jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2320498 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ORHANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Orhant, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé implicitement de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de la rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif depuis la demande de rétablissement, et ce dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de la justice administrative ;
4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des articles L. 761- 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, à son bénéfice sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le refus de l'OFII préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation dès lors qu'elle ne dispose pas de ressources du fait de la suppression de l'allocation pour demandeur d'asile sans qu'elle ne soit autorisée à travailler, qu'elle est contrainte de mendier et de faire appel aux soupes populaires pour se nourrir et qu'elle présente un état de santé particulièrement fragile du fait du suivi psychiatrique qui lui est nécessaire ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée en raison du défaut d'entretien de vulnérabilité prévu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du vice de procédure résultant de l'impossibilité de faire valoir ses observations en violation de l'article D. 551-18 du même code, de l'erreur de droit au regard de l'article L. 551-16 de ce code en l'absence de preuve de sa fuite, et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré, le 19 septembre 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable dès lors, d'une part, qu'elle est dirigée contre une décision implicite de rejet qui n'existe pas dans la mesure où il a rétabli le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile à Mme B depuis le mois de juin 2023 et que celle-ci est hébergée et, d'autre part, que le juge des référés ne peut prononcer une injonction ayant les mêmes effets qu'une annulation ce qui fait obstacle au versement rétroactif de cette allocation.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
- la requête, enregistrée sous le n° 2320500 le 5 septembre 2023, tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Delesalle en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delesalle, juge des référés.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante iranienne née le 30 octobre 1989 et entrée sur le territoire français le 28 mai 2021, a présenté une demande d'asile. Après avoir été placée en procédure " Dublin " en faisant l'objet d'un arrêté de transfert vers le Danemark, elle a bénéficié des conditions matérielles d'accueil le 3 juin 2021 avant qu'il n'y soit mis fin le 6 mai 2022 en raison de son abstention à se présenter aux autorités. La France étant toutefois devenue l'Etat responsable de sa demande d'asile, laquelle a été placée en procédure accélérée, elle a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle l'OFII, a selon elle, implicitement rejeté sa demande.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. Lorsque la requête en annulation d'une décision administrative faisant l'objet d'une demande de suspension présentée au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est irrecevable, cette demande de suspension doit être rejetée comme non fondée.
4. Il résulte de l'instruction que Mme B a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 12 avril 2023, qu'elle est hébergée par l'OFII depuis le 9 juillet 2021 et qu'elle s'est vu remettre une carte d'allocation pour demandeur d'asile le 21 juin 2023. Il ne résulte pas ainsi de l'instruction qu'à la date de l'introduction de sa requête à fin d'annulation, elle se serait vu refuser implicitement le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, ses conclusions aux fins d'annulation sont dirigées contre une décision qui n'existe pas, ainsi que le fait valoir l'OFII en défense, et elles sont à ce titre irrecevables. Par suite, la demande tendant à suspension de cette décision doit être rejetée.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il y ait lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, que sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Orhant.
Fait à Paris, le 21 septembre 2023.
Le juge des référés,
H. Delesalle
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6-3