lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2321342 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2023, Mme F B et M. D C, agissant en leur nom propre et au nom de leurs enfants mineurs, A. Owolabi C, Malick C et Moussa C, représentés par Me Djemaoun, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris ou à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de les prendre effectivement en charge soit dans un hébergement d'urgence conforme aux articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et d'assurer leur accompagnement social soit au titre des conditions matérielles d'accueil en leur versant l'allocation pour demandeur d'asile et en leur délivrant la carte prévue par l'article D. 553-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans délai ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat ou de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'urgence de leur situation est avérée dans la mesure où ils vivent dans la rue avec trois enfants en bas âge, le plus jeune ayant cinq mois, et sont dépourvus de toutes ressources ;
- la carence de l'Etat à leur proposer un hébergement malgré leurs appels au 115 porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence, à l'intérêt supérieur de leurs enfants et au principe de la dignité de la personne humaine et au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant ;
- eu égard à leur grande vulnérabilité, le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de leur accorder les conditions matérielles d'accueil porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence, à l'intérêt supérieur de leurs enfants, au droit d'asile et au principe de la dignité de la personne humaine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition de l'urgence n'est pas remplie dans la mesure où, d'une part, les requérants se sont eux-mêmes placés dans la situation qu'ils invoquent dès lors qu'ils ont quitté la Vienne où leurs demandes d'asile étaient enregistrées et G où ils avaient été mis à l'abri, d'autre part, ils n'établissent pas être sans ressources et ne sont pas dépourvus de toute assistance, enfin, ils saisissent le juge des référés plus de cinq mois après la fin de leur prise en charge au titre des conditions matérielles d'accueil ;
- il n'est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucune carence de l'Etat n'est caractérisée dès lors que les requérants ont choisi de quitter l'hébergement qui était mis à leur disposition et de revenir en Ile-de-France et, à titre surabondant, que les moyens mis en place par l'Etat en Ile-de-France sont saturés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 16 septembre 2023 en présence de Mme Nguyen, greffière d'audience, Mme Dhiver a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Sangue, substituant Me Djemaoun, avocat de Mme B et M. C ;
- et les observations de M. E, substituant Me Falala, avocat du préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
2. Mme B, ressortissante ivoirienne, dont la demande d'asile a été enregistrée au guichet unique de la préfecture de la Vienne le 17 septembre 2021, a bénéficié des conditions matérielles d'accueil et a été hébergée avec ses deux enfants mineurs, nés les 11 juillet 2014 et 4 avril 2019, dans le département des Deux-Sèvres puis à Poitiers. Un troisième enfant est né le 9 avril 2023 à Poitiers. Après que sa demande a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 14 mars 2023, Mme B a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande de réexamen a été enregistrée au guichet unique de la préfecture de la Vienne le 18 avril 2023 et, le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle présentait une demande de réexamen de sa demande d'asile. De son côté, M. C, concubin de Mme B et père de ses trois enfants, de nationalité ivoirienne, a présenté une demande d'asile, qui a également été enregistrée le 18 avril 2023 au guichet unique de la préfecture de la Vienne. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas sollicité l'asile dans le délai de 90 jours suivants son entrée en France. Mme B et M. C, agissant en leur nom propre et au nom de leurs trois enfants mineurs, saisissent le juge des référés du tribunal administratif de Paris, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'une demande tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la région d'Ile-de-France de leur attribuer un hébergement d'urgence ou à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de leur attribuer un hébergement et de leur verser l'allocation pour demandeur d'asile en leur délivrant la carte prévue par l'article D. 553-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions dirigées contre le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris :
3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".
4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées au point 2, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Il résulte de l'instruction que la famille de Mme B et M. C a bénéficié d'un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile à Poitiers jusqu'au 25 mai 2023. A partir du mois de mai 2023, elle s'est déplacée à Paris et a été prise en charge par le samu social à plusieurs reprises. Au début du mois de juillet 2023, Mme B et M. C ont accepté d'être orientés dans le dispositif d'accompagnement en dehors de l'Ile-de-France permettant aux familles de bénéficier d'un hébergement long séjour et d'un accompagnement social de proximité. La famille a ainsi été orientée vers la Bretagne et un hébergement d'urgence au sein de l'internat du collège de Vannes à compter du 31 juillet 2023 lui a été proposé, avec une prise en charge par le SIAO de Vannes à l'issue de la période estivale. Les requérants n'ont pas donné suite à cette proposition sans fournir aucune explication. De même, dans leur requête et lors de l'audience, ils ne font état d'aucune circonstance qui justifierait qu'ils aient refusé l'hébergement et l'accompagnement social qui leur a été proposé dans G. Dans ces conditions et eu égard aux capacités limitées d'hébergement d'urgence à Paris et dans la région d'Ile-de-France, Mme B et M. C ne sont pas fondés à se prévaloir d'une carence caractérisée des services de l'Etat dans l'accomplissement de la mission d'hébergement d'urgence pour soutenir qu'une atteinte grave et manifestement illégale a été portée à une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Sur les conclusions dirigées contre l'Office français de l'immigration et de l'intégration :
6. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale.
7. Il résulte de l'instruction que ni Mme B ni M. C n'ont contesté les décisions de refus des conditions matérielles d'accueil prises par le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Poitiers le 18 avril 2023 et qu'ils n'ont jamais saisi l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Paris d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 5 ci-dessus, Mme B et M. C ont refusé l'hébergement d'urgence qui leur avait été proposé pour eux-mêmes et leurs trois enfants dans G sans aucun motif. Dans ces conditions, eu égard notamment à ce refus, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne saurait être regardée comme remplie. Il s'ensuit que les conclusions de Mme B et M. C dirigées contre l'Office français de l'immigration et de l'intégration sont rejetées.
8. L'Etat et l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas parties perdantes, les conclusions de Mme B et M. C présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B et M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F B et à M. D C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 18 septembre 2023.
La juge des référés,
M. DHIVER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.