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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2321603

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2321603

vendredi 10 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2321603
TypeDécision
Avocat requérantCABINET ALCHIMIE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire, enregistrés le 15 septembre 2023 et le 26 octobre 2023, SNCF Réseau, représentée par le cabinet d'avocats Symchowicz-Weissberg et associés demande au juge des référés de désigner un expert afin de décrire l'origine et les causes des désordres apparus sur le pont ferroviaire PRA n°47 105 situé sur la commune d'Ernolsheim-lès-Saverne, faisant partie du lot n° 47 du tronçon H du marché de la deuxième phase des travaux de la LGV Est européenne.

Elle sollicite la présence à l'expertise de la société Dodin Campenon E, de la société Spie Batignolles génie civil, de la société Terelian, de la société Spie Batignolles Valerian, de la société Sotrabas, de la société GTM-Halle, de la société BG ingénieurs conseils, de la société Antea France, de la société Campenon E Dodin Ingénierie, de M. B G, de M. E D, de la société Vinci énergies international et systems, de la société Cegelec, de la société Cegelec Lorraine Alsace, de la société Setec, de la société Setec international, de la société Setec TPI, de la société Tractebel engineering SA.

Elle soutient que :

- la deuxième phase des travaux de la LGV Est européenne a consisté à prolonger la ligne nouvelle sur un linéaire de 106 km jusqu'à Vendenheim dans le département du Bas-Rhin, divisé en deux tronçons G et H, ce dernier comprenant le lot n° 47 de construction d'un pont ferroviaire sur la commune d'Ernolsheim sur lequel un réseau de fissures est apparu caractérisant un phénomène de réaction sulfatique interne, qui affecte la structure de l'ouvrage ;

- une expertise est utile afin de se prononcer sur la nature et l'ampleur des désordres ;

- la présence des sociétés Spie Batignolles génie civil, Atelier E D et Cegelec mobility est utile et la convention de groupement qu'elles ont choisie ne lui est pas opposable ;

- les sociétés Dodin Campenon E, Vinci construction geoinfrastructure, GTM TP Est et Campenon E Dodin ingénierie ne peuvent demander de limiter la mission de l'expert au phénomène de réaction sulfatique interne dès lors que le travail de l'expert, pour être efficient, doit porter sur l'ensemble des désordres constatés et leur présence est utile à l'expertise.

Par deux mémoires, enregistrés le 4 octobre 2023 et le 10 novembre 2023, M. E D, paysagiste, membre du groupement, demande à titre principal sa mise hors de cause et, à titre subsidiaire, informe le juge des référés de ses protestations et réserves.

Il soutient qu'il n'est intervenu qu'en tant que paysagiste, ne peut fournir aucun avis sur une qualité du béton et qu'en cas d'action au fond, aucune solidarité ne pourrait être recherchée à son encontre.

Par un mémoire, enregistré le 11 octobre 2023, la société Spie Batignolles génie civil, représentée par le cabinet SJA avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le groupement de conception réalisation était constitué de plusieurs sous-groupements, chacun d'eux ayant la charge de le la conception et de l'exécution de lots techniques distincts et qu'en participant au sous-groupement dit " tunnel ", elle n'était en charge ni de la conception ni de la réalisation du pont ferroviaire PRA n°47 105.

Par un mémoire, enregistré le 11 octobre 2023, la société Spie Batignolles Valérian, représentée par le cabinet SJA avocats, informe le juge des référés de ses protestations et réserves et demande la mise en cause de la société Unibeton et de la société Eqiom betons venant aux droits de la société Holcim Betons.

Elle soutient que, pour l'exécution des travaux objet du sous-groupement Toarc, elle s'est approvisionnée en béton auprès d'un groupement de fournisseurs composé de la société Unibeton et de la société Eqiom Betons aux droits d'Holcim betons.

