mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2320039 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement le 30 août 2023 et le 23 août 2024, M. B A, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil du 20 juin 2023 prise à son encontre par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas pris en compte sa vulnérabilité ;
- l'agent qui a conduit l'entretien n'a pas reçu de formation spécifique ;
- il n'a pas bénéficié d'une information sur la possibilité de bénéficier d'un examen de santé ;
- le questionnaire de détection de la vulnérabilité est entaché d'illégalité ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; il conteste avoir manqué à ses obligations sans motif légitime. Ainsi, il justifie avoir nécessité des soins le jour même de son départ pour la Bulgarie ;- l'OFII devait moduler sa décision et ne pouvait faire totalement cesser les CMA du requérant en raison de son placement en fuite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une décision du 16 novembre 2023, M. A n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Vu :
- l'ordonnance n°2320038 du 8 septembre 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Renvoise, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, de nationalité afghane, né le 22 août 1999, s'est présenté au guichet unique des demandeurs d'asile le 22 septembre 2022 pour y solliciter l'asile. Il ressort des pièces versées que M. A a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 7 octobre 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil prise à son encontre par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 20 juin 2023.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par décision du 16 novembre 2023, M. A n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce que le requérant n'a pas respecté les exigences des autorités de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Elle indique également qu'après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, il a été décidé de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a informé
M. A de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil et l'a invité à présenter des observations dans un délai de quinze jours, par un courrier du 24 mai 2023 notifié le 31 mai suivant. Or la décision contestée a été prise le 20 juin 2023 par l'OFII, soit après l'expiration de ce délai de quinze jours prévu à l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le requérant a pu faire valoir ses observations par lettre du 1er juin 2023. Le moyen tiré de ce que l'OFII aurait méconnu ces dispositions et commis une irrégularité de procédure doit par suite être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".
6. D'une part, M. A soutient que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte et qu'aucun entretien d'évaluation n'a pas été effectué à cette fin. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier, que le requérant a bénéficié le 7 octobre 2022 d'un entretien personnel, mené par un agent de l'OFII, sans qu'aucun élément n'établisse que ce dernier n'aurait pas reçu de formation spécifique à cette fin, et en présence d'un interprète en langue pachtou, au cours duquel a été évaluée sa vulnérabilité. S'il a fait part de problèmes de santé lors de sa réponse du 1er juin 2023 au courrier de l'OFII l'informant de son intention de cesser les conditions matérielles d'accueil, il n'a pas sollicité l'avis du médecin de l'OFII et n'a pas transmis de document médical permettant d'établir une vulnérabilité particulière, hormis la recommandation d'une fibroscopie, dont il n'est pas établi qu'elle ne pouvait être effectuée en Bulgarie. Par suite, les moyens tirés d'un vice de procédure et d'un défaut d'examen de sa situation particulière doivent être écartés.
7. D'autre part, M. A ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, pour l'application duquel la décision attaquée n'a pas été prise et qui n'en constitue pas la base légale.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".
9. Alors que l'ensemble des auditeurs asile de l'OFII reçoivent une formation correspondant à leurs missions, dont celles d'évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, il ne ressort d'aucun élément du dossier que l'entretien dont aurait bénéficié M. A n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de procédure qui résulterait de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ne peut qu'être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".
11. Il ressort des pièces du dossier le directeur général de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A au motif qu'il ne s'est pas présenté aux autorités, en particulier, en vue de son transfert aux autorités bulgares faisant ainsi obstacle à son éloignement. S'il soutient, que son état de santé l'a empêché de se présenter à l'aéroport, il ressort toutefois du compte-rendu de consultation des urgences qu'il a été pris en charge pour douleur épigastrique et rhinorhée. De telles circonstances ne permettent pas d'établir qu'il ait été dans l'impossibilité physique ou matérielle de se rendre à l'aéroport et il n'est pas établi ni même allégué que l'intéressé en a informé la préfecture. Par suite, son état de santé ne faisait pas obstacle à ce que la mesure de transfert soit exécutée d'autant qu'il n'est ni établi ni même allégué que des structures de soins adaptées à sa prise en charge en cas de besoin n'auraient pas été disponibles à son arrivée en Bulgarie. Dans ces conditions, M. A ne peut être regardé comme ayant respecté les exigences des autorités de l'asile. Dans ces conditions, l'OFII, en considérant que ce refus constituait un non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile ce refus et en mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil, n'a pas commis d'erreur de droit. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur d'appréciation de sa situation, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation dans la modulation du degré de cessation des conditions matérielles d'accueil ne peuvent qu'être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me de Sèze.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président ;
- Mme Merino, première conseillère ;
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La rapporteure,
T. RENVOISELe président
J-Ch. GRACIA
La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026