.K.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes d'une convention, précaire et révocable, signée le 13 octobre 1999, la société R.V.K a été autorisée par la Caisse Nationale des Monuments Historiques et des sites à occuper pour une durée de 12 ans une boutique située 19, 20, 21, galerie de Chartres au Palais-Royal à Paris (1er arrondissement). Cette convention a été renouvelée le 24 août 2011 pour un terme prévu le 31 décembre 2022. Un avenant à cette convention a été proposé à la société R.V.K pour la prolonger jusqu'au 30 juin 2023 mais la société a refusé de le signer. Le Centre des Monuments Nationaux demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et sous astreinte, l'expulsion de la société R.V.K des locaux qu'elle occupe sans droit ni titre au 22, galerie des Chartres dans le 1er arrondissement de Paris.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
En ce qui concerne l'exception d' incompétence de la juridiction administrative opposée en défense :
3. Le juge administratif ne peut être saisi d'une requête tendant à la mise en œuvre de l'une des procédures régies par le livre V du code de justice administrative que pour autant que le litige principal auquel se rattache ou est susceptible de se rattacher la mesure d'urgence qu'il lui est demandé de prescrire n'échappe pas manifestement à la compétence de la juridiction administrative. Lorsque le juge administratif est saisi d'une demande tendant à l'expulsion d'un occupant d'une dépendance appartenant à une personne publique, il lui incombe, pour déterminer si la juridiction administrative est compétente pour se prononcer sur ces conclusions, de vérifier que cette dépendance relève du domaine public à la date à laquelle il statue.
4. Le domaine national du Palais-Royal, classé par arrêté du 14 novembre 1994 au titre de la législation des monuments historiques, est un ensemble historique d'un seul tenant où s'exerce le service public, principalement de la justice et de la culture. Dès lors, le domaine national du Palais-Royal appartient dans sa globalité au domaine public de l'Etat. Les locaux occupés par la société R.V.K inclus dans le domaine national du Palais-Royal font partie, par voie de conséquence, du domaine public de l'Etat. Si ces locaux n'ont fait l'objet d'aucun aménagement spécial à destination du public et si la société R.V.K n'est investie d'aucune mission de service public, ces circonstances sont sans influence sur son appartenance au domaine public qui résulte, ainsi qu'il vient d'être dit, de son inclusion dans ce domaine. Par suite, l'exception d'incompétence opposée par la société R.V.K doit être écartée.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'expulsion :
5. Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-3 du code de justice administrative, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, à la date à laquelle il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. D'une part, il n'est pas contesté que la société R.V.K n'est plus titulaire d'aucun titre l'autorisant à occuper les locaux en litige depuis le 31 décembre 2022, date à laquelle est arrivée à échéance la convention signée le 24 août 2011. A cet égard, si la société R.V.K soutient que la convention d'occupation du domaine public dont elle a bénéficié peut-être requalifiée en bail commercial en raison de l'appartenance au domaine privé de la ville de Paris du local en litige, il résulte de ce qui vient d'être dit au point 4 que ce moyen ne peut utilement prospérer. La mesure d'expulsion ne se heurte, dès lors, à aucune contestation sérieuse.
7. D'autre part, le maintien sur les lieux de la société R.V.K fait obstacle à ce que
le Conseil Constitutionnel, titulaire d'une convention d'occupation du domaine public signée le 5 septembre 2023 avec le Centre des Monuments Nationaux des locaux en litige, engage des travaux de réaménagement du rez-de-chaussée du bâtiment qu'il occupe 2, rue Montpensier à Paris (1er arrondissement). Dans ces conditions, tant l'urgence que l'utilité de la mesure d'expulsion demandée par le Centre des Monuments Nationaux sont justifiées.
8. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la société R.V.K, de libérer les locaux qu'elle occupe sans droit ni titre au 22, galerie des Chartres dans le 1er arrondissement de Paris dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à l'expiration du délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu de mettre à la charge de la société R.V.K la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le Centre des Monuments Nationaux et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la société R.V.K de libérer de libérer les locaux qu'elle occupe sans droit ni titre au 22, galerie des Chartres dans le 1er arrondissement de Paris dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance. Il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à l'expiration du délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance.
Article 2 : La société R.V.K versera au Centre des Monuments Nationaux la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête du Centre des Monuments Nationaux est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au Centre des Monuments Nationaux et à la société R.V.K.
Fait à Paris, le 25 septembre 2023.
Le juge des référés,
M-O. LE ROUX La greffière,
S. RAHMOUNI
La République mande et ordonne au ministre de la culture, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.