lundi 25 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2321331 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | ANGLIVIEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2023 et des pièces produites le 20 septembre 2023, Mme A, représentée par Me Angliviel, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite de rejet de délivrance d'une carte de résident du préfet de police, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de 48 heures sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil, Me Angliviel, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, à défaut, à elle-même.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision implicite de refus de sa demande de titre de séjour porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation familiale, la prive de séjourner régulièrement sur le territoire français et l'empêche d'obtenir un emploi.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision serait entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 424-1 et L. 424-3 du code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire enregistré le 19 septembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 14 septembre 2023 sous le n°2321339 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bachoffer pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 21 septembre 2023 en présence de Mme Régnier, greffière d'audience, M. Bachoffer a lu son rapport et entendu les observations de Me Angliviel, avocat de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 24 octobre 1989 à Man, entrée en France le 21 décembre 2021, a déposé une demande d'asile. L'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande le 26 octobre 2022, décision confirmée par la CNDA le 30 août 2023. Elle a demandé une carte de résident en qualité de parent d'enfant reconnu réfugié le 11 avril. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision implicite du préfet de police refusant de lui délivrer ledit titre.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
6. Pour justifier la condition d'urgence, Mme A soutient que la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour préjudicie de façon suffisamment grave et immédiate à sa situation, dès lors qu'elle ne peut pas travailler. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour de Mme A est en cours d'instruction et, à supposer que le préfet puisse être regardé comme lui ayant opposé une décision implicite de refus de titre de séjour, il résulte que postérieurement à l'introduction de la requête, Mme A s'est vu remettre une attestation de prolongation d'instruction valable du 15 septembre 2023 au 14 décembre 2023. En outre, si Mme A soutient que cette situation fait obstacle à la moindre démarche d'insertion socio-professionnelle, elle n'établit, ni n'allègue avoir sollicité la prolongation de sa dernière attestation expirée le 11 août 2023. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ait effectivement effectué les démarches en vue de trouver un emploi. Dès lors, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A, aux fins de suspension et d'injonction sous astreinte, doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Angliviel et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 25 septembre 2023 .
Le juge des référés,
B. BACHOFFER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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