jeudi 14 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2320977 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2023, Mme D B et M. E C, agissant en leurs noms propres et en celui de leur fils A C, né le 6 février 2023, représentés par Me Djemaoun, demandent à la juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de les prendre en charge dans un hébergement d'urgence conformément aux articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et d'assurer leur accompagnement social, sans délai ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition relative à l'urgence est remplie, dès lors qu'ils vivent à la rue, avec leur fils âgé de six mois, sans solution de logement malgré des appels quotidiens au Samu social qui n'a pu les héberger que deux nuits depuis le 16 août 2023 ;
- la carence de l'Etat est caractérisée et porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant, au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant, au principe de dignité de la personne humaine et au droit à l'hébergement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2023, le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que la famille a été prise en charge à trois reprises par le Samu social depuis le 16 août 2023 et qu'une place lui a été proposée le 13 septembre au soir au sein du SAS du Centre- Val de Loire, à Orléans.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 14 septembre 2023, tenue en présence de Mme Migeon, greffière d'audience, Mme Weidenfeld a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Djemaoun, pour Mme B et M. C, qui fait valoir que rien ne permet d'établir le caractère pérenne de l'hébergement proposé ;
- les observations de Me Gorse, pour le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, qui indique que le dispositif des SAS d'accueil régionaux est destiné, après un accompagnement social, à permettre une orientation vers des lieux d'hébergement pérennes.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures.
4. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
5. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
6. Il résulte de l'instruction, d'une part, que Mme B, née le 16 septembre 1997, de nationalité algérienne, et M. C, né le 11 juillet 1996, de nationalité algérienne, sont arrivés en France le 17 juillet 2023, en compagnie de leur fils âgé de 5 mois, et qu'à la date d'introduction de la requête, la famille n'avait pu être logée par le Samu social qu'à trois reprises depuis le 16 août 2023. Toutefois, il résulte des éléments produits en défense qu'un hébergement au sein du SAS de Centre-Val de Loire à Orléans a été proposé aux requérants le 13 septembre 2023, à compter du lendemain. Si les requérants font valoir que ce message ne permet pas d'établir le caractère pérenne de l'orientation proposée, il ne résulte pas de l'instruction qu'un hébergement dans le cadre du dispositif des SAS régionaux présenterait, dans le cas d'espèce, un caractère insuffisamment stable, eu égard à la date d'entrée sur le territoire français de la famille et à sa situation administrative. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction sont devenues sans objet et il y a lieu de faire droit à l'exception de non-lieu soulevée en défense.
Sur les frais de justice :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme B et M. C au titre des frais d'instance sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête de Mme B et M. C.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifié à Mme D B, à M. E C, à Me Djemaoun et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 14 septembre 2023.
La juge des référés,
K. Weidenfeld
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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