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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2322116

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2322116

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2322116
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantHUBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 septembre et 5 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Hubert, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 3 août 2023 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses conditions matérielle d'accueil dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser la même somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie ; il ne dispose d'aucune ressource depuis août 2023, ne bénéficie pas du droit de travailler et dort dans la rue ; il est vulnérable du fait de son parcours migratoire et des expériences traumatiques associées ; il s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile enregistrée en procédure normale le 25 août 2023 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée ; la décision est entachée d'un vice d'incompétence, à défaut pour son signataire de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ; elle est entachée d'un défaut de motivation, dès lors qu'elle ne précise pas son fondement légal ; elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable qui l'aurait mis en mesure de présenter ses observations ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle n'a pas pris en compte sa vulnérabilité ; elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il appartenait à l'OFII d'instruire la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et non d'en prononcer la cessation ; elle est entachée d'une erreur de qualification des faits, le retour en France après transfert ne constituant ni une fraude ni un manquement aux exigences des autorités chargées de l'asile et sa demande d'asile ayant été enregistrée en procédure normale le 25 août 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2023, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conditions matérielles d'accueil seront rétablies dès novembre.

Vu :

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2322114 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de la 5ème section, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 octobre 2023, tenue en présence de Mme Florentiny, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Aubert ;

- les observations de Me Hubert, représentant M. A, qui, à titre principal, prend acte

du rétablissement des conditions matérielles d'accueil et maintient ses conclusions au titre des frais liés à l'instance et, à titre subsidiaire, s'oppose au non-lieu à statuer et maintient ses conclusions à fin de suspension et d'injonction.

Des pièces demandées ont été produites par l'OFII le 2 novembre 2023 et ont été communiquées.

Par un mémoire enregistré le 6 novembre 2023, M. A maintient les conclusions de sa requête. Il soutient que les conditions matérielles d'accueil n'ont pas été effectivement rétablies et que les pièces communiquées par l'OFII ne permettent pas de prouver leur rétablissement.

Par une ordonnance du 6 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de cet article et eu égard à l'urgence à statuer, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

3. Si l'OFII s'est prévalu, dans son mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2023, de son intention de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en novembre, il résulte de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, leur rétablissement n'a toujours pas été prononcé alors que M. A se trouve contraint de vivre, depuis plusieurs semaines, dans le campement installé sous le métro à Stalingrad à Paris. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposé en défense doit être écartée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

En ce qui concerne la condition de l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Il résulte de l'instruction que M. A est dépourvu de ressources et il soutient sans être contredit devoir vivre dans le campement installé sous le métro à Stalingrad à Paris, en faisant appel à l'aide caritative. La décision dont la suspension est demandée a pour effet de le maintenir dans une situation de grande précarité. Dès lors, la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

6. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants :/()/ 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; /()/ La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ".

7. Les moyens tirés du vice de procédure, de l'absence de prise en compte de la vulnérabilité de M. A, de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 3 août 2023 par laquelle l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. La suspension de la décision attaquée implique que l'OFII rétablisse provisoirement M. A dans ses conditions matérielles d'accueil à compter du 3 août 2023, date à laquelle a pris effet la décision dont la suspension est demandée. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

10. Sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par la présente ordonnance, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Hubert, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Hubert de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 3 août 2023 par laquelle l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir provisoirement les conditions matérielles d'accueil de M. A à compter du 3 août 2023 dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Hubert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'OFII, ce dernier versera à Me Hubert, avocate de M. A, une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Hubert et à l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Fait à Paris, le 17 novembre 2023.

La juge des référés,

S. AUBERT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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