mercredi 13 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2320202 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 août 2023, M. B A, représenté par Me Hug, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer dans un délai de 24 heures une attestation de prolongation d'instruction, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Hug en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de non-admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à M. A.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que le requérant, qui a obtenu le bénéfice du statut de réfugié, ne peut justifier de sa situation régulière en France et exercer les droits y afférant ;
- le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 424-1 et L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2023, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant s'est lui-même placé dans la situation qu'il invoque en ne complétant son dossier ainsi qu'il lui avait été demandé par message du 15 juin 2022 que le 13 mars 2023.
Vu :
- la requête au fond enregistrée sous le n° 2320204,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 septembre 2022 à 15 heures, en présence de Mme Bak-Piot, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Weidenfeld, juge des référés ;
- les observations de Me Hug, pour M. A, qui fait valoir que le retard pris par M. A à compléter son dossier est lié à des dysfonctionnements du site de l'Administration Numérique pour les Etrangers en France (ANEF) et à sa difficulté à manier les téléprocédures, et qu'il lui est désormais impossible de présenter une nouvelle demande de carte de résident ;
- et de Me Faugeras, représentant le préfet de police, qui reprend ses écritures et relève que les dysfonctionnements invoqués ne sont pas établis, non plus que l'impossibilité de présenter une nouvelle demande.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été reportée jusqu'au lundi 11 septembre 2023 à 17 heures. Les parties ont été avisées à cette occasion de la nécessité, si un nouveau report de la clôture de l'instruction était nécessaire à rassembler les éléments utiles, d'en informer expressément le tribunal.
Une note en délibéré a été enregistrée pour le préfet de police le 9 septembre 2023, avant la clôture de l'instruction, qui fait valoir que la présentation d'une nouvelle demande ne se heurte à aucune difficulté technique.
Le requérant a, pour sa part, présenté une note en délibéré le 12 septembre 2023 à 17h54, plus d'un jour après la clôture de l'instruction, sans que le tribunal ait été saisi d'une demande de report.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 13 décembre 1989, s'est vu reconnaître le bénéfice du statut de réfugié par décision de l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides du 7 mars 2022. Il a déposé une demande de carte de résident sur le site de l'Administration Numérique pour les Etrangers en France (ANEF) le 2 juin 2022. Par la présente requête, M. A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision de refus née du silence gardé sur cette demande par le préfet de police.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
4. Il résulte de l'instruction que le dossier déposé par M. A sur le site de l'ANEF le 2 juin 2022 étant incomplet, une demande de pièces lui a été adressée le 15 juin 2022. Le requérant a toutefois attendu plus de cinq mois pour en prendre connaissance, le 30 novembre 2022, et près de 9 mois pour adresser le complément sollicité, le 13 mars 2023. Par suite, le requérant s'est lui-même placé dans la situation d'urgence qu'il invoque, sans qu'il puisse utilement faire valoir les dysfonctionnements du site de l'ANEF, qui n'ont pas été continus pendant toute la période concernée, ou sa difficulté à accéder aux téléprocédures, alors qu'il a pu, au moins ponctuellement, bénéficier d'un accompagnement. En outre, si le requérant soutient que la décision attaquée le place dans une impasse procédurale, il ne conteste pas sérieusement, dans les écritures produites avant la clôture de l'instruction, que la circonstance que sa première demande a été clôturée, faute pour lui d'avoir produit les pièces sollicitées, ne fait pas obstacle à la présentation d'une nouvelle demande de carte de résident. Dans ces circonstances, M. A ne démontre pas, comme il lui incombe, que l'exécution de la décision en litige porterait, par elle-même, une atteinte grave et immédiate à sa situation ou aux intérêts qu'il entend défendre, dans des conditions telles que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative puisse être tenue pour satisfaite.
5. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions de la requête, y compris celles tendant à l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 13 septembre 2023.
La juge des référés,
K. Weidenfeld
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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