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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2321984

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2321984

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2321984
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantHARCHOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 septembre et 13 octobre 2023, M. A D, représenté par Me Selmi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, d'une autorisation provisoire de séjour, ou, à défaut de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté était incompétent ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il risque de subir des mauvais traitements en cas de retour dans son pays ;

- il justifie de considérations exceptionnelle pour se voir délivrer un titre de séjour ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. G en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- et les observations de Me Selmi représentant M. D, assisté de M. F interprète en langue bengali, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en soutenant en outre qu'il avait sollicité un titre de séjour.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant bangladais né le 25 mars 1986 et entré en France en 2017 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 mars 2018 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 décembre 2018. Par l'arrêté attaqué du 20 septembre 2023, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. L'arrêté contesté a été signé par M. E, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 2023-49 du 30 juin 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice des migrations et de l'intégration et de Mme B chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination. Il n'est pas soutenu que ces dernières n'étaient ni absentes ni empêchées à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier M. D aurait sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il répondait aux conditions pour se voir délivrer un titre de séjour doit être écarté comme inopérant.

5. Si M. D justifie d'une ancienneté au séjour de plus de six ans et d'une ancienneté au travail depuis août 2020 en qualité d'employé polyvalent dans la restauration en vertu d'un contrat à durée indéterminée, ces seules circonstances ne sont pas de nature à entacher l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation. En outre il ressort des termes de l'arrêté que sa conjointe réside dans son pays d'origine et il n'allègue pas qu'il serait dépourvu d'attaches privées et familiales au Bangladesh où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Dans ces conditions, l'arrêté contesté du préfet qui n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions contestées sur sa situation personnelle n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, le requérant soutient qu'il risque d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Afghanistan et que sa vie est menacée en raison de son occidentalisation et de la situation générale dans ce pays depuis la prise du pouvoir par les talibans. Toutefois, il se borne à faire état de différents rapports établis par des organismes nationaux ou internationaux et de décisions de la juridiction administrative qui ne le concernent pas. Dès lors, il n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, qu'il serait personnellement l'objet de persécutions par les autorités afghanes en cas de retour dans son pays d'origine et notamment qu'il présenterait un profil occidentalisé aux yeux des talibans. Au demeurant, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi attaquée ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

J. G

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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