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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2320947

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2320947

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2320947
TypeDécision
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 septembre 2023, accompagné des pièces complémentaires enregistrés les 8, 24 et 27 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Boudjellal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2023 par lequel le Préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au le Préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées et n'ont pas été précédées d'un examen particulier ;

- elles sont entachées d'erreur de droit, dès lors que le préfet de police aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, le Préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Desmoulière a été entendu au cours de l'audience publique.

1. Considérant que M. B, ressortissant algérien né le 16 janvier 1968, entré en France le 15 octobre 2019, selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.Par un arrêté du 17 août 2023, préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige mentionne, d'une part, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, les éléments de la situation personnelle de M. B, en particulier que le défaut de prise en charge de sa pathologie peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des pièces du dossier que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée non plus qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale est délivrée de plein droit : () 7) Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant souffre de crises d'épilepsie partielles nécessitant un traitement médical au long cours. Il a, à ce titre, depuis son entrée en France, reçu des traitements et bénéficie d'un suivi pour cette maladie. Dans son avis du 5 juin 2023 , sur lequel s'est notamment fondé le préfet de police, le collège de médecins de l'office français pour l'immigration et l'intégration (OFII) a estimé que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il a enfin estimé que l'état de santé de l'intéressée peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contredire cet avis, le requérant produit un compte rendu d'hospitalisation de jour daté du 8 octobre 2020 indiquant une " Difficulté d'approvisionnement du médicament " dans son pays d'origine. Une telle formule, stéréotypée et, donc, insuffisamment circonstanciée, en outre déjà ancien à la date de la décision attaquée comme à celle du jugement, n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, M. B ne pourrait y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles concernant les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Préfet de police.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Simmonot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

Mme Desmouliere, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La rapporteure,

P. DESMOULIERE

Le président,

J.-F. SIMONNOT La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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