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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2321628

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2321628

mercredi 15 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2321628
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantGALINDO SOTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2023, M. D C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par un auteur incompétent ;

- elle est insuffisamment motivée et le préfet de police n'a pas procédé à un examen sérieux et personnalisé de sa situation ;

- elle méconnait les droits de la défense ;

- elle méconnait l'ancien article L. 561-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de relation entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ladreyt, vice-président de section, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ladreyt ;

- les observations de Me Galindo Soto, représentant M. C, assisté par

Mme A B, interprète ;

- le préfet de police n'étant pas présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant bangladais né le 1er janvier 1998 à Mokrompur, est entré en France le 10 juin 2021 selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 décembre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 7 janvier 2022. M. D C a ensuite sollicité le réexamen de sa demande d'asile, demande déclarée irrecevable par une décision du 25 mai 2023, notifiée le 9 juin 2023. Par un arrêté du 18 août 2023, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de renvoi duquel il est susceptible d'être éloigné. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2023-056 du 23 janvier 2023, le préfet de police a donné délégation à M. E, adjoint au chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde, est suffisamment motivé et satisfait ainsi aux exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, M. C soutient que l'arrêté attaqué méconnait le principe du respect des droits de la défense car il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations avant d'être assigné à résidence. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas été soumis à une telle mesure. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

6. En sixième lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué méconnait l'ancien article L. 561-1-2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, ces dispositions, applicables aux étrangers assignés à résidence, ne s'appliquent pas à M. C puisqu'aucune mesure d'assignation à résidence n'a été prise à son encontre. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

7. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C est né au Bangladesh où il a vécu jusqu'à son entrée en France. Il est célibataire, sans charge de famille et ne se prévaut pas de liens d'une particulière intensité sur le territoire français. De plus, et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour en France, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. M. C soutient qu'il encourt des risques de traitement inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine compte tenu des agissements de la famille de sa compagne à son encontre. Or, l'intéressé a vu sa demande de protection internationale rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 7 janvier 2022. De plus, il ne produit au soutien de sa requête aucun élément nouveau et probant de nature à établir qu'il encourrait actuellement et personnellement de tels risques en cas de retour au Bangladesh. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaquée, en ce qu'il fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné, serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Le préfet de police n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police en date du 18 août 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2321628

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