mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2320704 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ORIER |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 4 septembre 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A.
Par cette requête, enregistrée le 4 septembre 2023 sous le numéro 2320704 au tribunal administratif de Paris, reçue le 31 juillet 2023 au tribunal administratif de Melun, et des mémoires enregistrés le 22 avril 2024 et le 17 juillet 2024, Mme A, représentée par Me Orier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mai 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui délivrer un agrément en qualité d'employée de jeux ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur à titre principal, de lui délivrer l'agrément d'employée de club de jeu dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous peine d'une astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ; à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande d'agrément d'employée de club de jeu, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n'a jamais été invitée à présenter d'observations écrites ou orales ;
- aucune enquête administrative n'a été réalisée au cours de l'instruction de sa présente demande ; le ministère de l'intérieur s'est fondé sur un procès-verbal établi le 13 mars 2019 dans le cadre de la procédure d'instruction d'une précédente demande d'agrément ;
- l'article R. 114-6 du code de la sécurité intérieure prévoit l'obligation d'informer l'intéressée de la consultation et du traitement automatisé de ses données ; l'administration doit informer les personnes qui font l'objet d'une enquête administrative sur le fondement de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure de ce que cette enquête peut donner lieu à la consultation du TAJ ; En l'espèce, elle n'a pas été informée ;
- l'administration ne pouvait fonder sa décision sur une information irrégulièrement obtenue dans le cadre d'une enquête administrative suivant une demande d'agrément prévue à l'article L.114-1 du code de la sécurité intérieure, l'autorité administrative ne peut pas consulter les informations faisant l'objet d'une " mention ", apposée à la suite d'une décision de non-lieu ou de classement sans suite ; la simple audition de Mme A, qui n'a débouché sur aucune poursuite judiciaire, n'aurait pas dû être accessible à l'autorité administrative ;
- les faits reprochés remontent à plus de six ans, et elle a toujours fait preuve de professionnalisme lors de ses précédentes fonctions. Dès lors, eu égard au caractère ancien et isolé de faits reprochés, la décision du 31 mai 2023 du ministère de l'intérieur lui refusant son agrément en qualité d'employée de club de jeux est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 mars 2024 et le 6 juin 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance n°2320723 du 13 septembre 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Renvoise,
- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique,
- et les observations de Me Ouattara substituant Me Orier, représentant Mme A, le ministre de l'intérieur n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A souhaite être recrutée par le Club Pierre Charron du Groupe Marval pour exercer les fonctions d'employé de jeux. Le directeur de cet établissement a transmis au ministre de l'intérieur en 2021 un dossier en vue d'obtenir l'agrément de Mme A en qualité d'employée de jeux. Le ministre de l'intérieur a, par une décision du 13 décembre 2021, refusé de délivrer l'agrément demandé au motif que l'intéressée ne remplissait pas les conditions d'honorabilité exigées pour occuper un tel poste. Toujours en vue d'embaucher
Mme A en qualité d'employée de jeux, le directeur responsable du Club Pierre Charron du Groupe Marval a transmis au ministre de l'Intérieur un dossier afin d'obtenir l'agrément ministériel nécessaire. Par une décision du 31 mai 2023, le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'agrément pour les mêmes motifs qu'en 2021. Par la présente requête,
Mme A demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 31 mai 2023 et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'ensemble des moyens de la requête :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure : " I. - Les décisions administratives () d'agrément, prévues par des dispositions législatives ou réglementaires, concernant ( ) les emplois privés ou activités privées réglementées relevant des domaines des jeux, paris et courses, (), peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées. / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 321-4 du code de la sécurité intérieure : " () Le directeur et les membres du comité de direction et les personnes employées à un titre quelconque dans les salles de jeux sont agréés par le ministre de l'intérieur ". Aux termes de l'article R. 321-31 du même code : " Le directeur responsable du casino, les membres du comité de direction, les employés de jeux, les agents de sécurité accédant aux salles de jeux et les agents de vidéosurveillance sont agréés par le ministre de l'intérieur préalablement à leur entrée en fonctions. Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur la demande d'agrément vaut rejet. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a, à trois reprises au moins, exercé des fonctions de croupière rémunérée dans une maison de jeux clandestine à Vitry-sur-Seine en novembre 2018. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante se serait faite connaître pour d'autres faits de même nature depuis. Eu égard à leur ancienneté à la date de la décision attaquée, ainsi qu'à leur caractère isolé, ces faits ne sauraient à eux seuls établir que le comportement de la requérante serait contraire aux conditions d'honorabilité requises pour l'exercice des fonctions d'employé de jeux dans un club autorisé. Le ministre de l'intérieur a donc commis une erreur d'appréciation.
4. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 31 mai 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui délivrer un agrément en qualité d'employée de jeux.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
5. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de procéder à une nouvelle instruction de la demande d'agrément de Mme A, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (ministre de l'intérieur) le versement à Mme A d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 31 mai 2023 du ministre de l'intérieur est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de la demande d'agrément de Mme A, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat (ministre de l'intérieur) versera à Mme A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- Mme Merino, première conseillère,
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La rapporteure,
T. RENVOISE
Le président,
J.-Ch. GRACIALa greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2320704
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026