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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2321306

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2321306

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2321306
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2023 et le 16 octobre 2023, Mme B A, représentée par le cabinet ITRA Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de changement de statut " Etudiant " vers celui de " Recherche d'Emploi ou Création d'Entreprise ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salariée ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à SAS ITRA Consulting en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de changement de statut :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 422-8 et L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'exception d'illégalité de la décision portant refus de changement de statut sur le fondement de laquelle elle se fonde ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'illégalité dès qu'elle remplissait les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 9 octobre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Théoleyre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante malienne née le 6 septembre 1998, est entrée sur le territoire français le 23 septembre 2018 munie d'un visa long séjour " étudiante ". Elle a sollicité le 27 décembre 2022 le changement de son titre de séjour vers celui portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Par un arrêté du 25 août 2023, le préfet de police a rejeté sa demande de changement de statut, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la présente instance, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la décision portant refus de changement de statut :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions des articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " autorise l'étranger à exercer une activité professionnelle salariée jusqu'à la conclusion de son contrat ou l'immatriculation de son entreprise. ". Aux termes de l'article L. 422-10 du même code : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, (), se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur (). ". Aux termes de son article R. 431-11 : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes du point 26 de l'annexe 10 à ce code précisant la liste des pièces justificatives à produire pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi/création d'entreprise ", le demandeur doit joindre un : " () - diplôme de grade au moins équivalent au master ou diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ou diplôme de licence professionnelle obtenu dans l'année dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national ou attestation de réussite définitive au diplôme () ". Il résulte de ces dispositions que cette demande doit être présentée dans l'année qui suit la délivrance matérielle du diplôme, lequel figure au nombre des pièces devant être produites par le demandeur.

4. D'une part, il ressort des termes de la décision portant refus de changement de statut que Mme A, qui a formé sa demande de carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " le 27 décembre 2022, a produit au soutien de cette demande un diplôme de master obtenu le 22 avril 2021, c'est-à-dire plus d'une année auparavant, en méconnaissance de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante ne conteste pas ce motif et ne produit pas de diplôme plus récent à l'appui de sa demande. D'autre part, si Mme A se prévaut des stages effectués depuis l'obtention de son diplôme et soutient qu'ils doivent être regardés comme lui permettant de satisfaire la condition de délai mentionnée plus haut, ces stages n'ont été suivis de l'octroi d'aucun diplôme au sens de l'annexe 10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. C'est donc à bon droit que le préfet de police a refusé, en application des dispositions précitées de l'annexe 10, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ".

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I.- Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () / II.- La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur () ". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".

6. Mme A ne démontre pas avoir demandé son admission au séjour sur un autre fondement que les articles L. 422-8 et L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si son employeur a sollicité une autorisation de travail sur le fondement de l'article R. 5221-1 précité du code du travail, le 23 juin 2023, celle-ci ne peut être assimilée à une demande de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et dès lors que le préfet n'a pas, de lui-même, examiné l'éligibilité au séjour de Mme A sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Mme A ne justifie résider en France, en qualité d'étudiante, que depuis septembre 2018 et l'intégration salariée dont elle se prévaut est récente. En outre, la circonstance qu'elle vive avec sa sœur n'est pas, à elle seule, de nature à caractériser des liens personnels et familiaux significatifs en France. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet de police n'a pas, en refusant l'octroi d'un titre de séjour à Mme A, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour qui lui est opposée par l'arrêté attaqué est illégale. Par suite, elle n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision par laquelle le préfet l'a obligée à quitter le territoire français.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4, 6 et 8, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Enfin Mme A n'établissant pas avoir vocation à obtenir un titre de séjour de plein droit, elle n'est pas fondée à soutenir pour ce motif que la décision portant obligation de quitter le territoire serait entachée d'illégalité pour ce motif.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laloye, président,

Mme Lambert, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

M. Théoleyre

Le président,

P. Laloye

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2321306/6-

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