vendredi 15 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2319989 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | OTTOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 août et 13 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Ottou, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision de refus de séjour du préfet de police du 8 septembre 2023 ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande, de lui fixer un rendez-vous et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Ottou en application des articles L. 761-1 et R. 776-20 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat ou, à défaut, à lui verser directement, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- devant être regardées comme tendant à la suspension de la décision expresse de refus de titre de séjour intervenues en cours d'instance, ses conclusions tendant à la suspension de la décision implicite qui s'était d'abord formée ne sont pas devenues sans objet en cours d'instance ; l'exception de non-lieu opposée en défense devra donc être écartée ;
- la requête est recevable dès lors que sa demande de renouvellement de titre de séjour n'a pas fait l'objet d'un accusé de réception par les services de la préfecture ni d'une notification d'une décision expresse de refus mentionnant les voies et délais de recours contentieux ;
- la condition relative à l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour ; il se trouve dans une situation de précarité administrative du fait de sa situation irrégulière sur le territoire français ; la décision contestée compromet son insertion académique et professionnelle ; il est dans l'impossibilité de finaliser son inscription pour la rentrée scolaire 2023-2024 et risque de perdre le bénéfice de son contrat d'apprentissage faute de justifier d'un séjour régulier sur le territoire français l'autorisant à travailler ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée ; elle est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation ; elle est fondée sur des faits matériellement inexacts et à tort sur l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 422-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension et d'injonction et au rejet du surplus de la requête.
Il fait valoir que la décision expresse de refus de titre de séjour prise en cours d'instance rend sans objet les conclusions tendant à la suspension de la décision implicite de rejet qui s'était formée ainsi que les conclusions à fin d'injonction.
Vu :
- la requête au fond enregistrée sous le n° 2319991 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 14 septembre 2023, tenue en présence de Mme Louart, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Ottou, représentant M. A, qui reprend les moyens et conclusions de la requête.
La clôture de l'instance a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant congolais, né le 12 décembre 2002 à Dalaba (République du Guinée), déclare être entré en France le 10 septembre 2019. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance par un jugement du 29 juin 2020 et a bénéficié à sa majorité d'un contrat jeune majeur qui a pris fin le 31 août 2023. Il a obtenu un titre de séjour portant la mention " Etudiant-Elève " l'autorisant à travailler, le 2 mars 2022, valable jusqu'au 1er janvier 2023. Le 4 octobre 2022, il a demandé le renouvellement de ce titre de séjour sur le fondement des articles L. 422-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il a été mis en possession de deux attestations de prolongation de l'instruction de sa demande dont la dernière a expiré le 29 juin 2023. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, de suspendre la décision du 8 septembre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions et eu égard à l'urgence à statuer, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
4. Contrairement à ce que soutient le préfet en défense, sa décision expresse de refus de titre de séjour du 8 septembre 2023 n'a pas eu pour effet de rendre sans objet les conclusions à fin de suspension dirigées contre la décision implicite de rejet qui s'était d'abord formée, ces conclusions à fin de suspension devant au contraire être regardées comme étant dirigées contre la décision expresse de rejet qui s'est substituée à la décision implicite. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne la condition de l'urgence :
6. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension de l'exécution d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
7. Par la décision contestée, le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant-élève " délivré à M. A. L'urgence est donc présumée. En outre, le requérant se trouve dans une situation de précarité administrative qui compromet la poursuite de sa formation professionnelle. Par suite, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
8. En l'état de l'instruction les moyens tirés de l'absence d'examen sérieux de la situation de M. A, de l'inexactitude matérielle des faits caractérisant l'existence d'un comportement constituant une menace pour l'ordre public, de l'erreur d'appréciation résultant de l'application de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision dont la suspension est demandée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative sont réunies. Il y a donc lieu de suspendre la décision du préfet de police du 8 septembre 2023 rejetant la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente de cet examen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
11. Il résulte de ce qui est dit au point 3 que M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ottou, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci le versement à Me Ottou de la somme de 1 500 euros. Cette somme sera versée à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet définitif de sa demande d'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision de refus de séjour du préfet de police du 8 septembre 2023 est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et, dans l'attente de cet examen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'Etat versera à Me Ottou la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Ottou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En cas de rejet définitif de sa demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Ottou et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 15 septembre 2023.
La juge des référés,
S. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.