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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2321549

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2321549

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2321549
TypeDécision
Avocat requérantCABINET COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND - CGCB (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 28 septembre 2023, la société Yucca, représentée par la SCP CGCB, demande au juge des référés :

1°) de suspendre la décision du 1er août 2023 par laquelle la maire de Paris a refusé d'instruire la demande préalable qu'elle a déposée le 24 juillet 2023 portant sur l'extension et l'aménagement de combles au R+3 d'une construction existante située au 17, rue de Charonne à Paris dans le 11ème arrondissement et la décision rejetant le recours gracieux dirigé contre la décision du 1er août 2023 ;

2°) d'enjoindre à la maire de Paris de lui délivrer une décision provisoire de non-opposition à sa déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est avérée ; les logements dans lesquels les travaux doivent être exécutés ont vocation à être loués pour les jeux olympiques 2024 ; la décision de non-opposition entraîne une perte de revenus importante et irréversible ; soumettre le projet au permis de construire retarde le début des travaux ; elle risque de se voir opposer un sursis à statuer compte tenu de la révision du plan local d'urbanisme en cours ; l'intérêt public justifie la construction de deux logements sociaux supplémentaires ; la ville de Paris a une interprétation extensive du champ d'application du permis de construire ;

- la ville de Paris n'a affecté aucun numéro d'enregistrement à sa demande ;

- elle n'était pas tenue de déposer un permis de construire, une déclaration de travaux suffisant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2023, la Ville de Paris, représentée par la SCP Foussard-Froger, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SNC Yucca la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas avérée ;

- aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Par une requête n° 2321548, enregistrée le 18 septembre 2023, la société Yucca demande l'annulation de la décision du 1er août 2023 et de la décision rejetant le recours gracieux dirigé contre la décision du 1er août 2023.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- et les observations de Me Demaret, représentant la société Yucca et de Me Londono Lopez, représentant la Ville de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 juillet 2023, la société Yucca a déposé une déclaration préalable pour l'extension et l'aménagement des combles au R+3 sur cour par rehaussement de la toiture d'une construction existante, située 17, rue de Charonne à Paris dans le 11ème arrondissement, portant création de 24,54 m² de surface de plancher. Par une décision du 1er août 2023, confirmée sur recours gracieux le 7 septembre 2023, la maire de Paris s'est opposée à la déclaration préalable de travaux au motif que ces derniers relevaient du permis de construire. Par la requête enregistrée le 18 septembre 2023, la société Yucca demande la suspension de cette décision et de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Pour justifier d'une situation d'urgence, la société requérante fait valoir en premier lieu, qu'elle a le projet d'aménager les combles des lots 30 et 31 situés au 3ème étage du bâtiment 4 situé au 17, rue de Charonne afin d'y créer, après réhaussement partiel de la toiture, deux appartements pour les louer durant la période des jeux Olympiques 2024 et que la décision en litige lui fait perdre des revenus importants de manière irréversible. A cet égard, la société produit son dernier compte de résultat faisant apparaître un chiffre d'affaires de 73 381 euros au titre de 2022 et compare cette donnée aux loyers escomptés par la location des deux appartements dont la réalisation est envisagée. Toutefois, cette seule perte de revenus ne permet pas d'établir que la décision en litige porterait atteinte de manière grave et immédiate à la situation de la société requérante qui ne démontre pas qu'elle serait dans l'incapacité de réaliser en 2023 le chiffre d'affaires de 2022. En deuxième lieu, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en cas d'annulation de la décision en litige, elle ne pourrait pas se prévaloir des dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme. En troisième lieu, la crainte de se voir opposer un sursis à statuer en raison de la révision du plan local d'urbanisme prescrite par délibération du conseil de Paris des 15,17 décembre 2020 est purement hypothétique. Enfin, la circonstance que le projet de la société requérante a pour objet de construire deux logements n'est pas de nature à caractériser une atteinte grave et immédiate à l'intérêt public qui s'attache à la réalisation de logements notamment sociaux. Dans ces conditions, la société Yucca ne peut être regardée comme établissant l'existence d'une situation d'urgence. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, il y a lieu de rejeter la présente requête y compris les conclusions en injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Yucca est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Yucca et à la Ville de Paris.

Fait à Paris, le 2 octobre 2023.

La juge des référés,

M.-O. Le Roux

La greffière,

A. Chapalain

La République mande et ordonne au préfet de la région des Hauts-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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