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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2320741

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2320741

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2320741
TypeDécision
Avocat requérantGAGEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 septembre et 20 octobre 2023, la société Décor Isolation, représentée par Me Tille, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le Centre des monuments nationaux à lui verser, à titre de provision, la somme de 279 803,53 euros toutes taxes comprises, assortie des intérêts moratoires, correspondant aux travaux exécutés et non payés au 18 octobre 2023 dans le cadre du lot n° 14 " plâtrerie - cloisons - Faux Plafonds " du marché de restauration des intérieurs, aménagement scénographique du logis Royal et du bâtiment du Jeu de Paume du château de Villers-Cotterêts conclu avec le centre des monuments nationaux ;

2°) de moduler à la baisse et à hauteur de 1 500 euros les pénalités qui lui ont été infligées ;

3°) de mettre à la charge du Centre des monuments nationaux une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'obligation de paiement n'est pas sérieusement contestable ;

- les pénalités infligées à hauteur de 279 803,53 euros pour absences de responsable sur le chantier, absences aux rendez-vous de chantier, retards dans la remise des plans d'exécution, retards en cours d'exécution des travaux et dans l'exécution globale des travaux ainsi des retards dans la remise de documents au titulaire de la mission ordonnancement, pilotage et coordination ne sont pas fondées ;

- la modification des délais d'exécution du marché résulte d'ordres de services irréguliers; aucun calendrier détaillé d'exécution ni aucun calendrier de remise de documents n'ayant jamais été établi par le Centre des monuments nationaux, aucune pénalité de retard ne peut lui être infligée ; les travaux n'ayant pas fait l'objet d'une réception, aucune pénalité de retard ne peut lui être infligée au titre de l'achèvement des travaux.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 octobre et 6 novembre 2023, le Centre des monuments nationaux conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de la société Décor Isolation la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de liaison du contentieux ;

- l'existence de pénalités fait obstacle à l'établissement d'une créance non sérieusement contestable à l'égard de la société Décor Isolation ;

- la société requérante n'apporte pas d'éléments suffisants tendant à remettre en cause avec un degré suffisant de certitude les pénalités ;

- il n'appartient pas au juge administratif de moduler les pénalités infligées dans le cadre du marché conclu avec la société requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de provision :

1. Par un acte d'engagement signé le 23 avril 2021, le Centre des monuments nationaux a attribué à la société Décor Isolation le lot n° 14 " Plâtrerie - cloisons - faux plafonds " du marché public de travaux de restauration et de mise en valeur du Château de Villers-Cotterêts à prix global forfaitaire, pour un montant de 1 582 173 euros toutes taxes comprises. Par la présente requête, la société Décor Isolation demande au tribunal que lui soit versée, à titre de provision, la somme de 279 803,53 euros, assortie des intérêts moratoires, correspondant aux travaux exécutés et non payés au 18 octobre 2023.

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude, l'octroi d'une telle provision n'étant aucunement subordonnée à l'urgence ou à la nécessité pour le demandeur de l'obtenir.

3. Si l'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché de travaux publics est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde, arrêté lors de l'établissement du décompte définitif, détermine les droits et obligations définitifs des parties, cette règle ne fait toutefois pas obstacle, eu égard notamment au caractère provisoire d'une mesure prononcée en référé, à ce qu'il soit ordonné au maître d'ouvrage de verser au titulaire d'un tel marché une provision au titre d'une obligation non sérieusement contestable lui incombant dans le cadre de l'exécution du marché, alors même que le décompte général et définitif n'aurait pas encore été établi. Notamment, lorsque le maître de l'ouvrage ne procède pas au versement du solde du marché auquel a droit le titulaire du marché, ce dernier peut demander au juge des référés le versement d'une provision représentative de tout ou partie de son montant. Toutefois, si, à la date à laquelle le juge des référés statue sur une demande de provision sur le solde d'un marché de travaux publics, antérieure à la notification du décompte général à l'entreprise, mais alors qu'elle a établi et envoyé son projet de décompte final, la notification par la personne responsable du marché, après l'achèvement des travaux, d'une décision prononçant des pénalités pour retard dans leur exécution, fait obstacle, alors même que le décompte général n'aurait pas encore été notifié à l'entreprise, à ce que sa demande de paiement du solde présentée antérieurement soit regardée, à concurrence du montant de ces pénalités, comme susceptible de faire naître une obligation non sérieusement contestable à la charge du maître d'ouvrage.

4. En premier lieu, le centre des monuments nationaux a infligé à la société Décor Isolation des pénalités pour retards pour absences de responsable sur le chantier, absences aux rendez-vous de chantier, retards dans la remise des plans d'exécution, retards en cours d'exécution des travaux et dans l'exécution globale des travaux ainsi que pour des retards dans la remise de documents au titulaire de la mission ordonnancement, pilotage et coordination. En second lieu, la société requérante n'apporte aucun élément de nature à établir le solde du marché dû par le centre des monuments nationaux, le montant de la provision demandé correspondant exactement au montant des pénalités infligées. Dans ces conditions, et alors même que la société Décor Isolation conteste le montant des pénalités, la créance dont elle se prévaut n'est pas non sérieusement contestable. Les conclusions tendant au versement d'une provision doivent, dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le centre des monuments nationaux, être rejetées.

Sur la modulation des pénalités infligées à la société Décor Isolation :

5. Il n'entre pas dans l'office du juge du référé provision de moduler les pénalités infligées à la société Décor Isolation. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du Centre des monuments nationaux les frais exposés par la société Décor Isolation et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société Décor Isolation la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le Centre des monuments nationaux et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Décor Isolation est rejetée.

Article 2 : La société Décor Isolation versera au Centre des monuments nationaux la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Décor Isolation et au Centre des monuments nationaux.

Fait à Paris, le 23 janvier 2024.

La juge des référés,

M.-O. LE ROUX

La République mande et ordonne au ministre de la culture en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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