Par deux mémoires, enregistrés le 13 octobre 2023 et le 10 novembre 2023, la société Dodin Campenon E, la société Vinci construction geoinfrastructure venant aux droits de la société Vinci construction terrassement, la société GTM TP Est venant aux droits de GTM-Halle, et la société Campenon E Dodin ingénierie, représentées par le cabinet d'avocats Frêche et associés, informent le juge des référés de leurs protestations et réserves et demandent à ce que la mission de l'expert soit limitée au phénomène de réaction sulfatique apparu sur le tablier du pont ferroviaire PRA n°47 105, à l'exclusion de toutes autres types de désordres.

Elles soutiennent que :

- le phénomène de réaction sulfatique interne n'est pas caractérisé, et seules certaines parties du tablier (côté Nord-Est vers Ernolsheim), énumérées dans le rapport de SNCF Réseau, doivent être l'objet de l'expertise dès lors que le risque est considéré comme négligeable sur les autres parties d'ouvrage ;

- la mission ne doit porter que sur le phénomène de réaction sulfatique interne, seul désordre dénoncé au titre de la garantie décennale ;

- la société Vinci construction geoinfrastructure, qui s'est substituée à la société Vinci construction terrassement, est seule intéressée à la présente mesure d'expertise et non la société Terelian mentionnée par erreur ;

- la société GTM TP Est, qui vient aux droits de la société GTM-Halle, est seule intéressée à la présente demande d'expertise.

Par deux mémoires, enregistré le 13 octobre 2023 et le 10 novembre 2023, la société Vinci énergies international et systems anciennement dénommée Cegelec SAS, la société Cegelec SAS, la société Cegelec mobility venant aux droits de la société Cegelec centre Est, représentées par le cabinet d'avocats Aedes juris, sollicitent leur mise hors de cause.

Elles soutiennent que :

- la société Cegelec mobility, qui vient aux droits de la société Cegelec centre Est, intervient volontairement à l'instance en lieu et place de la société Vinci énergies international et systems, qui n'a plus de lien avec le marché et doit être mise hors de cause ;

- la société Cegelec SAS est sans lien avec le marché ;

- la société Cegelec centre Est n'est pas intervenue sur le pont ferroviaire affecté par le phénomène de réaction sulfatique interne et doit donc être mise hors de cause.

Par un mémoire, enregistré le 24 octobre 2023, la société Tractebel engineering, représentée par Me Gauvin, informe le juge des référés de ses protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée.

Par deux mémoires, enregistrés le 26 octobre 2023 et le 15 novembre 2023, la société Cegelec Lorraine Alsace venant aux droits de la société Cegelec Nord Est, représentée par le cabinet MetA avocats, sollicite sa mise hors de cause et demande que soit mise à la charge de SNCF Réseau la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'en tant que membre d'un groupement conjoint, elle n'est pas intervenue sur le pont et que l'ensemble technique n° 3 auquel elle a participé, à l'exclusion de tout autre, est relatif au tunnel dit H ".

Par un mémoire, enregistré le 27 octobre 2023, la société Unibeton, représentée par Me Martins Schreiber, informe le juge des référés de ses protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée et conclut au rejet des demandes de restrictions de mission présentées par SNCF Réseau, la société Dodin Campenon E, la société Vinci construction geoinfrastructure, GTM TP Est, et Campenon E Dodin ingénierie.

Elle soutient que le phénomène de réaction sulfatique interne n'est pas avéré et que la mission doit conduire l'expert à chercher toute cause à l'origine des fissurations.

Par deux mémoires, enregistré le 22 novembre 2023 et le 19 décembre 2023, la société BG ingénieurs conseils, représentée par le cabinet d'avocats Paillat Conti et Bory, informe le juge des référés de ses protestations et réserves et demande l'attrait à la cause des sociétés énumérées par SNCF Réseau, ainsi que des sociétés Unibeton et Eqiom bétons.

Par un mémoire, enregistré le 12 décembre 2023, M. B G, représenté par Me Broglin, demande à titre principal sa mise hors de cause et à titre subsidiaire informe le juge des référés de ses protestations et réserves. Il demande la condamnation de SNCF Réseau aux dépens.

