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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2321387

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2321387

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2321387
TypeOrdonnance
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2023, Mme C B épouse A, agissant en son nom propre et au nom de ses quatre enfants mineurs, représentée par Me Djemaoun, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de les prendre effectivement en charge dans un hébergement d'urgence conforme aux articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et d'assurer leur accompagnement social, sans délai ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence de sa situation est avérée dans la mesure où elle vit dans la rue avec ses quatre enfants et est dépourvue de toutes ressources ;

- la carence de l'Etat à lui proposer un hébergement malgré ses appels au 115 porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence, à l'intérêt supérieur de ses enfants et au principe de la dignité de la personne humaine et au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucune carence de l'Etat n'est caractérisée eu égard à l'absence de diligences accomplies par Mme A en vue de sa prise en charge, notamment auprès des services départementaux d'aide à l'enfance, et de la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 18 septembre 2023 en présence de Mme Dupouy, greffière d'audience, Mme Dhiver a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Djemaoun, avocat de Mme A, et de Mme A ;

- et les observations de Me Theobald, substituant Me Falala, avocat du préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

2. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées au point 2, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. Mme A, agissant en son nom propre et au nom de ses quatre enfants mineurs, âgés de 16 ans, 11 ans, 8 ans et deux ans et demi, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de lui attribuer un hébergement d'urgence conforme aux articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et d'assurer son accompagnement social.

5. Il résulte de l'instruction que Mme A a déposé une demande d'asile au nom de sa fille D A et que la famille a bénéficié d'un hébergement en centre d'accueil pour demandeurs d'asile en Côte d'Or, à Chatillon-sur-Seine, à compter du mois de septembre 2022. Mme A a quitté cet hébergement en juin 2023 et s'est rendue à Paris, où sa sœur réside. Si Mme A fait valoir qu'elle a été contrainte de quitter le centre d'accueil pour demandeurs d'asile après que sa fille a été placée sous la protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, elle ne justifie pas s'être vu notifier une décision de sortie l'obligeant à quitter sans délai cet hébergement. Elle n'établit pas non plus qu'elle aurait demandé son maintien dans les lieux jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement ou de logement soit trouvée, ainsi que le permettent les dispositions de l'article R. 552-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle aurait sollicité un accompagnement social et entrepris des démarches auprès du référent social du centre d'accueil afin de pouvoir accéder à un logement ou à un hébergement. En outre, si elle indique que sa sœur qui vit à Paris n'est pas en mesure de l'héberger, Mme A n'est pas dans une situation d'isolement. Dans ces conditions, eu égard aux capacités limitées d'hébergement d'urgence à Paris et dans la région d'Ile-de-France et compte tenu de la présence de familles encore plus vulnérables dans ce contexte de saturation des hébergements d'urgence, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir d'une carence caractérisée des services de l'Etat dans l'accomplissement de la mission d'hébergement d'urgence pour soutenir qu'une atteinte grave et manifestement illégale a été portée à une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

6. L'Etat n'étant pas la partie perdante, les conclusions de Mme A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 19 septembre 2023.

La juge des référés,

M. DHIVER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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