mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2320657 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ORIER |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 4 septembre 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A.
Par cette requête, enregistrée le 4 septembre 2023 sous le numéro 2320657 au tribunal administratif de Paris, reçue le 11 février 2022 au tribunal administratif de Melun, et un mémoire enregistré le 15 juin 2023 au tribunal administratif de Melun, Mme D A, représentée par Me Orier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui délivrer un agrément en qualité d'employée de jeux ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence et est insuffisamment motivée ;
- l'administration doit informer les personnes qui font l'objet d'une enquête administrative sur le fondement de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure de ce que cette enquête peut donner lieu à la consultation du TAJ ; or, elle n'a jamais été prévenue de la consultation de son ficher TAJ ;
- elle n'a jamais été invitée à présenter des observations écrites ou orales ;
- la preuve de l'habilitation des agents ayant consulté le fichier TAJ dans le cadre de l'enquête administrative la concernant n'est pas apportée ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur de fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023 au tribunal administratif de Melun, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure,
- le code de procédure pénale,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- l'arrêté du 13 septembre 2017 pris pour l'application du décret n° 2017-913 du 9 mai 2017 et fixant les modalités de mise en œuvre de l'expérimentation des clubs de jeux à Paris,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Renvoise,
- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique,
- et les observations de Me Ouattara substituant Me Orier, représentant Mme A, le ministre de l'intérieur n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A souhaite être recrutée par le Club Pierre Charron du Groupe Marval pour exercer les fonctions d'employé de jeux. Le directeur de cet établissement a transmis au ministre de l'intérieur en 2021 un dossier en vue d'obtenir l'agrément de Mme A en qualité d'employée de jeux. Le ministre de l'intérieur a, par une décision du 13 décembre 2021, refusé de délivrer l'agrément demandé au motif que l'intéressée ne remplissait pas les conditions d'honorabilité exigées pour occuper un tel poste. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, la décision de refus d'agrément est signée par la cheffe du bureau des établissement des jeux, Mme B C, cheffe du bureau des établissements de jeux, directement placée sous l'autorité du sous-directeur des polices administratives, qui a reçu par une décision du 28 juin 2021, publiée au Journal officiel de la République française n° 0151 du 1er juillet 2021, délégation à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés et décisions, dans la limite de ses attributions. Le moyen peut être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision attaquée, qui vise l'arrêté du 13 septembre 2017 pris pour l'application du décret n° 2017-913 du 9 mai 2017 et fixant les modalités de mise en œuvre de l'expérimentation des clubs de jeux à Paris et expose de manière suffisamment précise les faits retenus pour estimer que Mme A ne remplissait pas les conditions d'honorabilité requises pour exercer les fonctions d'employée de jeux, comporte les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement du refus d'agrément opposé par le ministre de l'intérieur. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 321-4 du code de la sécurité intérieure : " () Le directeur et les membres du comité de direction et les personnes employées à un titre quelconque dans les salles de jeux sont agréés par le ministre de l'intérieur ". Aux termes de l'article R. 321-31 du même code : " Le directeur responsable du casino, les membres du comité de direction, les employés de jeux, les agents de sécurité accédant aux salles de jeux et les agents de vidéosurveillance sont agréés par le ministre de l'intérieur préalablement à leur entrée en fonctions. Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur la demande d'agrément vaut rejet. ".