Il soutient qu'il n'est intervenu qu'en tant qu'architecte pour la conception architecturale du tunnel et n'a pas participé à l'édification du pont litigieux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente du tribunal, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / () ".

2. La LGV Est européenne qui relie Paris à Strasbourg a été construite en deux tronçons, un premier tronçon de 300 kilomètres allant de Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne) à Baudrecourt-en-Moselle et un second tronçon prolongeant la ligne sur 106 kilomètres jusqu'à Vendenheim dans le département du Haut-Rhin. SNCF Réseau fait valoir que des désordres sont apparus sur le pont ferroviaire PRA n° 47 105, situé sur la commune d'Ernolsheim-lès-Saverne, faisant partie de la deuxième phase des travaux de la ligne. Elle soutient qu'une expertise est utile dès lors que les fissurations évolutives sont caractéristiques d'un phénomène de réaction sulfatique interne, susceptible à terme de mettre l'ouvrage en péril.

3. Les constatations demandées entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 précitées du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire droit à la demande d'expertise de SNCF Réseau.

4. La société Dodin Campenon E, la société Vinci construction geoinfrastructure GTM TP Est, qui vient aux droits de la société Vinci construction terrassement, la société Campenon E Dodin ingénierie et la société GTM TP Est venant aux droits de GTM-Halle demandent au juge des référés de limiter la mission de l'expert judiciaire au phénomène de réaction sulfatique interne apparu sur le tablier du pont ferroviaire PRA n°47 105, à l'exclusion de toutes autres types de désordres. Toutefois, il résulte de l'instruction que les fissurations apparaissent sur l'ensemble du pont et sont susceptibles d'évoluer, ce qui, dans le cadre d'une bonne administration de la justice, nécessite que l'expert examine l'ensemble des désordres constatés. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande desdites sociétés.

5. La société Teralian doit être mise hors de cause dès lors qu'elle est sans rapport avec la société Vinci construction terrassement et que c'est la société Vinci construction geoinfrastructure GTM TP Est, présente dans la cause, qui vient aux droits de cette société.

6. M. E D sollicite sa mise hors de cause. Il soutient qu'il n'est intervenu qu'en tant que paysagiste et qu'en cas d'action au fond, aucune solidarité ne pourrait être recherchée à son encontre. Toutefois, d'une part, la nature du groupement relève d'une question de droit qu'il n'appartient pas au juge des référés de trancher et, d'autre part, il appartiendra à l'expert d'examiner les causes des désordres et de dire si l'intervention de M. D y est étrangère. L'appel à la cause de M. D apparaît, à ce stade de l'instruction, utile, y compris pour lui permettre de préserver ses droits.

7. La société Spie Batignolles génie civil soutient que le groupement de conception réalisation était constitué de plusieurs sous-groupements, chacun d'eux ayant la charge de la conception et de l'exécution de lots techniques distincts, et qu'en participant au sous-groupement dit " tunnel ", elle n'était en charge ni de la conception ni de la réalisation du pont ferroviaire PRA n°47 105. Toutefois, étant intervenue globalement sur le chantier, sa présence est, à ce stade de l'instruction, utile. Il en va de même en ce qui concerne la société Cegelec mobility et la société Cegelec Lorraine Alsace, qui respectivement viennent aux droits des sociétés Cegelec centre Est et Cegelec Nord Est, également membres de groupement. La présence de ces deux sociétés est utile et leur permettra de préserver leurs droits. En revanche, il n'y a pas lieu de mettre dans la cause la société Cegelec SAS et la société Vinci énergies international et systems dès lors que c'est désormais la société Cegelec mobility qui vient aux droits de la société Cegelec centre Est. Enfin, si l'architecte M. B G demande sa mise hors de cause, il résulte de l'instruction que sa présence est également nécessaire dès lors qu'il est intervenu pour la conception architecturale générale.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer la mission de l'expert comme il est énoncé à l'article 1er de la présente ordonnance.

9. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions.

10. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de SNCF Réseau une somme au titre de l'article L. 761-1 du code des juridictions administratives. Les conclusions présentées en ce sens par la société Cegelec Lorraine Alsace sont rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C F (ingénieur en bâtiment), exerçant 26, rue de l'Exposition à Paris (75007), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de SNCF Réseau, la société Dodin Campenon E, la société Spie Batignolles génie civil, la société Vinci construction geoinfrastructure, la société Spie Batignolles Valerian, la société Sotrabas, la société BG ingénieurs conseils, la société Antea France, la société Campenon E Dodin ingénierie, M. B G, M. E D, la société Cegelec mobility, la société Cegelec Lorraine Alsace, la société Setec international, la société Setec TPI, la société Tractebel engineering SA, la société Setec, la société GTM TP Est, la société Unibeton et la société Eqiom bétons, de :

1') prendre connaissance des pièces des travaux de la ligne LGV Est européenne, notamment la deuxième phase, se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission, se rendre sur place dans la commune d'Ernolsheim-lès-Saverne, et voir le pont ferroviaire PRA n°47 105 faisant partie du lot n° 47 du tronçon H du marché de la deuxième phase des travaux de la LGV Est européenne ;

2') constater et décrire les désordres, dire s'ils rendent l'ouvrage impropre à sa destination, en déterminer l'origine et dire si ces fissurations sont dues au phénomène de réaction sulfatique interne ou à toute autre cause et si celles-ci sont susceptibles d'affecter la solidité du pont ; déterminer l'ampleur du phénomène, son étendue et son évolution prévisible au regard de la solidité et de la destination de l'ouvrage d'art en cause ;

3°) fournir tous les éléments techniques et de fait permettant de se prononcer sur la ou les causes qui sont à l'origine de ces désordres (et permettant notamment de déterminer si ceux-ci se rattachent à une non-conformité aux stipulations du marché, à un vice de construction ou de conception, à un défaut de surveillance des travaux, à un défaut d'exécution, à un manquement aux règles de l'art, à un défaut de qualité des matériaux mis en œuvre, à une insuffisance d'entretien, à une usure prématurée, à d'autres causes) ; en cas de pluralité de causes, de formuler un avis sur le point de savoir dans quelle proportion les désordres peuvent être imputés à telle ou telle cause, en justifiant ses propositions ;

4°) décrire les travaux propres à remédier définitivement aux désordres et à remettre les ouvrages en état, d'en évaluer le coût et la durée ;

5°) en cas de réel danger et d'urgence constatés, dire s'il convient de mettre en place des mesures de sauvegarde pour éviter l'aggravation des désordres et permettre l'attente des travaux définitifs dans les meilleures conditions techniques possibles ;

6°) déterminer les préjudices subis par SNCF Réseau ;

7°) d'une manière générale, fournir tous les éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction compétente de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les divers chefs de préjudice ;

8°) s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires, entendre les observations de tous les intéressés et annexer à son rapport tous documents utiles.

Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourra tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal, au plus tard le 30 septembre 2024, par le biais de la plateforme prévue à cet effet, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 8 de la présente ordonnance, dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à SNCF Réseau, à la société Dodin Campenon E, à la société Spie Batignolles génie civil, à la société Vinci construction geoinfrastructure, à la société Spie Batignolles Valerian, à la société Sotrabas, à la société GTM-Halle, à la société BG ingénieurs conseils, à la société Antea France, à la société Campenon E Dodin ingénierie, à M. B G, à M. E D, à la société Cegelec mobility, à la société Cegelec SAS, à la société Vinci énergies international et systems, à la société Terelian, à la société Cegelec Lorraine Alsace, à la société Setec international, à la société Setec TPI, à la société Tractebel engineering SA, à la société Setec, à la société GTM TP Est, à la société Unibeton, à la société Eqiom bétons et à M. C F, expert.

Fait à Paris, le 10 mai 2024.

La juge des référés,

M. Dhiver

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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