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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2320547

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2320547

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2320547
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 12 - Chambre 3 - OQTF 6 semaines
Avocat requérantCABINET IVAN NASIO (SELARLU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 5 septembre 2023, le 18 octobre 2023 et le 19 octobre 2023, M. D A, représenté par Me Nasio, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de renouvellement de titre de séjour ;

3°) à titre très subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 3 septembre 2023 jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile rende sa décision sur son recours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Nasio, son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il dispose du droit de se maintenir sur le territoire français tant que la Cour nationale du droit d'asile n'a pas statué sur son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 juin 2023 ;

- le préfet s'est à tort estimé en situation de compétence liée pour l'édicter ;

- il méconnaît de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est fondé sur la circonstance erronée qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations des articles 1er et 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et les stipulations du protocole de New York du 31 janvier 1967 en tant qu'il encourt des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en raison du défaut de production de l'arrêté attaqué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 novembre 2023 :

- le rapport de Mme Dhiver ;

- et les observations de Me Nasio, avocat de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant bangladais né le 1er février 1987, demande l'annulation de l'arrêté du 3 septembre 2023, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est éloigné.

Sur la légalité de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis 3 septembre 2023 :

En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :

2. Par un arrêté n° 2023-2213 du 23 août 2023 régulièrement publié, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. B C, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, pour signer les décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ".

4. L'arrêté du 3 septembre 2023 vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 1° de son article L. 611-1 dont il fait application. Cet arrêté mentionne que M. A n'a pas été en mesure de présenter un document transfrontière, qu'il ne peut établir être entré régulièrement en France et qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il précise aussi les éléments de la situation personnelle de l'intéressé retenus par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Ainsi, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, satisfait l'exigence de motivation de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces produites par le préfet de la Seine-Saint-Denis, notamment des données issues de la base de données telemofpra, qu'aucune demande d'asile n'a été enregistrée au nom de M. A. Si ce dernier soutient que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a statué sur sa demande par une décision du 13 juin 2023 et que son recours est pendant devant la Cour nationale du droit d'asile, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de cette affirmation. Par suite, M. A ne saurait se prévaloir ce qu'il bénéficie d'un droit à se maintenir sur le territoire en application des dispositions de l'article L 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré récemment en France, en décembre 2022, et qu'il n'a aucune famille sur le territoire. En outre, s'il fait état de la présence en France d'amis, il n'établit avoir des liens amicaux d'une particulière intensité ni être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Il n'a ainsi pas méconnu les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de M. A.

10. En sixième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est uniquement fondé sur la circonstance qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, M. A ne peut utilement faire valoir que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

13. En premier lieu, l'arrêté du 3 septembre 2023 vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 612-2 et L. 612-3 dont il fait application. Cet arrêté mentionne que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public et que l'intéressé est dépourvu de document de voyage en cours de validité et n'a pas déclaré le lieu de sa résidence effective ou permanente. Ainsi, la décision refusant d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, satisfait l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En deuxième lieu, à supposer même que le seul fait d'avoir été interpellé pour des faits de vente à la sauvette ne caractérise pas un comportement constituant une menace pour l'ordre public, M. A ne conteste pas être démuni de document de voyage en cours de validité et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu à bon droit estimer qu'il existait un risque que M. A se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français et lui refuser, pour ce motif l'octroi d'un délai de départ volontaire en se fondant sur les dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 8 et 9 ci-dessus, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant un délai de départ volontaire à M. A.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, l'arrêté du 3 septembre 2023 vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 3. Il mentionne la nationalité de M. A et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision fixant le pays de destination, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

18. Si M. A soutient qu'il a fait l'objet dans son pays d'origine de menaces contre ses biens, sa personne et sa famille, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 ci-dessus, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions tendant à la suspension de la mesure d'éloignement :

20. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. "

21. Ainsi qu'il a été dit au point 6 ci-dessus, M. A n'établit pas l'existence d'une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui refusant l'asile qu'il aurait contestée devant de la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour demande la suspension de l'exécution de la mesure d'obligation de quitter le territoire français.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 3 septembre 2023, ni la suspension de l'exécution de cet arrêté. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, ainsi que, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Nasio.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.

La magistrate désignée,

M. DhiverLe greffier,

P. Elie

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2320547/12-3

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