6. D'autre part, aux termes du I de l'article L. 114-1 du même code : " I. - Les décisions administratives de recrutement, d'affectation, de titularisation, d'autorisation, d'agrément ou d'habilitation, prévues par des dispositions législatives ou réglementaires, concernant soit les emplois publics participant à l'exercice des missions de souveraineté de l'Etat, soit les emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, soit les emplois privés ou activités privées réglementées relevant des domaines des jeux, paris et courses, soit l'accès à des zones protégées en raison de l'activité qui s'y exerce, soit l'utilisation de matériels ou produits présentant un caractère dangereux, peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées. Ces enquêtes peuvent donner lieu à la consultation de traitements automatisés de données à caractère personnel relevant de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. Les conditions dans lesquelles les personnes intéressées sont informées de cette consultation sont précisées par décret. () ". Aux termes de l'article R. 114-6 du même code : " Les personnes qui font l'objet d'une enquête administrative en application de l'article L. 114-1 sont informées de ce que cette enquête donne lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles relevant de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. Lorsque l'enquête administrative qui donne lieu à la consultation fait suite à une demande de décision de l'intéressé, celui-ci en est informé dans l'accusé de réception de sa demande prévu aux articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration. Dans les autres cas, l'intéressé est informé lors de la notification de la décision administrative le concernant. Lors de la notification de la décision administrative mentionnée à l'article L. 114-1 du présent code le concernant, l'intéressé est également informé qu'il peut, dans ce cadre, faire l'objet d'une enquête administrative conformément aux dispositions du premier alinéa du présent article. "
7. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
8. A le supposer établi, le vice de procédure allégué tenant à l'absence d'information de la requérante de l'enquête administrative menée en application des dispositions précitées ne l'a pas privée d'une garantie et n'a pas été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 114-1 et R. 114-6 du code de la sécurité intérieure doit donc être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".
10. Il ne ressort d'aucun principe ni d'aucun texte que la décision de refus d'une demande d'agrément d'employé de salles de jeux, qui revêt le caractère d'une mesure de police administrative prise à la suite d'une demande d'obtention de l'agrément, doive faire l'objet d'une procédure contradictoire, celle-ci n'étant prévue par les dispositions de l'article L. 114-1 du code de sécurité intérieure que dans les cas de retrait ou d'abrogation d'un tel agrément. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure lié au défaut du caractère contradictoire de cette procédure doit être écarté.
11. En cinquième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée n'est pas fondée sur des éléments recueillis à l'occasion de la consultation de traitements automatisés de données à caractère personnel mais sur les faits exposés par Mme A au cours de son audition administrative réalisée le 13 mars 2019 par le service central des courses et jeux. D'autre part, les faits en cause n'ont pas donné lieu à une condamnation pénale et ne figurent plus au sein du traitement des antécédents judiciaires après que le procureur de la République a donné une suite favorable à la requête aux fins d'effacement présentée par Mme A. Enfin, et en tout état de cause, lorsque des données à caractère personnel ne sont pas assorties d'une mention au sens de l'article 230-8 du code de procédure pénale, les personnels mentionnés à l'article R. 40-29 du code de procédure pénale peuvent les consulter. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la consultation du TAJ par un agent non habilité ou de la consultation d'un document qui aurait dû faire l'objet d'une mention au sens du code de procédure pénale ne peut qu'être écarté car manquant en fait.
12. En sixième lieu, le ministre de l'intérieur n'a pas fait une inexacte appréciation de l'espèce en considérant que l'exercice, à trois reprises au moins, des fonctions de croupière rémunérée dans une maison de jeux clandestine à Vitry-sur-Seine en novembre 2018 était, eu égard à la nature et au caractère récent des faits, à la date de la décision contestée, contraire aux conditions d'honorabilité requises pour l'exercice des fonctions d'employé de jeux dans un club autorisé. Le ministre était donc fondé à refuser la délivrance de l'agrément sollicité, sans qu'y fassent obstacle l'absence de poursuite pénale engagée contre la requérante pour ces faits, l'absence d'antécédents judiciaires pour d'autres faits de même nature, ou les conséquences résultant pour l'intéressée de l'impossibilité de continuer à exercer le métier d'employé de jeux qu'elle occupait depuis 2005.
13. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante a reconnu avoir exercé au moins trois fois les fonctions de croupière dans une maison de jeux clandestine lors de l'audition administratif du 13 mars 2019. Le moyen tiré du manque de matérialité des faits ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui délivrer un agrément en qualité d'employée de jeux.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente espèce, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- Mme Merino, première conseillère,
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La rapporteure,
T. RENVOISE
Le président,
J.-Ch. GRACIALa greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026